lundi 8 avril 2024

Abbayes dans l’Aube (10)

 

Abbaye de Basse-fontaine

En 1143 fut fondée l’abbaye de Basse-Fontaine, située près des bois de Brienne, auprès d’une belle fontaine qui lui donna ce nom.

Ancienne abbaye de Basse-Fontaine

Cette abbaye du diocèse de Troyes, de l’Ordre des prémontrés, est une abbaye fille dépendant de l’abbaye mère de Beaulieu et de l’abbé de Beaulieu le Père Abbé. Les Prémontrés, ordre de chanoines réguliers, ont été fondés en 1120 par saint Norbert et soumis à la règle de saint Augustin.

Saint Augustin - Lepoglava

Gauthier II, comte de Brienne qui faisait la chasse dans ses bois, excité par la piété, invita ces prémontrés « à prendre quelque canton en pleine forêt » et leur donna le nom de Basse-Fontaine pour les avoir près de soi, car il les trouvait trop éloignés à Beaulieu. Ce fut pourquoi il fit bâtir dans leur église une chapelle sous l’invocation de Sainte Catherine, où il venait faire ses dévotions et entendre la messe avant que d’aller à la chasse ».

Ce fut ainsi que Basse-Fontaine fut bâti par la munificence des Comtes de Brienne aimant beaucoup la sincérité des religieux prémontrés qui paraissait par leurs habits blancs.

Gonthier II fit beaucoup de bien à cette maison : il donne à l’église de Basse-Fontaine la décime de ses rentes de Brienne, le dixième muid de vin, la décime de toute provision de sa maison, excepté de l’avoine achetée pour ses chevaux, la décime des revenus de sa maison de Piney et de ses bois, tant en argent qu’en autre provision, la décime de ses labourages. De plus, il leur donne une terre et rive de la rivière d’Aube, depuis le ruisseau Pontau jusqu’au ruisseau appelé Profet des Bois, et la possibilité de bâtir un moulin sur l’Aube « pour s’en servir ».

Ancher, saint homme, et vertueux fut le premier abbé, qui fut aimé non seulement de ce Comte et de ses Enfants pour sa bonne vie, mais encore de l’évêque Hatton qui lui donna des titres de confirmation en 1146. Le pape Eugène III l’approuva en 1158, Airard l’augmenta en 1185.

Dans cette église repose : Une dent de saint Laurent, deux grands os du bras, un de saint Blaise et un de saint Eloy, et surtout  le doigt index de saint Jean-Baptiste « duquel il montra Notre Seigneur Jésus-Christ disant Ecce agnus dei ». 

Le 24 novembre 1428, Jean III Léguisé, évêque de Troyes fit une charte, ayant appris que l’église de Basse-Fontaine de l’Ordre de Prémontré, bâtie en l’honneur de la Vierge Marie est enrichie d’une précieuse relique : il désira que la dite église soit fréquentée « avec honneur, être parée et visitée, à tous vrais pénitents confessés qui visiteront la dite église aux fêtes de Notre-Dame de la Conception, Annonciation, Nativité, Purification et Assomption et encore en la Vigile et lendemain jour de saint Jean-Baptiste pour y prier Dieu et y feront quelques aumônes, nous leur octroierons 40 jours d’indulgence et rémission de leur pénitence ».

 L’abbaye de Basse-Fontaine est devenue, par succession de temps, un simple prieuré, qui fut supprimé en 1772 et réuni à l’abbaye de Beaulieu. C’est le fameux archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, qui obtint le 26 juillet 1771, le brevet du roi, nécessaire à cet effet. L’abbaye ne renfermait plus que 4 religieux qui reçurent une pension viagère de 800 livres.

La sécularisation fut effective en 1773, et en 1790, ce prieuré fut vendu comme bien national.

Le cloître était en forme de quadrilatère, ne comportant que 3 côtés, le quatrième côté en fermant le cloître du Nord.

Sur le penchant du bois du Deffaut, à environ 3 kms au sud-ouest de Brienne-le-Château, proche de la fontaine qui va se jeter tout près dans l’Aube, se trouvent quelques ruines qui ont été restaurées en 1864 : une galerie du Cloître du Sud comprenant 11 petites arcades romanes. Les chapiteaux de ces colonnes présentent une décoration riche et variée, une arcade gothique construite sur la fontaine dont la source s’écoule dans un petit étang qui se déverse dans l’Aube toute proche.

