mardi 27 août 2024

Églises rurales en Champagne-Ardennes

 

LES ÉGLISES RURALES

DE LA

CHAMPAGNE ORIENTALE ET MÉRIDIONALE

DU XIIIe AU XVIe SIÈCLE


Église St Hippolyte de Bay-sur-Aube - Haute-Marne (52)
ensemble romano-gothique des XII et XVe siècles

Dans une précédente étude, je me suis efforcé de démêler les influences diverses qui ont pénétré dans la partie est et sud-est de la Champagne à l'époque romane. Je crois avoir montré que cette région, qui est un carrefour de routes historiques, avait été traversée par des courants venus de l'ouest, influence franco-normande ; de l'est, influence rhénane ; et du sud-est, influence bourguignonne. Au sujet de cette dernière, je dois ajouter que si elle n'a produit qu'un très petit nombre d'églises dont le plan puisse être rapproché du plan bénédictin, aux absides et absidioles en hémicycle précédées de travées droites comme à Wassy et Hoéricourt dans la Haute-Marne, elle a, par contre, introduit ces piles rondes couronnées par un tailloir, portant des arcades à simple rouleau qu'on a signalées au narthex de Saint-Philibert de Tournus, ou, au Xe siècle, à Lons-le-Saulnier (1).

Il est singulièrement plus difficile de tirer des conclusions précises d'une enquête menée dans la même région mais portant, cette fois, sur les églises gothiques.

Voyons, d'abord, les églises du Xe siècle. En premier lieu, il n'y a pas d'école gothique rhénane, d'où absence d'influences venues de l'est. Y a-t-il une école gothique champenoise? On n'en est plus très sûr. On tend plutôt à admettre l'existence d'une école formée dans l’Ile-de-France, débordant très tôt et très loin sur la Champagne, en y exerçant une influence bien plus puissante que ce qu'avait pu être celle de l'école romane franco-normande. Elle n'exclut pas, cependant, une pénétration sensible de l’influence bourguignonne. Mais il faut avouer que les caractères dits bourguignons s'appliquent davantage à des éléments décoratifs qu'à des procédés constructifs (2).

L'étude des plans ne nous apprendra pas grand' chose. Cependant, il faut noter que les chevets plats, très nombreux en Ile-de-France, Soissonnais, Beauvaisis, restent très répandus jusque dans la partie orientale de la Marne, alors qu'ils se raréfient incontestablement vers l'Aube et vers la Haute-Marne (3) par où ont pu pénétrer les influences bourguignonnes. Or, il semble bien que le chevet plat a dû être moins souvent adopté en Bourgogne que dans la région parisienne.

Église St Aventin (à chevet plat) XIIe siècle - Bouy sur Orvin (aube)


Ce plan n'exclut d'ailleurs pas, tant s'en faut, les sanctuaires polygonaux à trois, quatre (4), cinq ou même sept pans (5) qui se rencontrent avec une densité à peu près égale dans toute la région étudiée. Certains chœurs, assez longs, sont munis de bas-côtés (6) ou, plus simplement, d'absidioles rectangulaires (7) ou polygonales (8).

 L'ordonnance intérieure, modeste mais généralement soignée, ne sort pas des dispositions habituelles de l'art gothique du Xe siècle. Si on s'efforce d'y noter des dispositions originales, on constate qu'elles relèvent presque exclusivement des influences venues de l'Ile-de-France. Ce sont, par exemple, les colonnettes supportant les nervures de la voûte du sanctuaire, qui sont baguées à mi-hauteur par une moulure courant à la base des fenêtres, les baies en lancettes associées par deux ou trois sous un arc de décharge (9), les roses polylobées surmontant les fenêtres (10). Les arcatures à trois lobes ou à redents de Saint-Jean de Châlons, Saint-Amand-sur-Fion, Vatry (Marne), Montier-en-Der, Perthes (Haute-Marne) ont, sans doute, la même origine (11). Quant aux arcatures de Hauteville (Marne) dont les chapiteaux à tailloir circulaire*[voir ci-dessous] sont portés par des fûts de colonnettes coudés semblant sortir de la muraille, elles seraient normandes (12). 

On a déjà fait remarquer que les déambulatoires de Montier-en-Der, Saint-Remi de Reims et Notre-.Dame-en-Vaux de Châlons présentaient des particularités communes qui ne suffisaient pas à constituer une école champenoise, mais plutôt une variante champenoise des procédés de l'Ile-de-France. Quant aux colonnes jumelées de Montier-en-Der, elles ont, malgré leur éloignement du domaine royal, beaucoup plus d'analogues en Ile-de-France que partout ailleurs (13). Enfin, la jolie église de Saint-Amand-sur-Fion (Marne) offre, d'une part, un triforium à claire-voie qui présente de grandes analogies avec ceux de la nef de Saint-Séverin de Paris ou de Saint-Sulpice-de-Favières (Seine-et-Oise) et, d'autre part, dans le transept, un étroit passage ménagé devant les fenêtres abrité sous une voussure en berceau brisé, disposition qui est champenoise tout autant que bourguignonne.

Les transepts, sensiblement plus nombreux qu'à l'époque romane ne nous apprennent rien de très particulier quant aux influences diverses qui ont pu s'exercer. Tout au plus, noterons-nous ceux des églises de Saint-Jean de Châlons et de la Chalade (Meuse) qui comptent deux travées dans leur longueur et qui sont munis d'un bas-côté oriental, disposition qui est peut-être moins rare que ne l'a dit Lasteyrie (14) et qu'on trouve, par exemple à Villers-Saint-Paul (Oise). Nous la noterons encore plus loin à la fin du moyen âge. Remarquons que l'église de la Chalade est cistercienne ; le bas-côté oriental du transept peut y être considéré comme résultant de l'évolution du plan cistercien par mise en communication des chapelles carrées entre elles et de ces chapelles avec le chœur.

L'étude des nefs est plus instructive. Il est incontestable que les voûtes sexpartites et les piles alternativement cylindriques et composées qu'on trouve dans les églises de Margerie et Somsois (Marne), Trouan-le-Grand (Aube) (15) révèlent l'influence de l'école de l'Ile-de-France. Ces nefs de Somsois et Trouan-le-Grand, qui présentent entre elles de grandes ressemblances de même que les portails de ces deux églises, ont des fausses tribunes qui rappellent assez celles de Saint-Eusèbe d'Auxerre. Celles-ci résultent aussi d'une influence venue de l'Ile-de-France 16). Ajoutons encore les fausses tribunes de Joinville (Haute-Marne), ou encore les petites tribunes au revers des façades qu'on voit à Somsois, Soudron, Vatrv (Marne), à Perthes (Haute-Marne) ou à Mouzon (Ardennes) (17). Les oculus à quatre lobes qui éclairent la nef de Sarry (Marne) ou le chœur de Francheville (Marne) rappellent, eux aussi, les procédés de l'Ile-de-France. Remarquons encore les piles cylindriques flanquées de quatre colonnettes qui, adoptées à Reims, se rencontrent dans des églises rurales champenoises à Arzillières, Sainte-Menehould (Marne) et Brienne-le-Château (Aube). Quant aux chapiteaux à tailloirs circulaires nés au Xe en Angleterre et en Normandie (18), on les cite souvent à Montier-en-Der. Il y en a aussi à Mouzon (Ardennes) et je les ai rencontrés à Haute-ville et au chœur de Saint-Amand-sur-Fion (Marne).

Par contre, le faux triforium en plein cintre sur pilastres cannelés de Saint-Maclou de Bar-sur-Aube et la nef unique de Perthes (Haute-Marne) avec sa voûte portée par des culs-de-lampe assez semblables à ceux de Saint-Père-sous- Vézelay trahissent des pénétrations bourguignonnes assez lointaines vers le nord.

Schéma d'un triforium (d'après Notre-Dame de Chartres).

A l'extérieur, les archivoltes des fenêtres ornées d'un cordon de fleurettes ou de crochets en encorbellement sur deux têtes comme à Saint-Yved de Braisne, ont eu beaucoup de succès en Champagne (19). Des gâbles sur montent les fenêtres de l'abside de Saint-Amand-sur-Fion (Marne). Cette même église nous offre en outre des arcs-boutants dont la tête est soutenue par une colonne isolée comme à Notre-Dame de Châlons et à Saint-Rémi de Reims et des contreforts couronnés par un petit pignon et évidés pour ménager un passage extérieur à hauteur des fenêtres basses, des baies du triforium et des fenêtres hautes.

En ce qui concerne les portes, la région a vu se généraliser un type qui provient vraisemblablement de l'Ile-de- France et qui s'est propagé loin vers l'est et vers le sud-est ne laissant filtrer que de rares pénétrations bourguignonnes. Ce sont des portes en tiers-point ouvertes souvent, comme à l'époque romane, dans un épaississement du mur raccordé au plan de la façade par un talus oblique. Le tympan plein et nu est encadré de voussures toriques et les piédroits portent trois ou quatre colonnettes parfois baguées à mi-hauteur et surmontées de chapiteaux à crochets (20).

Plusieurs petites églises (21) ont conservé des porches qui garnissent toute la largeur de la façade et qui comportent une série d'élégantes arcades en tiers-point reposant sur des faisceaux de colonnettes et géminées en deux arcades secondaires par une colonnette. Ils résultent de l'évolution d'un type déjà signalé à l'époque romane à Hermon ville, Jâlons-les-Vignes, Ponthion, etc. (Marne).

Cependant, c'est peut-être aux influences bourguignonnes qu'il faut attribuer la persistance du plein cintre aux portes de Saint-Pierre de Bar-sur-Aube (Aube), Perthes et Puellemontier (Haute-Marne), Somsois (Marne) comme aux fausses tribunes de Joinville (Haute-Marne) ou au cloître de Bassefontaine (par Brienne-la-Vieille, Aube). Ces influences apparaissent plus nettement aux portes de Notre-Dame de Saint-Dizier et de Wassy (Haute-Marne) où les voussures en arc brisé sont ornées de vigoureux rinceaux de feuillages ou encore à Perthes où la rose de la façade rappelle, avec un dessin plus simple, celle de Notre-Dame de Cluny.

St Pierre de Bar-sur-Aube

Le tympan du Xe siècle enclavé dans un mur de l'église de Saint-Léger -sous -Brienne (22) semble, lui aussi, bourguignon par ses rinceaux de feuillages et, surtout, par le portail de l'église de Vassy, les analogies qu'il présente avec le tympan d'Anzy-le-Duc représentant, comme lui, l'Ascension du Christ. Il est regrettable que les tympans sculptés de Wassy (23) et Trouan-le-Grand (24) aient disparu. Celui de Joinville (Haute-Marne) n'offre plus que d'informes débris qui rendent presque impossible toute appréciation (25). Signalons encore la corniche bourguignonne qui a pénétré assez avant dans la région. On la trouve à Perthes, Villiers-en-Lieu (Haute-Marne), Sapignicourt, Moncetz-sur-Marne, Alliancelles (Marne) et jusqu'à Mouzon (Ardennes).