Des vestiges se trouvent à l’église de Brienne-la-Vieille : statue reliquaire du doigt de saint Jean-Baptiste, bronze doré et peint représentant le saint debout, présentant la relique. Le portail roman de l’abbaye a été rapporté à la porte principale de l’église de Brienne-la-Vieille.

A l’Hôpital-Hospice de Brienne-le-Château : le clocher et la cloche de l’ancienne abbaye de Basse-Fontaine.

A l’église du Petit-Mesnil : ensemble du retable et de l’autel.

A l’église Saint-Quentin de Mathaux, du XVII° siècle, 2 tableaux : Le christ au pressoir et un calvaire.

A l’église de Précy-Notre-Dame : le titre de l’abbaye y a été transféré.

Brienne-la-Vieille fut détruite à 80 % par l’incendie provoqué par les Cosaques en 1814. Dans la reconstruction de certaines maisons, on utilisa les pierres des anciens bâtiments de l’abbaye. Pour l’Hôpital de la Charité, construit en 1779-1780, par la munificence du Cardinal Etienne-Charles de Loménie, archevêque de Toulouse et membre de l’Académie française, construction de style Louis XVI, on utilisa le clocher et la cloche de l’église de Basse-Fontaine. Cet ensemble est maintenant, une maison de retraite. Des débris de construction ont été retrouvés en démolissant d’anciennes maisons du village de Mathaux, datant de la reconstruction de 1815 : cheminée en pierre avec des sculptures du XVII° siècle, serrures de porte charretière à 2 clefs, diverses clefs de serrure, pierres taillées, taques de cheminée. 

 

 

Abbaye de Boulancourt

 


Plusieurs monastères se sont installés dans la vallée de la Voire, affluent de l’Aube, couverte jadis de forêts, répartis sur une longueur d’environ 11 kilomètres : Montier-en-der, Puellemontier, La Chapelle-aux-Planches, Boulancourt, où cette dernière  constitue la moitié des terres de la commune de Vallentigny.

L’abbaye de Boulancourt appartient alors au diocèse de Troyes, et a compté jadis, jusqu’à 150 moines. Des 4 abbayes, filles de Clairvaux, que comptait notre diocèse à la mort de saint Bernard, l’abbaye de Boulancourt, est primitivement une simple « celle » de chanoines réguliers de Saint-Augustin, fondée en 1093 par l’évêque de Troyes Philippe de Pons, érigée en abbaye en 1141 et cédée en 1150 à saint Bernard par l’évêque de Troyes Henry de Carinthie qui voulut y avoir sa sépulture, dépend ensuite du diocèse de Langres.

Parallèlement à l’abbaye des hommes, existait à Boulancourt un monastère de chanoinesses de Saint-Augustin, qu’on appelait le Lieu-des-Dames de Boulancourt. A la demande des moines, l’évêque de Troyes, Henry de Carinthie charge en 1152, saint Bernard de rétablir la discipline à Boulancourt. Ce dernier impose la règle de Clairvaux qui est acceptée par les religieux.

Les religieuses sont plus résistantes, et ce n’est pas sans triompher de bien des difficultés qu’Emeline et sainte Asceline, la sœur et la nièce de saint Bernard, rétablissent l’ordre dans le monastère féminin, quand saint Bernard substitue aux religieuses augustines des cisterciennes.

Rue du Chant des Oiseaux à Troyes (rue Hennequin), existe au XII° siècle,  une maison qui sert de refuge ou de retraite aux religieux de Boulancourt.

 L’église, construite en craie, date du XIII° siècle, c’est un beau monument à 5 nefs. Le tombeau de sainte Asceline est son autel

Au XIVe siècle, l’abbé de Clairvaux statue que le nombre de 160 religieux ne sera pas dépassé à Boulancourt. A cette époque, les religieux de Boulancourt sont imposés pour la fortification du quartier Saint-Jacques à Troyes, et participent à l’Aumône générale pour les Hospices de Troyes. Les vastes bâtiments de cette époque prospère sont endommagés pendant la guerre de 100 ans, durant laquelle l’abbaye reste inhabitée 22 ans, puis par les guerres de religion.

Il faut réparer et même reconstruire.