Les clochers gothiques, relativement rares dans les petites églises rurales, dérivent directement des modèles romans. Ils sont carrés, élevés sur la croisée des nefs ou sur le chœur, ajourés de baies en tiers-point à tympan géminé en deux arcades sur une colonnette médiane (26). La couverture en bâtière se retrouve à Heiltz-l'Évêque et à Saint-Lumier-en-Champagne (Marne), la pyramide à Dampierre-sur-Moivre (Marne).

En résumé, les petites églises du Xe siècle présentent une certaine uniformité de style dont il faut chercher l'origine dans la prédominance des procédés gothiques mis au point dans l'Ile-de-France et propagés en Champagne et au-delà. L'école romane franco-normande, incapable d'imposer des formules très nettes, avait laissé passer des éléments rhénans et bourguignons. Il n'en est plus de même au Xe siècle où, au contraire, l'Ile-de-France et la Champagne deviennent un puissant foyer d'émission dont le rayonnement se fait sentir très loin, ne laissant filtrer que de faibles pénétrations bourguignonnes.

A la fin du moyen âge, les choses se présentent un peu différemment. Il se produit en Champagne un renouveau de l'art religieux dont il faut chercher les origines,

- d'une part dans la nécessité de remédier aux dévastations commises pendant la guerre de Cent Ans,

- d'autre part, dans l'intervention de la bourgeoisie.

Celle-ci, enrichie par la reprise du commerce, contribue à la construction et à la décoration des églises auxquelles elle donne des verrières, des retables, des statuettes, des cloches, des stalles, etc. (27). En dehors des documents d'archives, on en trouve la preuve dans les mentions inscrites au bas des verrières ou dans des inscriptions comme celles des piliers de l'église Saint-Loup de Châlons, fondés par les confréries des enfants et des vignerons en 1459 et 1461 ou d'un pilier de l'église de Pringy (Marne) «assy » le 27 août 1533 par Claudin Songnit et Mariette, sa femme.

Les dates inscrites sur les façades ou sur les vitraux renseignent sur l'époque de ces travaux et permettent de suivre cette renaissance de l'art religieux qui commence dès le milieu du XVe siècle (28).

Dans cette période où l'art devint plus bourgeois, plus familier et plus provincial il y a davantage à compter avec les initiatives locales. Il est possible de déterminer des familles d'églises nées autour de foyers particulièrement actifs. Pour la région qui nous intéresse, il semble possible de distinguer, à l'époque flamboyante, deux  groupes distincts : le groupe troyen dont l'influence s'est fait sentir jusque dans la Champagne châlonnaise et rémoise, et le groupe meusien-lorrain qui vient se mêler à celui-ci sur les confins lorrains-champenois. Ils présentent des caractères communs, mais des nuances évidentes les différencient.

Au point de vue des matériaux, le groupe troyen utilise les calcaires tendres champenois ; le groupe meusien-lorrain emploie les calcaires durs du Barrois qui prennent vite une patine sombre et donnent aux édifices une tonalité sévère. Ils se prêtent assez mal aux finesses sculpturales et impriment à la décoration une facture assez lourde. Ils ont été exportés, comme à l'époque romane, à travers le Perthois, dépourvu de matériaux de construction, et plus spécialement par la vallée de la Saulx, jusque sur les confins de la Champagne crayeuse, à Pargny-sur-Saulx, Villers-le-Sec, Possesse, Etrepy, Ponthion, Vitry-en-Perthois, etc.

En règle presque générale, les sanctuaires sont polygonaux, assez élevés, largement éclairés, parfois accostés d'absidioles de même hauteur (29). Un procédé bien troyen consiste à relier le chœur aux croisillons par des chapelles triangulaires comme à Montieramey (Aube). Cependant, cette disposition ne se retrouve guère au nord de Troyes, sauf à Brienne-la-Vieille (Aube) et à Louze (Haute-Marne) où il existe d'étroits évidements contournant les piles du chœur juste pour le passage d'une personne. Par contre, à Revigny (Meuse) (30), le chœur est relié aux croisillons par de hautes chapelles à deux pans dont l'axe forme un angle de 45° avec celui de l'église. Cette solution rappelle, à la fois, la plantation oblique des absidioles fréquente dans l'Ile-de-France et la Champagne dès le Xe siècle (31), et le passage triangulaire troyen.

Église st Pierre-es-liens de Brienne la Vieille XIIe  (aube)

On peut considérer, d'autre part, comme très caractéristique des procédés troyens le transept large et divisé en deux travées. Non pas que cette disposition soit une innovation au XVe siècle et encore moins une trouvaille troyenne, puisqu'on l'observe bien antérieurement à Saint-Jean-aux-Bois, Villers-sous-Saint-Leu (Oise) ou à Saint-Marcel (Indre). Mais elle a eu aux XVe XVIe siècles, tant de succès dans la Champagne méridionale que des transepts du Xe siècle ont été remaniés pour être doublés d'une seconde travée (32). 

Très fréquente encore dans le nord des départements de l'Aube (33) et de la Haute-Marne (34), dans le sud-est de la Marne (35) et même sur les confins Marne-Meuse (36), elle se raréfie vers le nord. Dans tout l'arrondissement de Sainte-Menehould, on ne signale que Souain (37). Par contre, les églises de Changy et Bussy-le-Repos (Marne) et de Rembercourt-aux-Pots (Meuse) ont un transept à bas-côté oriental. Dans la région troyenne, les deux travées du transept sont souvent soulignées au  dehors par deux pignons accolés munis d'auvents très saillants (38). C'est, d'ailleurs, en vertu du même principe qu'on voit, dans la même région, des séries de pignons correspondant aux travées des collatéraux (39).

Les édifices des groupes troyen et meusien-lorrain comportent souvent des nefs munies de collatéraux et dépourvues d'éclairage direct. Aux listes données par Lefèvre-Pontalis (40), j'ajouterai : Brandon villiers, Brebant, Bussy-Lettrée, Dommartin-Lettrée, le Meix-Tiercelin (Marne), Ceffonds, Villiers-en-Lieu (Haute-Marne), Arrembécourt, Dosnon, Montmorency, Rosnay-1' Hôpital (Aube) pour le groupe troyen, Andernay, Rancourt, partie de la nef de Revigny (Meuse), Clermont, Possesse, Yernancourt, Vil-lers-le-Sec (Marne) pour le groupe meusien-lorrain. Dans celui-ci, il est fréquent que les trois vaisseaux soient assez hauts et étroits, surtout les collatéraux comme à Saint-Etienne de Bar-le-Duc. Il arrive même que le sanctuaire soit aussi large que la nef et les collatéraux réunis et qu'il s'ouvre alors sur le transept par une rangée de trois arcades presque d'égale hauteur. Cette disposition, assez rare, se voit à l'église d'Eclaron (Haute-Marne) qui comporte trois vaisseaux très étroits et à celle de Cheminon (Marne) dont la nef est, d'ailleurs, moderne. Quant au groupe troyen, il offre de nombreux exemples de vaisseaux larges et bas, comme à Pont-Sainte-Marie (Aube).

Église Notre-Dame de Pont-Sainte-Marie

Le groupe meusien-lorrain a adopté presque toujours le support cylindrique lisse à pénétration de nervures sans chapiteau, reposant sur de puissantes bases carrées ou octogonales, comme à Nettancourt (Meuse). A Vitry-en-Perthois (Marne), comme à Saint-Nicolas-du-Port, le fût est orné de petites accolades. 

De son côté, le groupe troyen, sans exclure le pilier cylindrique lisse, a fait large emploi du pilier lobé dans lequel les membres de la voûte se fondent par pénétration dans des lobes convexes reliés entre eux par des lobes concaves (41). Ces supports, lobés ou cylindriques, sont souvent ornés d'un anneau de sculptures qui rappelle, sans le remplacer, car il se trouve sensiblement en dessous des retombées, le chapiteau. 

La décoration en est empruntée à la flore locale, comme la vigne, le chêne, le chou. Des animaux y sont mêlés : escargot à Saint-Memmie de Courtisols, Dommartin-Lettrée, Iumbauville, Nuisement-sur-Coole, Yernancourt (Marne), Lhuître, Rosnav-l' Hôpital (Aube), chiens rongeant des os à Lhuître, Mailly (Aube), Vernancourt (Marne), le renard et la cigogne au Meix-Tiercelin (Marne), des chimères, des oiseaux, des sirènes, des singes, etc. On voit aussi des scènes de la vie paysanne, vendangeurs à Puellemontier (Haute-Marne), paysan chargeant un tombereau au Meix-Tiercelin (Marne), des musiciens à Humbauville (Marne), Rances et Villeret (Aube), des soldats à Lhuître (Aube), des personnages portant la coiffe des fous à Bussy-aux-Bois (Marne), un squelette au Meix-Tiercelin (Marne), etc. Cette sculpture, plus pittoresque qu'artistique, est l'expression spontanée d'un art local, populaire, laïque, plus préoccupé de plaire ou d'amuser que d'édifier.

L'étude des baies, fenêtres et portes confirme l'existence d'une double influence. Le groupe troyen, sans renoncer absolument aux réseaux flamboyants, adopte cependant, de bonne heure, ces tracés plus mous (plein cintre, cœurs, oves, etc.) ou encore ces superpositions d'arcades, d'entablements et de frontons qu'on voit, par exemple, aux fenêtres de Brienne-le-Château, en 1536, ou à Saint-Jean de Troyes. Les voussures des portes flamboyantes sont souvent ornées de feuillages très fouillés qui semblent partir de deux troncs noueux munis de leurs racines logés dans des gorges à chaque piédroit (42). Le tympan vitré parfois aussi haut qu'une fenêtre paraît bien spécial, lui aussi, au groupe troyen (43). Souvent, un sujet sculpté est placé sur un cul-de-lampe ou sous une niche au milieu du linteau, une Pietà à Humbauville (Marne) et à Lhuitre (Aube) , un Saint Martin à cheval à Huiron (Marne).

Église Saint Jean - Troyes

Le groupe meusien-lorrain reste invariablement fidèle aux réseaux flamboyants, même en plein XVIe siècle (44). Les tympans sont pleins, l'accolade brisée en forme de cloche, qu'on trouve en bien d'autres régions, s'y rencontre assez souvent (45).

Notons, enfin, les porches. Un premier type est constitué par trois arcades à moulures prismatiques encadrant une voûte à Hernes et tiercerons. Une balustrade flamboyante couronne ces porches (46). Un autre type, plus simple et postérieur à celui-ci, comprend un carré de murs bas, munis de bancs de pierre et portant un toit en appentis ou à deux versants par l'intermédiaire de colonnes cylindriques (47).

 Si, maintenant, nous avançons plus loin dans le XVIe siècle, jusqu'au moment où le gothique flamboyant est pénétré de plus en plus par les formules artistiques empruntées aux arts gréco-romains, nous constatons des influences diverses plus complexes qu'au XVe siècle.

Le groupe meusien-lorrain, très caractérisé à l'époque flamboyante, conserve sa puissance d'expansion, au moins pendant la première moitié du XVIe siècle. La Renaissance apparaît en 1512, dans certains détails de la porterie du palais ducal de Nancy. Le séjour de René II à Bar-le-Duc détermine, dans le même temps, un mouvement artistique assez important qui, outre de nombreuses constructions civiles, produit la façade de Saint-Etienne de Bar-le-Duc, élevée de 1513 à 1520 (48). On en trouve des traces dans toute la région avoisinante et sur les confins Barrois-Champagne (49). 


porterie Palais ducal de Nancy (54)


Cette Renaissance lorraine s'apparente à l'art des pays du nord. Elle aime la profusion ornementale, les grosses coquilles à bords ondulés, les colonnettes torses, les piscines à dômes, les médaillons à profils casqués à l'antique, les ornements macabres, les amours nus mêlés à des rinceaux touffus traités d'une main assez lourde dans cette pierre du Barrois qui se prête mal aux délicatesses du ciseau. Ces éléments décoratifs, empruntés pour la plupart à l'antiquité, voisinent avec de très vivaces souvenirs du gothique flamboyant comme ces amours nus qu'on voit mêlés à des accolades et à des choux frisés aux contreforts et aux niches de Revigny (Meuse) et de Vitry-en-Perthois (Marne), au portail d'Arzillières (Marne). Des médaillons à l'antique ornent les tympans de Saint-Etienne de Bar-le-Duc ou d'Arzillières ; mais ces tympans sont logés eux-mêmes sous des voussures en accolade.

A la même époque, et surtout vers le milieu et dans la seconde moitié du XVIe siècle, la région que nous étudions est pénétrée profondément par des formules artistiques plus évoluées vers l'imitation de l'antique, qui viennent, soit de Troyes, soit de la région parisienne bien qu'il soit difficile de discriminer la part respective de ces deux influences. Des textes que j'avoue n'avoir pas eu le loisir de rechercher permettraient, sans doute, de préciser ces indications et peut-être de retrouver des noms d'artistes. Les portes latérales de Saint-Alpin de Châlons, percées vers 1539, le bas-relief de Guillaume Lartier (1529), certains chapiteaux de cette même église et de Saint-Martin de Courtisols ferraient penser à la Renaissance troyenne de même que le portail de Rosnay-1'Hôpital (Aube), qui porte la date 1557, le monogramme de Henri II et les croissants enlacés. On y trouve, comme à Pont-Sainte-Marie, un assez curieux mélange de souvenirs flamboyants, — comme une grande accolade — et d'éléments puisés dans l'imitation de l'antique, deux ordres superposés et un fronton triangulaire. Notons encore les lourds clochers d'Arcis-sur-Aube, Chavanges, Rosnay-1'Hôpital (Aube), Sézanne (Marne) qui s'apparentent plus ou moins avec celui de la Madeleine de Troyes.

Tour clocher d'Arcis-sur-Aube


D'autre part, il y a dans la région d'Epernay, Châlons, Vitry-le-François, tout un groupe d'églises qui semblent avoir été remaniées dans la seconde moitié du XVIe siècle par des artistes venus de la région parisienne (50). On pense, en les voyant, à certaines églises du Parisis (51).

On y retrouve, tout au moins, certains détails caractéristiques : portes en plein cintre dont l'archivolte à clef saillante est ornée d'oves ou de petites cannelures, portes s'ouvrant sous un entablement que soutiennent des colonnes cannelées, entablements surmontés, tantôt d'un fronton triangulaire (52), tantôt d'une niche à fronton courbe accostée de volutes (53), ou encore ornés de triglyphes et de bu crânes (54), de rinceaux ou de rosaces (55), voussures profondes formant porche comme à Dommartin-Lettrée (Marne), ou ornées de caissons encadrant des cartouches ou monogrammes, contreforts à frontons courbes portant  des pots à feu ou des urnes (56), chapiteaux à corbeilles cannelées et volutes ioniques, ou réduits à une échine taillée d'oves, surmontée d'un tailloir carré dont les angles sont ornés, par en dessous, de rosaces (57), combinaisons de voûtes à nervures peu saillantes disposées en losanges, hexagones, etc.

Faut-il voir dans ce retour d'influences venues de la région parisienne une conséquence de l'intérêt nouveau porté par la royauté à la Champagne et dont on voit les preuves dans la fondation de Vitry-le-François par François Ier en 1545 (58), la présence d'ingénieurs italiens, tels que Girolamo Marini, employés aux fortifications nouvelles, le séjour de Henri II en Champagne en 1552, les voyages de Charles IX en 1564, 1573, etc. ? C'est une simple suggestion.

A  l’époque romane, j'avais constaté dans la région qui m'a servi de champ d'études un mélange d'influences franco-normandes, rhénanes et bourguignonnes. Au Xe siècle les procédés gothiques de l'Ile-de-France ont un tel succès qu'ils ne laissent filtrer que de faibles pénétrations bourguignonnes. Au XVe et au début du XVIe siècle, deux foyers d'influences plus nettement localisés, troyen et meusien-lorrain, rayonnent avec une égale puissance. A partir du milieu du XVIe siècle leur expansion semble quelque peu refoulée par des pénétrations qui, pour la troisième fois en cinq siècles, sont venues de l'Ile-de-France.

Comme à l'époque romane, c'est dans la Champagne humide, le Perthois, le Bocage et le Der, zone argilo-limoneuse dépourvue de matériaux de construction, que les contacts se sont produits et ce sont les vallées de la Marne, de la Saulx et de la Biaise, d'une part, de l'Aube et de ses petits affluents d'autre part qui ont souvent servi de voies aux cheminements d'influences.

 Par J.D. Bonnard


*L'ORIGINE DES TAILLOIRS RONDS

ET OCTOGONES AU XIIe SIÈCLE

 

Il est toujours intéressant de rechercher les origines des formes architecturales qui sont d'abord des exceptions et qui deviennent, peu à peu, d'un usage courant. Tel est le cas des tailloirs ronds et octogones si répandus au XIIIe siècle, mais dont il existe plusieurs exemples au XIIe siècle. Les constructeurs des églises romanes donnaient, avec raison, la préférence aux tailloirs carrés qui s'adaptaient mieux à la retombée et à l'épaisseur des grandes arcades et des doubleaux, tandis que les architectes gothiques abandonnèrent cette forme vers 1230 pour adopter les tailloirs octogones ou circulaires. Le plan des tailloirs ne coïncide avec celui des supports que sur les piles rectangulaires ou sur des pilastres et, quand il est rond, sur des grosses colonnes dans les églises anglo-normandes, mais, généralement, leur forme est différente. Ainsi, la plupart des colonnes isolées sont surmontées de tailloirs carrés ou octogones. De même, les piliers octogones du XIIe siècle des deux églises de Neuwiller (Bas-Rhin), sont couronnés de tailloirs carrés. Dans le transept et le chœur de la cathédrale de Peter borough et à Sainte -Marie de Sutton, des tailloirs cruciformes (1) correspondent à des piles octogones (2).

(1) Autres exemples du XIIe siècle à la cathédrale d'Ely (transept), à la Sainte-Chapelle de la cathédrale de Canterbury, à Tilney (AU Saints), à Wàlsoken, à Waltham-Abbey, à Wimborne et en France à Gargilesse (Indre), à Saint-Sever (Landes), à Givaux (Vienne) et à Notre-Dame d'Etampes.

*(2) Bond (F.). Gothic architecture in England, p. 42.

 C'est vers 1120 que les tailloirs circulaires firent leur apparition en Angleterre, sur les piles rondes de la nef, dans les cathédrales de Gloucester et de Tewskesbury (1). On en rencontre d'autres exemples du XIIe siècle à Steyning, à Malmesbury, à New-Shoreham, à Ketton, à South-well, à Shrewsbury, dans la crypte orientale de la cathédrale de Cantorbery (2), à Saint-Jean de Chester, à Cud-dington, à Dore, à Leominster, à Old Sodbury, à Romsey et à Stock-Orchard.

Vers le milieu du XIIe siècle, quelques architectes normands en font usage à Bernières, à Ouis-treham (Calvados) et à Man église (Seine-Inférieure). Notre confrère, M. Enlart, signale dans son Manuel (3), d'autres tailloirs ronds du XIIe siècle, à Lanmeur, Perros-Guirec, Tréguier (Côtes-du-Nord), à Aigues-Vives, à Montrichard (Loir-et-Cher), à Avesnières (Mayenne et dans le portail de Sérignac (Lot-et-Garonne). J'y ajouterai celui qui devait surmonter un chapiteau roman du musée de Soissons, cerclé de fleurs à quatre pétales (1).


Chapiteau de la nef à Steyning

 

(1) Bond (F.), op. cit., p. 26 et 297.

(2) Ibid., p. 273, 412, 421, 440, 520 et 521.

(3) T. I, p. 371.

 Les piles formées d'un noyau cylindrique entouré de colonnettes, comme celles de la nef de Saint-Remi de Reims, qui furent élevées vers 1005, et celles de certaines églises du Poitou, comme à Javarzay, à Saint-Pierre de Melle (Deux-Sèvres), à Nieuil -sur -Autise (Vendée), devraient être amorties par un grand tailloir circulaire, mais les architectes trouvèrent préférable d'obtenir un plan carré au niveau des sommiers. Cependant, le constructeur de la nef de Guérande (Loire-Inférieure), qui travaillait vers la fin du XIIe siècle, eut l'idée de coiffer les huit chapiteaux des grosses piles rondes d'un tailloir commun de la même forme (2), comme à Bernières et à Ouistreham (Calvados). On peut signaler une dis¬ position du même genre en Angleterre au xme siècle à Lichfield, à Moulton, à West-Walton, à Weston, à Whaplode et à Yarmouth (1). A cette époque, les tailloirs circulaires se répandirent également en Normandie (2) en Champagne (3).

 

Chapiteau de la nef à Durbam

 

(1) Congrès archéologique de Reims,-1911, t. I, p. 362.