En 1552,l’abbaye n’abrite plus que 12 religieux, et, à partir de 1601, 8, nombre tombé à 5 en 1789. Chaque religieux dispose de 3 pièces

 L’ancienne maison et hôtel abbatial ainsi que les bâtiments en dépendant, étant depuis plus de 20 ans en ruine, en 1721, il est décidé de construire la maison abbatiale pour l’abbé commandataire qui ne résidait pas en permanence.

La période révolutionnaire voit la fermeture de l’abbaye, le départ des 5 derniers religieux, puis la disparition de l’abbaye.

Au début du XIX° siècle, tout a été progressivement démoli, et tout vestige a disparu.

En 1789, Messire Jean Antoine de Sastellane, évêque, abbé commandataire de l’abbaye royale de Boulancourt, loue pour 9 ans à Sieur Jean Estienne Bourgeois demeurant à Brienne, la maison abbatiale dudit Boulancourt et diverses terres.

 En 1790, il est procédé à l’inventaire de l’abbaye, bien national.

En 1791, le citoyen Oudot, marchand à Wassy, achète l’abbaye, ses jardins et ses dépendances, à l’exception de l’abbatiale. Le véritable acquéreur de l’abbaye est en réalité Pierre François Oudot, qui fut curé de Wassy pendant plus d’1/2 siècle.

Dans l’église de Wassy était conservé en 1849 un reliquaire contenant des parcelles du corps de sainte Asceline, trouvées en 1797, dans le tombeau de la bienheureuse, et conservées par l’abbé Oudot.

En 1800, les bâtiments claustraux deviennent la propriété du chevalier de Moncey, l’un des frères du maréchal de ce nom. Le fils du colonel de Moncey, héritier du domaine, décède à Paris en 1846. Il avait commencé des travaux de réparation, et, après lui, on fit tout disparaître.

Il ne faut pas oublier que la construction, au XVI° siècle, du chœur et du transept de l’église de Valentigny est due, en grande partie, à l’Abbaye de Boulancourt qui a offert au XVII° siècle, le maître-autel et son retable.

L’église de Vallentigny possède le panneau de bois sculpté placé derrière le siège de l’abbé de l’abbaye. Un autre panneau, qui était derrière le siège du prieur, est dans l’église de Maizières-les-Brienne. 

L’Abbaye de Boulancourt, propriétaire pendant des siècles d’une partie du territoire de Vallentigny, a joué le rôle de seigneur pour cette portion de la commune.

 



Abbaye de Clairvaux

 


A 13 kms de Bar-sur-Aube, quelques terres incultes enveloppées d’un grand calme. La combe a pour nom le Val d’Absinthe, et a mauvaise renommée : ancien repaire de brigands… C’est là que le 25 juin 1115, un jeune père abbé, le futur Bernard de Clairvaux, désire fonder un foyer de prières, avec quelques moines venus de Citeaux. Au bout de quelques mois, Bernard change le nom en " claire vallée "  – clair vau –

Le terrain réservé à l'implantation de l'abbaye est choisi avec précaution dans une clairière isolée : il faut de l'eau et du bois. Ce terrain offert par Jobert de la Ferté, cousin de Bernard, comprend ces éléments essentiels à l'organisation d'une abbaye cistercienne. En effet, les cisterciens se doivent de respecter la règle de Saint Benoît qui stipule la vie en autarcie et le respect du vœu de stabilité (enfermement).

En 1135, le comte Thibaud II, extrêmement lié à saint Bernard, agrandit le terrain de la donation primitive. Il fait de nombreuses donations pour l’abbaye, et aime cette maison, au point de songer à y terminer ses jours sous l’habit cistercien.

Bernard porte l'Eglise de Clairvaux

Les possessions (domaines, granges, celliers) atteignent de 1121 à 1250 le chiffre imposant de dix sept cent soixante et onze, la plupart dans les départements de l’Aube, de la Haute-Marne et de la Côte d’Or.

L’abbaye souffre beaucoup de la guerre de cent ans et des guerres de religion.

Les moines prennent des mesures de défense au XIV° s. en fortifiant à grands frais le mur d’enceinte grâce à des contreforts de nombreuses tours rondes percées de meurtrières et accompagnées d’échauguettes. Le Haut Clairvaux est alors isolé par un pont-levis.

On peut dire qu’il y a 3 périodes des bâtiments de Clairvaux : 1115-1135, 1135-1708, abbaye médiévale, 1708-1792, abbaye classique.