(2) Viollet-le-Duc. Dictionnaire d'architecture t. VII, p. 157

 

Les plus anciens tailloirs octogones couronnent les chapiteaux cubiques à huit faces des piles cylindriques de la nef de la cathédrale de Durham, terminée en 1128 (4), mais les colonnes à huit pans de la crypte romane de Nesle (Somme), détruite par les Allemands étaient couronnées de chapiteaux à tailloirs carrés. La nef de l'église de la maladrerie de Saint-Lazare, près de Beauvais, bâtie vers le milieu du XIIe siècle, est bordée de supports octogones (5) surmontés de chapiteaux et de tailloirs de la même forme, comme à New-Shoreham, en Angleterre (6).

Dans la salle capitulaire de l'abbaye de Fontenay (Côte-d'Or), les faisceaux de huit colonnettes qui reçoivent les retombées des voûtes d'ogives du XIIe siècle sont couronnés d'un tailloir commun à huit pans comme dans la nef de Kirkstall, en Angleterre (7). Les piles octogones d'une salle voisine ont un tailloir à huit faces très épais et dépourvu de moulures où viennent s'appuyer quatre doubleaux nus et quatre nervures toriques (8) comme dans les salles capitulaires de Noirlac et de Fonmorigny (Cher). D'autres exemples de tailloirs octogones se voyaient à Dommartin (Pas-de-Calais) sur de gros chapiteaux dont l'un est moulé au musée du Trocàdéro. A Saint-Remi de Reims, les colonnes qui séparent les bas-côtés doubles du chœur, têrminé vers 1170, ont des tailloirs octogones au-dessus de leurs chapiteaux : l'un d'eux est entouré de feuillages et de huit figurines qui soutiennent les angles du tailloir.

 (1) Bond (F.). Gothic architecture in England, p. 422, 423.

(2) Absides des cathédrales de Bayeux, de Coutances, de Lisieux, de Rouen, église de Norrey.

(3) Montérender, Mouzon.

(4) On remarque des tailloirs romans demi-octogones dans le chœur de la cathédrale de Durham et dans la nef de Fountains-Abbey.

(5) M. Enlart cite les piles octogones de Bohain, de Borres et d'Haspres (Aisne) dans son Manuel.

(6) Bond. Gothic architecture in England, p. 273.

(7) Bilson (John). Le chapiteau à godrons en Angleterre, dans le Congrès de Caen, 1908, t. II, p. 643.

(8) Bégule (L.). L'abbaye de Fontenay et l'architecture cistercienne, p. 37, 38, 40 et 41.

Les architectes des déambulatoires de Saint-Germain-des-Prés et de Notre-Dame de Paris qui furent, l'un terminé et l'autre commencé en 1163, avaient bien eu l'idée d'abattre légèrement les angles des tailloirs carrés des grosses colonnes isolées, comme Guillaume de Sens dans l'abside de la cathédrale de Cantorbery, à Auvers-sur-Oise, à Nesles-la-Vallée et dans les déambulatoires de Deuil, de Gonesse et de Mantes (Seine-et-Oise). La nécessité de poser sur ces tailloirs les trois colonnettes destinées aux ogives et aux doubleaux les avait sans doute empêchés de leur donner le plan d'un octogone régulier. Cette difficulté fut résolue par l'architecte de la cathédrale, de Soissons qui prit le parti d'accoler une colonnette aux colonnes du sanctuaire inauguré en 1212, afin de loger les trois fûts dans un triangle limité par deux pans coupés plus longs que les autres (1).

 

Chapiteau du déambulatoire à Saint-Remi de Reims

Une autre solution, qu'on trouve appliquée à Bagneux (Seine), à Beaumont-sur-Oise, à Triel (Seine-et-Oise), à Saint-Père-sous-Vézelay, à Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-sur-Marne, consistait à donner aux tailloirs le plan d'un octogone irrégulier dont les grands côtés font face à la nef, aux bas-côtés et aux grandes arcades et dont deux petits côtés, correspondent aux ogives inférieures. Au chevet des cathédrales de Chartres et de Reims, dans les nefs d'Ambleny, de Braine, de Lesges (Aisne), de Champagne, de Gonesse, et de Taverny, dans le chœur de Triel (Seine-et-Oise) et à Notre-Dame de Dijon, les tailloirs ont huit pans réguliers. La diminution de l'épaisseur des grandes arcades avait, d'ailleurs, facilité la solution du problème de la retombée des claveaux sur des tailloirs octogones.

Dans les piles rondes cantonnées de quatre colonnes de la nef des cathédrales d'Amiens, de Chartres et de Reims, ' les quatre petits tailloirs font saillie sur celui du gros chapiteau central, sauf dans le chœur de la cathédrale d'Auxerre où les cinq supports sont coiffés d'un seul grand tailloir octogone, comme à Sainte-Marguerite de Lynn, en Angleterre. L'architecte du déambulatoire de Yilleneuve-sur-Yonne, prit le même parti pour couronner les faisceaux de colonnettes. Par contre, les piles intermédiaires des bas-côtés doubles de Notre-Dame de Paris sont cerclées de douze colonnettes qui ont leur tailloir particulier, comme dans les dernières travées de la nef à Notre-Dame de Laon et à la cathédrale de Bourges. Quant aux piles octogones aussi rares dans les églises gothiques que dans les églises romanes, on peut en citer des exemples au XIIIe siècle dans la nef et entre les deux galeries du déambulatoire de Chartres, dans les églises d'Etchingham et de Trunch, en Angleterre.

 (1) On voit une disposition du même genre à La Chapelle-sous-Crécy (Seine-et-Marne).

 Vers le milieu du XIIe siècle, l'architecte du sanctuaire de Saint-Martin-des-Champs à Paris, avait fait poser des tailloirs à deux pointes sous la première voûte d'ogives de la chapelle centrale tréflée. Ce sont les prototypes d'une variété de tailloirs en usage au XIIIe siècle, caractérisée par sa forme pointue qui s'explique par le désir de faire coïncider la pointe du tailloir avec l'arête du tore en amande qui vient y retomber. En réalité, le plan de ces tailloirs pointus est un pentagone irrégulier, car les faces latérales sont de petite dimension. On en remarque des exemples précoces dans la galerie haute de la tour du sud à Notre-Dame de Paris où les tailloirs hexagones ont deux pointes latérales. C'est une véritable anomalie, car dans l'Ile-de-France, les chapiteaux du triforium restèrent carrés pendant la première moitié du XIIIe siècle»

 

Chapiteau de la chapelle centrale à Saint-Martin-des-Champs

sauf à Brie-Comte-Robert (1), pour donner une meilleure assiette aux sommiers. Il faut signaler d'autres prototypes sous le clocher-porche de la collégiale de Saint-Quentin,. dans la chapelle haute du croisillon sud à la cathédrale de Soissons et dans les chapelles rayonnantes du même édifice, ainsi que dans celles des cathédrales de Chartres,, de Reims, d'Amiens et de Troyes (2), puis dans la Sainte-Chapelle de Paris, consacrée en 1248 et dans celle de Saint-Germain-des-Prés, dans la nef de l'abbatiale de Saint-Denis, dans le cloître de Notre-Dame de Noyon et dans beaucoup d'autres églises bâties sous le règne de saint Louis (3).


Chapiteaux de l'église de Creil

(1) Le triforium de la nef à la cathédrale d'Amiens et à Saint-Denis, comme celui du premier bas-côté de la cathédrale de Bourges se distinguent également par des chapiteaux à tailloir polygonal.

(2) A Saint-Quentin, la pointe centrale des tailloirs des colonnes qui barrent l'entrée des chapelles rayonnantes porte une colonnette, comme sous la retombée des nervures centrales des voûtes sexpartites, à Limbourg-sur-la-Lahn.

(3) Creil, Montataire (Oise), chapelles rayonnantes de la cathédrale de Beauvais, Lagny, Saint-Urbain de Troyes.

 

Chapiteau de la tour sud de Notre-Dame de Paris


Chapiteau du cœur de Nogent-les-Vierges

En appliquant le même principe aux tailloirs qui Reçoivent les boudins amincis de plusieurs arcs, l'architecte de la chapelle basse du Palais à Paris imagina les tailloirs à huit pointes qui couronnent les fûts en bordure des étroits bas-côtés. D'autres tailloirs à pointes multiples se voient sous le porche du même édifice, dans le chœur de Nogent-les-Vierges (Oise) et dans les bas-côtés de Saint-Jacques de Compiègne, mais ce type est de la plus grande rareté.

Par J.D. Bonnard

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 1) Viollet-le-Duc, Dict. d’architecture, article Pilier.

(2) R. de Lasteyrie, ouvr. cité, t. II, p. 111. E. Lefèvre-Pontalis, L'architecture gothique dans la Champagne méridionale au Xe et au XVIe siècle, dans le Congrès archéol. de Troyes, 1902, p. 273. E. Lefèvre-Pontalis, Les caractères distinctifs des écoles gothiques de la Champagne et de la Bourgogne, dans le Congrès archéol. d'Avallon, 1907, p. 546.

 (3) Alliancelles, Bussy-le-Repos, Brebant, Chepy, Cloyes, Gorbeil, Coupéville, Saint-Jeande Ghâlons, Saint-Memmie de Courtisols, Ecury-sur-Coole, Faux-sur-Coole, le Fresne, Heiltz-l'Evêque, Jâlons-les-Vignes, Moncetz-sur-Marne, Saint-Jean-sur-Moivre, Saint-Quentin-les-Marais, Sarry, Scrupt, Vésigneul-sur-Marne (Marné), Joncreuil (Aube), Baudonvilliers, Sommelonne (Meuse), Joinville(Haute-Marne).

(4) Chapelaine-sous-Margerie (Marne).

(5) Ambrières, Breuvery, Châtelraould, Saint-Martin de Courti¬ sols, Dampierre-sur-Moivre, Francheville, Hauteville, Margerie, Saint-Amand-sur-Fion, Saint-Vrain, Soudé-Notre-Dame, Soudé-Sainte-Croix, Soudron, Sainte-Menehould, Vauclerc, Vavray-le-Grand, Vitry-la-Ville, Goulvagny, commune de Saint-Amand-sur-Fion (Marne), Longeville-sur-Aine, Perthes (Haute-Marne) ; Poivres (Aube), La Ghalade (Meuse).

(6) Saint-Amand-sur-Fion, Sainte-Menehould (Marne).

(7) Margerie (Marne).

(8) Blacy, Saint-Lumier-en-Champagne, Sompuis (Marne).

(9) Alliancelles, Hauteville, Saint-Quentin-les-Marais (Marne).

(10) Humbauville, Marçerie, Saint-Ajmand sur-Fion (Marne), Dam-pierre (Aube), Perthes (Haute-Marne).

 (11) R. de Lasteyrie, ouvr. cité, t. II, p. Il G.

(12) Viollet-le-Duc, Dicl. d'architecture, article cul-de-lampe.

(13) R. de Lasteyrie, ouvr. cité, t. II, p. 114-115.

(14) Id., t. I, p. 217.

(15) Les voûtes de Trouan sont détruites mais la disposition pri¬ mitive reste très compréhensible.

(16) R. de Lasteyrie, ouvr. cité, t. II, p. 104.

(17) Colonel Victor Donau, L'église de Mouzon , dans le Bull. Monumental, 1920, p. 137.

(18) E. Lefèvre-Pontalis, L'origine des tailloirs ronds et octogones au Xe siècle, dans le Bull. Monumental, 1922, p. 198.

(19) Arzillières, Doucey, Frignicourt, le Meix-Tiercelin, Norrois, les Rivières, Somsois, Songy, Soudé-Sainte-Croix (Marne), Dam-pierre, Isle-sous-Ramerupt, Trouan-le-Grand (Aube).

(20) Saint-Jean de Châlons, Coupéville, Coupetz, Saint-Martin et Saint-Memmie de Courtisols, Ecury-sur-Coole, Fontaine-sur-Coole, Heiltz-l'Evêque, Jâlons-les-Vignes, Landricourt, Nuisement-sur-Coole, Saint-Amand-sur-Fion, Sainte-Menehould, Saint-Jean-sur-Moivre, Saint-Vrain, Sapignicourt, Sarry, Soudron, Togny-aux-Bœufs, Vatry, Vroil (Marne), Saint-Aubin de Moeslains, Chancenay (Haute-Marne), Andernay, Trémont (Meuse).

(21) Coupéville, Corroy, Saint-Amand-sur-Fion, Sarry (Marne).

(22) Louis le Clert, L'église de Saint-Léger-sous-Brienne, dans la Revue de Champagne et de Brie , t. XI (1881), p. 121, 1 pl.

(23) Taylor, Voyages... dans l'ancienne France, t.. XVI, p. 350.

(24) Fichot et Aufauvre, Album pittoresque et monumental du département de V Aube, Troyes, 1852.

(25) F. de Montrémy, La vierge de Blécourl et la sculpture dans la région de Joinville aux xme et xive siècles, dans le Bull. Monumental, 1910, p. 456.

(26) Breuvery, Dampierre-sur-Moivre, Fère-Charapenoise, Heiltz-l'Evêque, Loisy, Saint-Lumier-en-Champagne (Marne).

(27) Koechlin et Marquet de Vasselot, La sculpture à Troyes et dans la Champagne méridionale au xvie siècle , Paris, 1900.

(28) 1459-61, piliers de Saint-Loup de Châlons-sur-Marne. 1498, vitraux de Saint-Etienne, commune de Saint-Ouen (Marne). 1504, chapelle Sainte-Anne de Joinville (Haute-Marne). 1513, vitraux de Villeret (Aube). 1514, transept de Saint-Amand-sur-Fion (Marne) [ ?]. 1520, vitraux de Vaucognes (Aube). 1524, vitraux de Ceffonds (Haute-Marne).

(29) 1527, chœur de Maurupt (Marne), vitraux de Puellemontier (Haute-Marne). 1529, portail d'Arzillières (Marne), vitraux de Maizières-les-Brienne (Aube). 1533, pilier du chœur de Pringy (Marne). 1534, portail sud de Sézanne (Marne). 1535, vitraux de Rances, de Rosnay-l'Hopital, Dosnon (Aube).1536, vitraux de Brienne-le-Château, Poivres (Aube). 1546, chapiteau de Chapelaine-sous-Margerie (Marne). 1549, porte sud de Nettancourt (Meuse). 1552, porche de Bussy-Lettrée (Marne). 1555, transept de Marson (Marne). 1557, portail de Rosnay-l'Hopital (Aube). 1560, chapiteaux de Saint-Martin de Courtisols (Marne). 1579, chœur de Cheminon (Marne).

(30) Chavanges (Aube), Gontrisson (Meuse).

(31) Abbé Bouillet, Monographie de l'église de Revigny, dans les Mém. de la Soc. d'archéol. lorraine, 1892, t. XLII, p. 1, 1 plan.

(32) Arzillières, Vitry-la-Ville (Marne), Dampierre (Aube).

(33) Aubigny, Chavanges, Dampierre, Granville, Lhuître, Mailly, Maizières-les-Brienne, Montmorency, Poivres, Rances, Trouan-le-Grand, Vallentigny, Vaucognes, Villeret, Villiers-Herbisse, Voué, etc.

(34) Geffonds, Droyes, Puellemontier.

(35) Arzillières, Brandonvilliers, Brébant, Bussy-aux-Bois, Chemi-nan, Connantray, Corbeil, Fère-Champenoise, Larzicourt, Marson, Pringy, Saint-Germain-la-Ville, Saint-Rémy-en-Bouzémont, Sainte-Livière, Soudé-Sainte-Croix, Saint-Ouen.

(36) Contrisson, Mognéville, Revigny, Trémont (Meuse).

(37) L. Brouillon, Les objets d'art des églises de V arrondissement de Sainte-Menehould, Châlons, 1906.

(38) Lhuître, Maizières-les-Brienne, Mailly, Rances, Trouan-le-Grand, Vaucognes, Villeret, Villiers-Herbisse, Voué (Aube), Saint-Ouen (Marne).

(39) Chapelaine-sous-Margerie, Dommartin-Lettrée (Marne).

(40) E. Lefèvre-Pontalis, Les nefs sans fenêtres dans les églises romanes et gothiques, dans le Bull. Monumental, 1922, p. 298-99.

(41) Arcis-sur-Aube, Arrembécourt, Brienne-le-Château, Chavanges, Maizières-les-Brienne, Poivres, Rances, Rosnay-1' Hôpital, Vallen-tigny, Vaucognes, Villeret (Aube), Chapelaine-sous-Margerie, Cor-beil, le Meix-Tiercelin, Sézanne (Marne), Droyes (Haute-Marne).

(42) Arzillières, Huiron, Sompuis (Marne), Arrembécourt (Aube).

 (43) Chavanges, Dampierre, Lhuître, Romaines, Voué (Aube), Puellemontier (Haute-Marne), Saint-Martin de Courtisols, Han-court (commune de Margerie), le Meix-Tiercelin, Saint-Etienne (commune de Saint-Ouen), Sompuis (Marne).

(44) Farémont (Marne), Revigny, Saint-Etienne de Bar-le-Duc (Meuse).

(45) Gontrisson, Saint-Etienne de Bar-le-Duc (Meuse), Rethel (Ardennes), porterie du palais ducal de Nancy.

(46) Ancerville, Rembercourt-aux-Pots, porche sud de Revigny (Meuse).

(47) Andernay, Beurey, Contrisson, Couvonges (Meuse), Longe-ville-sur-Aine (Haute-Marne).

(48) Cl. Aimond, L'église Saint-Etienne de Bar-le-Duc, Bar-lc-Duc, 1912. Ch. Démoget, Les origines de l'architecture de la Renais¬ sance à Bar-le-Duc et les vieilles maisons de la ville, Bar-le-Duc, 1899.

(49) Chœur et piscines de Maurupt (Marne), chœur, sacristie et piscines de Magnéville (Meuse), clef de voûte et piscines de Revigny et Rancourt (Meuse), tympan d'Arzillières (Marne) et, plus tardive¬ ment, façade de Rembercourt-aux-Pots (Meuse).

(50) Portailde Saint-Martin d'Epernay, chœur de Saint-Jean de Châlons, croisillon sud de Saint-Alpin de Châlons, croisillon nord de Pogny, Marson (1555), Bussy-Lettrée (1552), chapiteaux de Saint-Martin-de-Courtisols (1560), Soudé-Notre-Dame, Breuvery (Marne) ; Nettancourt (Meuse).

(51) Charles Terrasse, Les œuvres de V architecte Nicolas de Saint-Michel au xvi® siècle, en Parisis, dans le Bull. Monum., 1922, p. 165.

(52) Epernay , Marson, Nettancourt.

(53) Bussy-Lettrée, Dommartin-Lettrée, Soudé-Notre-Dame.

(54) Marson.

(55) Epernay, Bussy-Lettrée.

(56) Dommartin-Lettrée, Nettancourt.

(57) Bussy-Lettrée, Courtisols.

(58) R. Crozet, Une ville neuve du XVIe siècle, Viîry-le-François, dans la Vie-Urbaine, 1923.

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Mgr J.Dieudonné BONNARD - archives des diocèses de Troyes et de Langres. Archives personnelles


 

 

 

Les De Vaveray, seigneurs des Presles

 


De Brienne à Chavanges, à droite de la route, entre Rosnay-l’Hôpital et Montmorency-Beaufort, une vaste métairie n’est autre que l’ancien domaine des de Vaveray, seigneurs des Presles. Elle se composait primitivement de 2 fermes : l’une appelée Presle-Vieux, l’autre désignée sous le nom de Presle-Neuf, sans doute parce qu’elle était de construction plus récente. Elle mouvait en plein fief des comtes de Rosnay qui, dans la suite, en devinrent les uniques propriétaires.

Deux fontaines jumelles, produites par les infiltrations des collines légèrement ondulées de la Champagne crayeuse, coulent près des bâtiments d’exploitation. Ces deux fontaines, distantes l’une de l’autre d’environ 5 mètres, coulent sans jamais tarir. Elles surgissent d’une sombre et mystérieuse cavité naturellement creusée dans les flancs d’un léger monticule. Leurs eaux parcourent, fraîches et limpides, l’espace d’une cinquantaine de mètres dans une sorte de vallon suisse en miniature, contournant la maison de maître, et après s’être fusionnées en un réservoir où les bestiaux s’abreuvent, elles s’échappent en un seul ruisseau qui va se jeter dans la rivière, non loin d’un vieil étang. Si l’on en croit la légende, elles auraient été vénérées jadis comme miraculeuses par les populations de cette contrée que défrichèrent les moines du Der.

Ces derniers possédèrent longtemps, en qualité d’église prieurale, la chapelle du château des anciens comtes de Rosnay, sous la dénomination de crypte. Plusieurs fois, disent les Annales monastiques, ils vinrent en pèlerinage dans ce sanctuaire souterrain, consacré par les merveilleuses guérisons qu’y opérèrent Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, et saint Bernard, abbé de Clairvaux. Les fervents cénobites stationnaient près de la double fontaine des Presles, non seulement pour s’y désaltérer, mais pour s’y recueillir dans la prière.