Le premier monastère, Clairvaux I, est constitué d'une petite chapelle carrée, avec un collatéral sur le pourtour et surmontée d'une toiture à clocheton. Elle est reliée à un petit bâtiment affecté au dortoir des moines et à leur réfectoire. Bientôt à l'étroit à l'intérieur de cet édifice provisoire, les moines entreprennent la construction d'une nouvelle abbaye. Saint Bernard confie à son prieur, Geoffroy de la Roche-Vanneau, la direction des travaux de Clairvaux II.

Grâce au soutien du comte Thibaud II, le nouveau monastère est achevé en une dizaine d'années (1135-1145). La structure de l'abbaye correspond à un plan type que l'on retrouve dans presque toutes les abbayes cisterciennes et qui est qualifié de " plan bernardin ". L'abbatiale, érigée dans le style roman, sert de modèle à de nombreux monastères de France ainsi qu'au Portugal et en Angleterre. Illustrant à la perfection la simplicité architecturale voulue par saint Bernard, l'église se compose d'une nef de dix travées interrompue par un transept ouvrant sur un chœur plat. De cette seconde abbaye, il ne reste plus qu'un seul bâtiment, celui des convers composé d'un cellier au rez-de-chaussée et d'un dortoir à l'étage.

Entre 1708 et 1790, sont effectuées des transformations sur les écuries, la porcherie et l’hôtellerie. Les moines du XVIII° s. démolissent pour édifier une troisième abbaye de goût classique. La cour d’honneur ainsi que le grand et le petit cloître existent toujours.


Après 1740, on détruit l’essentiel de Clairvaux, sauf l’abbatiale et le bâtiment des convers, pour reconstruire un château classique, avec une façade de 130 mètres, se développant autour d’un grand cloître de 50 mètres de côté, comprenant 20.000 mètres carrés de planchers répartis en larges appartements et disposant en particulier d’une salle à manger grandiose. Il y a également de nombreux bâtiments de service, lavoir, grange, hangar… C’est aussi la reconstruction du Petit Cloître affecté à l’infirmerie. Couvert à la Mansart il est constitué sur trois côtés de deux galeries superposées, les galeries sud étant entièrement vitrées pour permettre au soleil de pénétrer au centre du bâtiment.

A la mort de saint Bernard, le 20 août 1153, l’abbaye possède un domaine considérable : 1.832 hectares de bois et 355 hectares de terres cultivables. Au XVII° s., les propriétés foncières de Clairvaux représentent 12.000 hectares et les terres agricoles plus de 4.000 hectares. Clairvaux regroupe 800 moines et convers, sa puissance économique est considérable, plus de 300 monastères dépendent d’elle. Le célèbre abbé en a fait pendant un quart de siècle la capitale du monde occidental, arbitrant entre les rois et les seigneurs, fabriquant les évêques et les papes, régnant sur les dogmes et les politiques. Haut-lieu de l’histoire religieuse, Clairvaux restera une abbaye puissante jusqu’à la Révolution. 1789, elle devient bien national, mis à la disposition de la Nation. Elle est mise en vente en 1792, des industriels achètent le site pour y installer leurs ateliers de verrerie, et font banqueroute. En 1808, Napoléon modifie le régime pénal français et institue la peine de privation de liberté. Il rachète Clairvaux pour en faire la plus grande prison française du XIX° s. La grande salle à manger est transformée en chapelle, pouvant contenir 1.500 détenus debout. Le grand cloître abrite les dortoirs. Dès 1819, on compte 1.456 détenus. En 1834, le gouvernement ordonne des travaux pour que Clairvaux puisse accueillir 80 prisonniers politiques. En 1858, il y a 1650 hommes, 489 femmes et 555 enfants avec 67 gardiens, 16 sœurs, 1 directeur, 2 inspecteurs, 3 aumôniers, 2 médecins, du personnel administratif et 220 soldats. En 1871, plusieurs centaines de communards sont emprisonnés. On y trouve aussi Claude Gueux, Louise Michel, Blanqui, le prince Pierre Kropotkine nihiliste russe… en 1942, Pierre Daix et de nombreux résistants parisiens, dont Guy Môquet. 21 détenus communistes y sont fusillés. A la Libération, ce sont des miliciens, plusieurs ministres de Vichy, les amiraux responsables du sabordage de Toulon, Charles Maurras, des responsables algériens du FLN, 3 des 4 généraux putschistes d’Alger et quelques officiers, des condamnés pour des actions terroristes… Claude Buffet et Roger Bontems…

 Dès 1115, une bibliothèque se crée à Clairvaux, les moines, ayant apporté avec eux des livres. Ils les commentent, les corrigent, et surtout les copient. Tout au long des siècles, les auteurs chrétiens sont représentés, et naturellement, les écrits de saint Bernard : lettres et sermons pieusement recueillis par ses disciples. Les nombreux commentaires de la Bible sont donnés en 1137, par Henri, fils de Louis VI le Gros, toute une série de si beaux volumes aux enluminures vives, aux reliures en veau estampées de motifs romans. Les dons continuent à affluer au cours des siècles, mais c’est surtout le travail des copistes qui enrichissent le fonds : 1800 volumes, tous manuscrits sauf 3 imprimés incunables. Au XVIII° s., on arrive à près de 50.000.

Du recrutement de Clairvaux, quelques noms suffisent à donner une idée pour la période du XII° au XIII° s. : Geogg roi de la Roche-Vanneau, devenu évêque de Langres en 1139, Alain, premier abbé de Larivour en 11401, Bernard Paganelli, le futur pape Eugène III (1145-53), Henri, frère du roi Louis VII , évêque de Beauvais et ensuite archevêque de Reims (1162-75), Gefrroi de Melun, évêque de Sora (Sardaigne), Henri cardinal-évêque d’Albano, légat de France, Eskilus, de la famille royale de Danemark, archevêque de Lund (Suède), Jean-aux-Blanches-Mains, archevêque de Lyon (1181-93), Garnier de Rochefort évêque de Langres, Conrad d’Urach, des ducs de Thuringe, cardinal-évêque de Porto en 1119, qui refuse la tiare après la mort d’Honorius III (1227), Raoul de la Eoche-Aymon, devenu évêque de Lyon…

D’autres, ont tenu à l’honneur de reposer à Clairvaux après leur mort : Philippe d’Alsace, comte de Flandre (+ 1191), Geoffroi III de Joinville, bisaïeul du chroniqueur (+ 1188), Erard II de Chacenay (+ 1236), de grandes dames : Agnès de Beaujeu (+ 1231) et Marguerite de Bourbon (+ 1258), deuxième et troisième femmes du comte Thibaud IV, le cœur d’Isabelle de France, fille de saint Louis, veuve du comte Thibaud V (+ 1271), saint Malachie, archevêque d’Armagh en Irlande, (+ 1148), Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons (1113-22), Robert de Torote évêque de Langres (1232-40), puis de Liège…

Clairvaux devient, grâce aux admirables travaux de restauration, un haut lieu du tourisme religieux. Aujourd’hui, de très hauts murs interminables, en rangées successives, interdisent toute vue sur ce qui subsiste des splendeurs d’autrefois. Le ministère de la Justice a libéré les bâtiments historiques qui recèlent des trésors d’architecture. Ils sont en cours de restauration, sous le contrôle du ministère de la Culture. L’association " Renaissance de l’Abbaye de Clairvaux " publie des études sur ce haut lieu et organise des visites publiques, grâce à Jean-François Leroux, interlocuteur privilégié sur place depuis plus de trente ans. 


Abbaye de Clairvaux - en 2023

 

Abbaye de Larrivour

 

L’abbaye de Larrivour était située entre Géraudot et Courteranges, au bord de la Forêt d’Orient.

l'Abbaye au XVIIe siècle

Hatton, évêque de Troyes, est heureux de trouver en Bernard de Clairvaux, son contemporain, un appui efficace à l’occasion des mesures disciplinaires qu’il prend vis à vis de son clergé. La fondation du monastère de Larrivour (du latin Arripatorium) resserre encore les liens d’amitié unissant de longue date l’évêque de Troyes et l’abbé de Clairvaux.

L’abbaye est fondée en 1139, à l’initiative de saint Bernard et sous la protection du Comte de Champagne Thibaud II, avec les sires de Chappes et Hilduin de Vendeuvre. Guillaume I de Villehardoin, maréchal de Champagne, et ses descendants, seigneurs de Lézinnes, comblent Larrivour de bienfaits.