 D’après les mêmes récits, l’origine de la métairie des Presles remonterait à l’époque où les bénédictins du monastère du Der créèrent, à l’instar des cisterciens de l’abbaye de Clairvaux, plusieurs établissements ruraux, appelés celliers ou granges, ordinairement construits en parallélogramme, avec une cour au milieu, les herbages et les écuries, d’un côté, le logement et l’oratoire des frères convers, de l’autre. Il y avait extérieurement un mur d’enceinte qui circonscrivait un certain espace de terrain inviolable où se réfugiaient les victimes de la brutalité du féodalisme.

Rien de plus édifiant et de plus laborieux que la vie de ces frères. Leur chef unique, appelé maître, les éveillait avec une clochette, dès la pointe du jour, puis, la prière dite en commun, tous s’en allaient, les uns garder les troupeaux, les autres conduire les charrues, ceux-ci faucher les herbes, ceux-là moissonner les blés. Il ne restait que le frère hospitalier, dont la mission principale était de recevoir les étrangers et les pauvres. Le maître, au retour des champs, sonnait sa clochette pour appeler les convers au réfectoire. Là, revêtus du manteau et du capuce, ils mangeaient sans mot dire, les mêmes mets qu’au monastère, mais en plus grande quantité. 

Après le repas, ils regagnaient gagner leur pain à la sueur de leur front. Leurs travaux s’accomplissaient, l’après-midi comme dans la matinée, au milieu d’un rigoureux silence. Ils étaient interrompus seulement par le signal que donnait le prieur, en frappant dans ses mains, tantôt pour accorder un instant de repos, tantôt pour inviter les ouvriers à offrir à Dieu leurs rudes labeurs. Tous alors, appuyaient leurs têtes chauves sur le manche de leurs charrues ou de leurs bêches, dans une attitude méditative. 

Lorsque l’un d’entre eux, par excès de fatigue ou par défaillance naturelle, tombait de lassitude, il demandait au prieur la permission de se retirer à l’écart. Il s’y tenait accroupi par terre, ramenant son capuce sur son visage comme pour s’humilier de sa misère et gémir de son impuissance. La journée finie, un dernier signal annonçait la rentrée au logis. 

Comté de Rosnay

 

Dalle funéraire de Nicolas Lefevre, lieutenant au baillage de Rosnay décédé en 1563 
et Simone Gombault, sa femme décédée en 1573.
Église de Rosnay

Rosnay, qui aujourd’hui n’est plus qu’un fort joli village, était après Troyes, il n’y a que quelques siècles encore, « une des petites villes les plus étendues et les plus fortes de toutes celles qui, dans un rayon circulaire de 8 ou 10 lieues, entouraient cette dernière ». Ceinte de murs, environnée de larges et profonds fossés, elle était encore défendue par des fortifications. On y entrait par trois portes ayant chacune leur faubourg particulier et dont les noms, transmis de génération en génération, sont encore connus des habitants, qui en indiquent l’emplacement, les déclinent sous les dénominations de Saint-Nicolas, de Saint-Sauveur et de Champagne. Le premier se trouvait au sud et conduisait à Brienne, le second, à l’ouest, menait par la traverse à Lesmont et à Troyes, le troisième, au nord ou nord-nord-est, était dirigé sur Vitry-le-François.

L’emplacement de l’ancienne ville est occupé par quelques bâtiments, granges, écuries, enclos, jardins, et représentait, comme toutes les anciennes cités et selon l’usage des premiers siècles, un carré fort resserré. Le soc de la charrue, le déblaiement, la démolition d’anciens bâtiments ou la reconstruction de nouveaux, exhument souvent les débris de quelques antiques habitations. 

Les habitants croient, d’après ce que leur ont raconté leurs ancêtres, que cette ville possédait de vastes et profonds souterrains, qu’il en existe même encore, ou  on a autrefois retrouvé des cadavres qui, lorsqu’ils étaient encore en vie, s’y étaient sans doute retirés au moment de quelque siège, pour éviter les cruautés d’une soldatesque indisciplinée, inhumaine et barbare. On aperçoit encore de cette antique cité, l’emplacement des fossés, déjà en partie remplis et presque effacés. Cela atteste, après des siècles, aux générations les plus éloignées de ces temps de barbarie, qui se succèdent alternativement, son antiquité, son rang, sa gloire et ses malheurs, enfin ce qu’elle fut autrefois. 

On doit placer, au nombre des causes qui ont fait descendre Rosnay au rang de simple village, les incursions des Huns, des Vandales, des Normands, et autres anciens peuples barbares qui pendant si longtemps ont porté leurs ravages dans les Gaules, même sous les Romains, surtout vers la décadence de leur empire, et sous les premiers règnes de leur empire, et sous les premiers règnes de notre monarchie, les maux, les désastres horribles qui en furent les terribles conséquences, et dont notre Champagne fut tant de fois victime.

Autre cause, les différents partis qui, sous les règnes de Louis IX, Jean 1er, Charles V, Charles VI, Charles VII, Louis XI, François 1er, Charles X, Henri III, Louis XIII, désolèrent la France, ceux surtout de 1356, que pendant la détention du roi Jean en Angleterre, Charles le Mauvais, roi de Navarre, surent y faire naître et y entretenir. 

Cause aussi de l’invasion de la Champagne sous François 1er, par Charles Quint, qui parvint jusqu’à Vitry, et aussi les dissensions odieuses qu’après la mort de Henri IV on vit s’élever sous la régence de Marie de Médicis, pendant la minorité de Louis XIII, entre les grands et le gouvernement. 

Causes également, non moins terribles, non moins sanglantes, nées de l’ambition de la rébellion féodale contre le trône, dans lesquelles se guerroyant elles-mêmes, et enfin, à cause de nos guerres de religion dirigées, conduites par une odieuse intolérance.

Dalles funéraires des seigneurs de Rosnay XIVe XVe XVIe

Il y avait deux foires annuelles, à la Saints-Jacques-et-Christophe, 25 juillet et à la Saint-Thomas de Cantorbery, le 29 décembre. Elles se tenaient en la halle qui appartenait au seigneur ainsi que le pressoir. Rosnay a conservé ses foires et marchés, jusque vers la fin du XVIIe siècle. Il était compté au nombre des bourgs, et les possédait encore.

Vers 1790, ayant obtenu leur rétablissement, une halle nouvelle devait remplacer celle que les malheurs du temps avaient détruite. Mais, « 3 ou 4 habitants (noms connus de leurs compatriotes) des plus aisés, et par conséquent des plus prépondérants, qui, peu d’années après, se trouvaient à la tête de l’administration, employèrent tous leurs efforts pour les faire tomber, en provoquant leur suppression définitive ».

Le surnom de l’Hôpital, donné à cet endroit, lui vient d’abord d’une maladrerie, qu’Henry de Luxembourg, prince de Tingry, comte de Ligny et de Rosnay, y fonda au commencement du XVIIe siècle, et plus encore peut-être de l’acquisition que fit le maréchal de l’Hôpital, de la terre de Rosnay, en 1640.

Son église de l'Assomption-de-la-Vierge, classée MH depuis 1846 se trouvait dans l’ancien château-fort, a été, vers le milieu du XVIe siècle, entre 1555 et 1561, sous le règne de Charles IX, reconstruite à neuf, mais la supérieure seulement (cette église est double,  se trouvant l’une sur l’autre). Elle comporte une crypte qui, contrairement à d'autres, n'est pas une ancienne église souterraine mais a servi à agrandir la surface disponible pour l'édification de l'église sise au sommet d'une butte. Les murs de sa tour indiquent les maux dont cette ancienne ville a souffert depuis, par l’empreinte des balles, boulets et biscayens, dont cette tour est criblée.

Le château dut exister dès les premiers comtes et se trouvait sur la motte qui avait 23 m à sa base et 10 m à son sommet. Il fut occupé par les Anglais en 1358 et par les Français en 1361. Le comté de Vertus l'a signalé comme « bonne tour ». Il est dans les mains de Henry VI en 1424 et sur l'aveu de 1636 est cité « forteresse fermée de terrasse et de profonds fossés ; de la rivière de Voire avec pont levis. Dans l'enclos est la motte seigneuriale ».

Le château de Rosnay-l'Hôpital aujourd'hui

En 1814, Rosnay eut aussi la visite de l’ennemi. Dans la matinée du 1er février, quelques heures avant la fameuse et funeste bataille de la Rothière, Napoléon se rend de Brienne à Rosnay, avec tout son état-major. Il examine le village, et surtout la superbe position qu’offre en entrant, du côté de Brienne, la hauteur de la Garenne et les ponts placés sur les rivières de Voire et de l’Aine. En l’absence du maire, le sieur Barbier-Dumetz, comte de Rosnay, fait appeler l’adjoint, le sieur Varnier. Après différentes questions relatives au pays, celui-ci accompagne l’empereur et sa suite jusqu’à l’extrémité du pays, et près du grand pont sur la route de Brienne. Là, trois chemins vicinaux conduisent à différents villages. Napoléon, qui avait envie de se porter de Rosnay sur Lesmont, lui demande où mènent ces trois chemins. La réponse n’ayant pas rempli son attente « il faut cependant, reprit-il, que vous m’en indiquiez un qui me conduise d’ici à Lesmont ».

L’Aube était alors non seulement très élevée, comme le sont en hiver toutes les rivières, mais encore répandue dans la campagne, et l’adjoint ne voyant aucun endroit guéable, déclara qu’il y avait impossibilité de passer ailleurs que sur le grand pont. « Impossible ! reprit l’empereur, ce mot n’est pas français : je vous déclare, M. l’adjoint, que je ne veux point passer sur votre grand pont ». Le municipal, qui ne voyait point d’autre endroit, répond par une simple observation : dans une autre saison mon langage serait bien différent, car il se trouverait plusieurs gués que vous pourriez facilement traverser, les eaux étant moins élevées, et ne couvrant pas une partie de la plaine comme aujourd’hui.

Je crois qu’il existe un bac à Ramerupt, mais, Sire, vous en êtes éloigné de 4 lieues, et, attendu le débordement des eaux, je ne puis vous assurer que vous y puissiez passer.

 « Vous êtes un mauvais indicateur » répondit Napoléon.

 Il parla ensuite des blessés : « dites-moi, que faites-vous de mes soldats blessés ? En avez-vous encore dans votre hôpital, car on a dû y en diriger après l’affaire de Maizières à Brienne. En avez-vous bien soin ? ».