Ces générosités sont si nombreuses et si répétées, qu’en témoignage de reconnaissance, l’abbaye  prend pour armoiries celles de Villehardoin. Plusieurs donateurs ont été inhumés dans le chapitre et même dans l’église de Larrivour.

Le site choisi pour cette fondation monastique convient admirablement aux cisterciens : des terres à défricher, une campagne humide proche de la forêt, de l’eau, donc des étangs, des prés.

Larrivour va devenir rapidement une belle abbaye. L’ampleur des constructions, de grandes propriétés foncières, témoignent que la population monastique est assez élevée aux XII° et XIII° siècles.

Les tuileries de Larrivour étaient connues «  fort loin ». Elles n’étaient pas uniques dans l’ordre de Citeaux, car depuis le XIII° siècle, les cisterciens étaient maîtres dans l’art des vernis plombifères et l’emploi des terres de couleurs pour la création de carreaux émaillés, historiés, aux mille combinaisons ornementales.

Le Chapitre Général, en 1190, intervient et charge les abbés cisterciens dont celui de Morres, de régler un différend entre Larrivour et les chanoines de Troyes. De nombreux conflits suivent pendant toute l’histoire de cette abbaye.

Au cours des siècles, l’abbaye connaît une grande prospérité, et, malgré sa ruine au cours de la guerre de Cent ans, elle retrouve bientôt ses richesses.

L’ensemble des bâtiments de l’abbaye était entouré par un mur d’enceinte encore partiellement debout, qui enfermait un terrain de plus de 6 hectares.

A Troyes, l’abbaye possédait des dépendances dans la rue de Molesme, en face du Prieuré Saint-Quentin.

 Le premier abbé de Larrivour est Alain de Flandre, un des 30 jeunes nobles que Bernard a séduits pour le Christ, pendant son voyage dans les Flandres en 1131. Moine de Clairvaux, puis abbé de Larrivour, il devient évêque d’Auxerre. En 1167, il donne sa démission et se retire à Clairvaux. Il rédige alors la vie de saint Bernard que l’on appelle « la Vita Secunda ».

Signalons en passant, que c’est d’abord à Larrivour que Nicolas de Montiéramey, futur secrétaire de saint Bernard, ami intime de Pierre le Vénérable et de Pierre de Celle, vient frapper après sa fuite de son abbaye bénédictine et avant son admission à Clairvaux.

Vendue et dispersée en biens nationaux, il ne reste de l’abbaye, en dehors d’une partie de son mur d’enceinte, que le moulin magnifiquement bien restauré (qui a été un magasin d’antiquité), et la bergerie. 

Dans l’ouvrage du Chanoine Petit « Vieilles rues, vieilles pierres », publié en 1986, on apprend que l’orgue de l’abbaye de Larivour avait été acheté le 5 juin 1792, pour leur église Notre-Dame de Saint-Dizier. Il fut perfectionné en 1862.

Il reste 5 traces dans l'art, d'un retable sculpté par Jacques Juliot dont ne subsiste que la prédelle en albâtre avec des traces de polychromie et de dorure.

Quatre fragments de ce retable sont actuellement exposés au musée de Vauluisant à Troyes.. Trois furent retrouvés dans une fosse à purin et le quatrième en l'église Saint-Nicolas de Troyes.

Un cinquième fragment représentant la dormition de la Vierge est conservé au Metropolitan Museum of Art30 de New York.

 

Joachim chassé du temple se réfugie chez les bergers.

Rencontre à la porte dorée

Naissance de Marie et présentation au temple

Mariage et annonciation à Marie

Dormition de la Vierge.  MET - NYC



Abbaye de Molesme


Molesme XVIIe siècle


En 1097, parmi les donations du Comte Hugues de Troyes (voir ce chapitre) à l’abbaye de Molesme, il y a : l’église de Saint-Pierre d’Ile-Aumont, son château, des moulins, un four banal, la pêche de la rivière Mogne avec un pêcheur.

 En 1104 la seigneurie de Rumilly-les-Vaudes, a la charge de nourrir 2 pauvres de l’abbaye.

En 1119, le comte Thibault donne la foire de la Saint-Nicolas.

C’est dans l’abbaye de Molesme qu’Erard de Brienne et sa femme, renoncent à leurs droits sur le Comté de Champagne et de Brie.