 « Votre Majesté est dans l’erreur, Rosnay n’a point d’hôpital, et ce surnom que l’histoire lui a toujours conservé, est sans doute ce qui la trompe. Dans les siècles, fort reculés du nôtre, et Votre Majesté ne l’ignore point, Rosnay était une petite ville. Les guerres cruelles qu’elle a essuyées, les malheurs qui en furent les terribles conséquences, et le temps lui-même, par suite de tous ces maux, l’ont réduite au misérable état où vous la voyez. Il est vrai qu’alors elle possédait un hôpital, détruit, tombé avec elle. Quant aux malheureux blessés, ils sont répartis en différentes maisons, gisant sur une poignée de mauvaise paille, privés de pansements, faute de linge, et certainement, Sire, ils sont fort mal, je ne puis vous le dissimuler. Dans leur intérêt, dans celui de l’humanité, comme les charretiers qui les ont amenés des communes voisines sont encore à ma disposition, je désirerais qu’il plût à Votre Majesté, d’ordonner que je puisse les faire les évacuer, partie sur Vitry, partie sur Arcis-sur-Aube ».  

 Napoléon ayant approuvé cette proposition, ordonna qu’elle fût aussitôt mise à exécution. Mais auparavant, il détacha un des généraux qui l’accompagnaient, et l’envoya distribuer un napoléon à chacun des blessés.                                                                                            Tandis que son envoyé allait s’acquitter en son nom, envers les malheureux blessés, « de la plus belle comme de la plus noble mission que jamais grand prince, grand capitaine puisse confier », il jette, avec sa lorgnette, un coup d’œil sur l’église en examine la tour ou clocher, qui depuis longtemps se trouvait dans un état de ruines, et sur lequel, deux ans auparavant, la foudre était tombée :

 « Pourquoi donc, dit-il en montrant la tour, ne répare-t-on pas cet édifice ? ».

lundi 26 août 2024

Jacques Hennequin de Troyes, professeur de Richelieu


Paris. Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne, OBL 32-1. Pièce 84

Titre attesté :  

Quaestio theologica. Quis ostendit nobis bona? Psalm. 4... Has theses, Deo duce, & praeside S. M. N. Jacobo Hennequin doctore socio & lectore domus Sorbonicae, tueri conabitur Alexander Delattre Ambianus. Baccalaureus theologus, die sabbati quarta mensis januarii ann. Dom. 1653. ab octava ad vesperam. In scholis theologicis regiae Navarrae. Pro majore ordinaria

Date 1653


 Il nait à Troyes, le 7 novembre 1576, d’une famille de bonne bourgeoisie. Le registre de Saint-Jean-au-Marché indique que Jacques est le fils de Johan Hennequin et dame Marie Angenoust.

Il décède à Troyes, après une longue existence de 85 ans, le 31 août 1661. Cette longévité exceptionnelle pour un homme du XVIIe siècle, lui permit de fournir une longue carrière de professeur de théologie en la maison de Sorbonne si renommée.

Ce fut le 15 août 1605, que Jacques Hennequin « Trescensis » fut admis à la « probatio marum ».

Dès le 1er octobre, la Faculté lui accorda l’hospitalité, puis dès novembre, la Société de Sorbonne coopta le bachelier.

Le 11 janvier 1606, il était admis « ad juramenta societatis ».

Le 1er avril 1606, notre troyen se voit élever à la dignité et fonction de prieur de la Sorbonne qu’il dirigea 2 ans. Travailleur et désireux de devenir un maître ès sciences sacrées, il conquiert en 1608 le grade de licencié en théologie. Deuxième des licenciés de l’année, Hennequin s’engage dans la carrière de professeur de théologie.

C’est sous son priorat que « Messire Armand du Plessis de Richelieu, révérendissime évêque de Montluçon » fut agrégé à la Sorbonne.


Le Cardinal de Richelieu par Philippe de Champaigne, 
musée des beaux-arts de Strasbourg.


Le 31 octobre 1612, Hennequin est élu Lecteur (professeur de théologie) de la maison Sorbonne en remplacement de Messire Pierre Leclerc. Hennequin allait enseigner la science des choses divines pendant 48 ans, poste le plus important de la maison.

Jacques Hennequin, retiré à Troyes, le 22 Novembre 1651, fait don à Troyes de sa bibliothèque, premier noyau de la Médiathèque actuelle (Le traité de donation est conservé sous la cote manuscrit n°2404). Cela représentait 4.697 livres, à la condition que ceux-ci soient mis à la disposition du public : « Je donne mes livres aux religieux Franciscains, les Frères Mineurs, appelés Cordeliers, à charge pour eux, de les mettre à la disposition de tous ceux qui désireront entrer… tous les lundis, mercredis, vendredis… depuis midi sonnant jusqu’à soleil couchant… lequel lieu sera appelé la Bibliothèque de Troyes ».

En 1779, le corps municipal ordonne l’ouverture d’une bibliothèque située au couvent des Cordeliers, qui avait toujours été fermée au public.

Arrivé au terme de sa vie, il fait une dotation à l’Hôtel-Dieu le Comte, dont la cote 2869 est à la Médiathèque. Les archives départementales de l’Aube conservent le texte de la fondation d’une deuxième chaire de philosophie et de théologie au Collège de Troyes (cote G 1309). Enfin, les Archives nationales gardent trace de l’insinuation d’une donation au séminaire de Troyes de 12.000 livres

Il n’est pas douteux que J. Hennequin doive être rangé parmi les théologiens qui professaient en matière d’ecclésiologie une conception gallicane. On sait que le gallicanisme revendiquait l’indépendance de l’Eglise de France à l’égard du pouvoir pontifical et soutenait la thèse que l’autorité d’un concile général était supérieure à celle du pontife romain.

 Richelieu était disciple de Jacques Hennequin.

Lors du professorat qu’il exerça au collège de Calvi, le jeune Armand Jean de Richelieu y était élève. Dans l’ouvrage de G. Hanotaux : « Histoire du Cardinal de Richelieu », au tome 1er, se trouvent les preuves documentaires des relations de maître à disciple qui existèrent entre le docteur d’origine troyenne et le futur cardinal : « Vers 1603, après avoir renoncé à une carrière militaire, Richelieu décida d’entrer dans l’Eglise, et aborda la théologie… son premier maître en cette science fut Jacques Hennequin, homme docte, qui enseignait au collège de Calvi… Dès 1603, Armand Duplessis de Richelieu suivait ses leçons… ». Plus loin, Hanotaux écrit : « Nous savons aussi que Richelieu avait étudié sous le célèbre docteur français Jacques Hennequin… ». Et dans un autre tome : « Richelieu couronna ses études privées par des études publiques. Il entendit Hennequin au collège de Calvi. Il apprit de son professeur Hennequin la logique et la morale en 1603… C’est pendant l’année 1607, au cours de laquelle J. Hennequin fut prieur de la Sorbonne, que Richelieu a été admis à l’hospitalité de la maison de Sorbonne, puis en est devenu sociétaire. C’est aussi en présence de Jacques Hennequin que Richelieu soutint sa première Thèse de théologie le 29 octobre 1907 ».

Antoine-Edme de La Huproye

 

Château de Charmont


La famille de la Huproye, Hupperoye jusqu’au XVIe siècle, a appartenu à la vieille bourgeoisie troyenne. Un de la Huproye a été préposé à l’administration municipale de Troyes, dès le règne de Charles V (1364-1380).

Un Philippon de La Huproye fait partie des notables qui prennent part aux délibérations du conseil de ville en 1431-1433.

En 1463, il y a un Philippe de La Huproye, sergent des chanoines de la cathédrale, et

en 1475-1476, un Philippe de La Huproye est « mesureur des blés du chapitre ».

Le 30 juin 1506, 3 membres de la famille de La Huproye : Nicolas, Collinet et Guillaume sont présents à l’assemblée générale des habitants de Troyes, tenue au couvent des Frères Mineurs, en vue des Etats Généraux de Tours.

En 1598, un Estienne de La Huproye le jeune est imprimeur à Troyes, et en 1600, il parait encore comme marguiller de l’église Saint-Jacques.

D’autres membres  de la famille de La Huproye furent à Troyes marchands courtiers (dont Nicolas, Antoine), auneurs ou drapiers (dont Louis), chirurgiens (dont Pierre) ou apothicaires (dont Jacques). Quelques-uns entrèrent dans les ordres. Plusieurs jouèrent un rôle actif et militant lors des luttes religieuses du XVIe siècle.

Un descendant de cette même famille, après avoir servi sous Louis XIV dans la compagnie des Mousquetaires noirs,  remplit successivement à Troyes, la charge d’assesseur au bailliage et celle de garde marteau des Eaux-et-Forêts. Celui-ci s’appelait Jacques, et signait « de la Huproye de Chanteloup » depuis qu’il s’était installé vers 1715, dans sa propriété de Sainte-Savine (Chanteloup).

La famille de La Huproye a été deux fois alliée à la famille Hennequin, dont un membre, ancien ambassadeur de France à Venise et procureur général au Grand- Conseil, qui fut disgracié par Louis XV, en 1720, pour s’être opposé au funeste système Law. C’est lui qui, pendant son exil, fit reconstruire, vers 1725, le château de Charmont, que devait habiter un jour Antoine-Edme de La Huproye.

Ce dernier naît à Troyes le 17 juin 1765. Pierre de La Huproye, son père, était conseiller du roi en l’élection de Troyes. A six ans et demi, il savait lire et écrire, et, comme il le dira plus tard : « écrire  et lire devaient rester pour toute ma vie, l’un des besoins de mon cœur et l’une de mes plus douces jouissances ».

Il est alors confié à son grand oncle maternel, M. de Maizières, qui possédait le château de Charmont. Ce dernier, véritable père adoptif, eut une grande et heureuse influence sur lui.

M. de Maizières avait été l’artisan de sa fortune : une probité incorruptible, un religieux attachement à ses devoirs, une exactitude rare dans l’exercice de ses fonctions en avaient fait un homme remarquable. A l’une des époques les plus désastreuses du règne de Louis XV, il avait émis en circulations des billets à son nom, et grâce à la confiance qu’inspirait sa parfaite intégrité, ses billets trouvèrent partout bon accueil, soutinrent et raffermirent le crédit public.

 Il refusa le contrôle général des finances. Il alla au secours des Troyens menacés par la disette de 1774, contribuant de son propre argent et de ses récoltes à l’approvisionnement de la ville. En classe de seconde, Antoine-Edme obtient 3 accessits à l’Université de Paris.

Alors qu’une blessure assez grave à la jambe, lors d’une partie de campagne à Clérey le retient dans sa famille, M. de Mézières décède, lui laissant par testament la nue-propriété de ses terres de Charmont, Fontaines et Aubeterre, à charge de l’usufruit au profit de son épouse.

 Après ses études humanitaires, Antoine-Edme fait son droit. En 1786, il se rend à Versailles sous la conduite de M. le marquis de Vallans, écuyer de la reine, afin d’assister à la procession des Cordons bleus, à l’occasion de la décoration du duc d’Enghien.

En août 1787, un office de conseiller au Châtelet se trouvant vacant, le père d’Antoine-Edme profite de l’exil du Parlement à Troyes, pour demander au Président cette charge pour son fils. La Grande Chambre ayant vu à Paris ce jeune candidat, pilier de l’audience à Paris pendant ses 2 années de stage, sans en manquer une seule, de nombreuses relations s’étaient vite formées entre les principaux habitants de Troyes et tous les messieurs du Parlement, dont un logeait chez M. de La Huproye et n’avait qu’à se louer des égards et des soins dont on l’y entourait. La demande fut bien accueillie et le 27 décembre 1787, Antoine-Edme de la Huproye était reçu conseiller au Châtelet.

Église Saint-Symphorien de Charmont et son cimetière

 

ci-dessus, vue aérienne de l'église et du Château de Charmont

Dès le 9e siècle, l'abbaye de Saint Loup de Troyes possédait des biens à Colaverdey. De plus, l'église de Fontaine était succursale de Luyères.

La famille chevaleresque de Colaverdey ne s'éteignit qu'au milieu du 15e siècle. De ce fait, Colaverdey et Fontaine furent achetés par Nicole Mauroy et furent cédés à ses descendants jusqu'au 16e siècle.

Cependant, en 1646, François Mauroy légua Charmont à son petit-fils Bénigne Hennequin, qui acheta Fontaine en parallèle. Jusqu'à la révolution, Charmont et Fontaine eurent les mêmes seigneurs, dont Joseph-Antoine Hennequin, procureur général au Grand Conseil, ambassadeur à Venise. Nous lui devons la construction du château au début du 18e siècle, qui demeure, encore aujourd'hui.


au-dessus du porche Ouest - Tribune en bois de chêne et son escalier du XVI
on y retrouve les blasons des différents seigneurs de Charmont

Haut relief la "Vision de st Hubert" XVIe (polychromie d'époque)


Fonts Baptismaux - pierre calcaire peinte en rouge - XVIe


Vierge à l'Enfant XIVe - peinte au XIXe


Pietà - pierre calcaire XVIe


Ste Barbe XVIe

St Nicolas XVIe - polychromie récente


carreau de pavement du XVIe - blason de Mauroy





3 dalles funéraires de la famille Hennequin
ici : Joseph-Antoine Hennequin, mort le 21 juin 1747. 
Louise-Elisabeth, son épouse, morte le 7 août 1731, à l'âge de 57 ans.

Clef de voûte du XVIe
ange, crosse, mitre évêque


retable - Martyre de Saint Symphorien - XVIIe


Comme dans bien des villages de France, le cimetière est autour de l'église, c'est ainsi que l'on trouve des traces des anciens seigneurs de Colaverdey et de Charmont (aujourd'hui Chamont-sous-Barbuise)


Chapelle des familles
Huproye – Truchy – Poussier – Loriot de Rouvray – Theurier de Pommyer -




Plus loin nous trouvons : 

Ici reposent

Dans l’attente de la résurrection éternelle

Antoine Edme De LA HUPROYES

Conseiller à la cour royale de Paris

Chevalier de la légion d’honneur

Et de l’ordre

Du mérite civil d’Autriche

Décédé à Charmont Le 2 juin 1830

Et

Apolline le MUET

Son épouse dédédée le 23 décembre 1839

Dans sa 34ème année

Leurs aspirations

Ont été pour le ciel

Leur mérmoire

Est en vénération


près du mur Sud de l'édifice :


EDMUNDUS DE MONTANGO DE ROUVROY AOUT 1820





dimanche 25 août 2024

Château de Charmont

 



Dès 877, nous retrouvons des traces de Charmont, appelée alors Colasverdey.

Mentionnée à partir de 1233, la maison forte de Colasverdey (aujourd’hui Charmont) puis (Charmont-sous-Barbuise de nos jours), est une motte et lieu seigneurial dudit Colasverdey, voulant être                  « chastel fermé de fossés ».

Elle est mise à sac en 1423 par les troupes anglaises du duc de Bedford, régent du royaume.

En 1468, Jean de Poitiers, seigneur d’Arcis et chambellan du duc de Bourgogne cède cette motte à   Jean Mauroy, bailli d’Arcis et futur lieutenant général au bailliage de Troyes, qui réunifie en 1475 la seigneurie, avec la fraction détenue par Jacques de Rochetaillée.

L’une des fondations de bienfaisance les plus utiles pour la classe pauvre de Troyes est celle de Jean de Mauroy et de sa femme Louise de Pleures. Par testaments, ils demandent que « 12 enfants pauvres orphelins de Colas-Verdey doivent être reçus, entretenus et instruits comme ceux de la ville, dans le collège de jeunes enfants, garçons et filles, orphelins et pauvres, qu’ils ont créé rue de la Trinité et connue sous le nom de maison de l’Aigle (actuellement, Maison de l’Outil et de la Pensée ouvrière) ».   ( voir chapitre Hôtel de Mauroy )

En 1534, Michel Mauroy, bourgeois, seigneur de Colasverdey, monnayeur de la monnaie de Troyes (maire de Troyes de 1548 à 1550 et de 1554 à 1556), fait rebâtir le logis seigneurial en ruines, et obtient en 1555, l’autorisation d’y établir un pont-levis. Son fils Jean lui succède, et à sa mort en 1570, la terre de Coverdey, revient à son frère Pierre.

Elle passe à François Mauroy en 1591 (échevin de Troyes en 1631), qui en 1592 voit sa maison forte de Colasverdey tomber aux mains du capitaine Thierry, et reçoit une garnison de 12 hommes.

Sa fille Antoinette de Mauroy épouse Louis Hennequin, secrétaire du cabinet d’Henri III, puis d’Henri IV, conseiller d’Etat et chef du Conseil du prince de Conti.

Le 23 mai 1651 l’armée allemande du général Rozen, troupe de plus de 1.000 hommes, couche à Colas-Verdey et y ravage tout, pillant l’église et les choses les plus sacrées.

En 1646, François de Mauroy (décédé en 1648) fait don de la terre de Colaverdey à son petit-fils Bénigne Hennequin, capitaine aux gardes françaises, qui fut tué en 1653, devant Sainte-Menehould. 



Son frère et héritier François Hennequin, conseiller au Grand Conseil, meurt prématurément. Sa veuve Anne Pingré réunifie la seigneurie de Colaverdey. Son fils aîné, Louis-François, en 1668, refait la toiture de son château de Colaverdey, et en 1675, ses fossés.

En 1669, il obtient des lettres patentes qui changent le nom de « Colaverdey en celui de Charmont ». Conseiller, puis procureur général en 1671, il est nommé en 1691, par Louis XIV, premier président au Parlement de Normandie.

Son fils Joseph-Antoine, dit M. de Charmont, page puis capitaine au régiment du Roi-infanterie, épouse en 1693, Louise-Elisabeth de Marcillac.

La famille de La Huproye * a été 2 fois alliée à la famille Hennequin, dont un membre, ancien ambassadeur de France à Venise et procureur général au Grand-Conseil, fut disgracié par Louis XV, en 1720, pour s’être opposé au funeste système Law. C’est lui qui, pendant son exil, fait reconstruire de 1720 à 1725, le château de Charmont, que devait habiter un jour Antoine-Edme de la Huproye.

Héritière du domaine en 1747, la veuve Marie-Louise Hennequin, rachète en 1762, les droits attachés à la terre de Charmont, mais en 1764, elle se défait du domaine au profit du troyen Nicolas de Maizière, receveur général, secrétaire du Roi.

En 1781, ce dernier lègue sa terre de Charmont à son neveu Pierre de La Huproye, conseiller en l’élection de Troyes.

Antoine-Edme de la Huproye naît à Troyes le 17 juin 1765. Il est confié à son grand oncle maternel, M. de Maizière, d’une probité incorruptible, qui posséde le château de Charmont. A l’une des époques les plus désastreuses du règne de Louis XV, il émit en circulation des billets en son nom, qui trouvèrent partout bon accueil, il alla au secours des troyens menacés par la disette de 1774, contribuant de son propre argent et de ses récoltes à l’approvisionnement de la ville.

M. de Maizière décède, laissant à Antoine-Edme de la Hurproye (député de l’Aube en 1815), par testament, la nue-propriété de ses terres de Charmont. Ce dernier meurt en 1839. Sa fille Antoinette, qui a épousé Claude-Hippolyte Truchy, fait en 1856, redessiner le parc, suivant la mode anglaise.

29 Octobre 1860 : Monseigneur Cœur, Évêque de Troyes, meurt subitement au château où il se trouvait en villégiature.

Elle laisse le domaine à sa nièce madame René Loriot de Rouvray, qui le vend en 1898 à Madame Jolivet de Riencourt de Longpré.

Dans les années 1950, le château appartenait à un original, féru d’astronomie. Il avait installé un rail Decauville qui faisait le tour de la propriété. Il s’installait avec sa lunette sur un wagon plat tracté, et il faisait ainsi, presque chaque nuit, un voyage dans les étoiles, s’arrêtant là où le découvert lui permettait de scruter le ciel.

Il est abandonné en 1950 est inscrit MH en 1988 ; racheté en 2000.

Le château lui-même, en 1737, abritait au rez-de-chaussée et à l’étage des pièces meublées dans le goût de l’époque Louis XIV : un grand salon éclairé de 4 fenêtres, tendu de satin, garni d’une grande table à plateau de marbre, d’un tric trac, d’un clavecin et d’un précieux mobilier en bois doré recouvert de damas cramoisi. 18 tableaux ornaient les murs. La chambre du maître de maison, tendue comme les 6 fauteuils de damas cramoisi, avait un trumeau et 2 tableaux, dont l’un était attribué à Rubens. Il y avait plusieurs chambres, dont celle dite de « l’évêque de Troyes », garnie de 4 tapisseries des Flandres et d’un lit impérial tendu de satin rehaussé d’or. A l’étage, se trouvait la chambre de Madame tendue de damas cramoisi, puis 6 autres chambres tendues de tapisseries.

Le château est délimité par de grands fossés taillés dans la craie, dont la largeur et la profondeur permettent de juger de l’importance de l’ouvrage fortifié d’origine. A l’intérieur, les volumes ont perdu leurs éléments de décor. Le vestibule d’honneur au centre a un majestueux escalier. La chambre d’honneur a conservé les boiseries Louis XV de son alcôve. Au-dessus d’une cave voûtée en craie existe une longue terrasse. A gauche de la cour d’honneur ont été restaurées 2 pittoresques constructions du XIXe siècle, un colombier monumental et un kiosque de jardin en charpente couvert de tuiles vernissées de l’Aube.

Madame la Comtesse de Charmont a livré quelques récits à mon aïeul le Marquis de Beauchamp il y a de cela... et oui déjà !

Aujourd'hui privé et non ouvert au public




La Mise au tombeau 1ère partie

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