Au XVI° siècle, les constructions des châteaux, déjà bien modifiées par suite de l’adoucissement des mœurs, conservaient encore un aspect guerrier, moitié civil, qui était comme une transition entre l’ancienne manière et la nouvelle.

Le manoir des abbés de Molesme à Rumilly-les-Vaudes est un curieux modèle de ce genre.

Le bâtiment, isolé de toutes parts, forme un rectangle allongé flanqué à chacun de ses angles d’une tour ronde percée de meurtrières dans le bas et de fenêtres dans sa partie supérieure, et surmontée d’un toit conique à girouettes découpées. Une cinquième tour à 6 pans, plus élevée que les autres, engagée dans la face est du château, renferme un large escalier destiné à desservir l’étage supérieur du bâtiment. Ces tours, fort saillantes, communiquent extérieurement au premier étage par une galerie en bois répétée sur les deux grandes faces du bâtiment. La galerie de l’orient, qui est du côté de l’entrée, est soutenue par une colonnade richement sculptée. L’ornementation s’étend aux poutres et aux culs-de-lampes qui les soutiennent. Des animaux fantastiques, des feuillages et d’autres figures sont répandus ça et là. Au rez-de-chaussée sont 2 salles qui n’ont rien de remarquable aujourd’hui, à part 2 vastes cheminées placées aux 2 extrémités du bâtiment. Diverses sculptures en décorent le manteau. Sur celle du sud sont plusieurs bustes et des écussons armoriés. On y distingue encore celui de France, sur celle du nord est une décoration architecturale et 2 médaillons où l’on voit les portraits de François 1er et de la duchesse de Valentinois.   L’étage supérieur est disposé en 2 salles à peu près comme celui d’en bas. On y accède par 2 portes ouvertes sur l’escalier de la tour hexagone, une troisième porte, plus petite, est ouverte près des premières, et donne entrée sur un petit escalier en vis de Saint-Gilles, par lequel on arrive à un observatoire qui forme l’étage supérieur de la tour hexagone au-dessus du noyau du grand escalier.

La chapelle, partie indispensable d’un château, était établie au premier étage de la tour, qui est à l’angle sud-est. Une croix qui la surmonte l’indique encore, ainsi que les 3 fenêtres ogivales qui y ont été ouvertes. Les moulures des portes et des fenêtres de cet édifice sont ordinairement d’un goût très simple, mais pur. La fenêtre du côté de l’est fait exception et est décorée de sculptures recherchées ainsi qu’une porte qui est au pied de la tour de l’escalier, et qui servait à l’entrée du maître lorsqu’il voulait arriver à ses appartements supérieurs sans déranger ses gens. Le couronnement de ce même escalier, au sommet du bâtiment, est aussi fort curieux. Le noyau se termine par une colonne octogone qui soutient la voûte. Les retombées de la voûte s’appuient sur des demi-culs-de-lampe ornés de figures de vieillards coiffés de bonnets de docteurs, tenant à la main des rouleaux déployés. Sur 2 de ces demi-culs-de-lampe on remarque des anges qui tiennent des écussons. La colonne a son chapiteau chargé de figures d’enfants qui correspondent  aux angles du tailloir. L’un dompte un lion, l’autre a la partie inférieure du corps terminée en queue de dauphin, et le troisième joue avec une tête de mort, symbole qu’on rencontre fréquemment dans les œuvres de la Renaissance.

 Le jeune troyen saint Robert fut le fondateur de la célèbre abbaye de Molesme, aux confins de l’Aube et de la Côte-d’or et de  Citeaux en 1098.

 

Molesme devenue propriété privée


Abbaye de Montier-la-Celle

 


Cette abbaye est une des plus illustres de France. Elle a toujours été reconnue pour " l’une des plus importantes abbayes de Champagne, de France, d’Europe ".

Elle est fondée vers 650, par saint Frobert.


St Frobert - vitrail XVIe église St André les Vergers

C’est le roi Clovis II et sa femme la reine sainte Bathilde qui donnent à cet établissement " dix bonniers de terre " (13 hectares) du lieu-dit l’Île Germaine (territoire de Saint-André).

Saint Frobert bâtit une église dédiée à Saint-Pierre. Au début, ce n’est, autour de cet oratoire, qu’un modeste groupement de cellules, d’où son nom de Celle. Le monastère prend alors le nom de Saint Pierre de Celle (en raison du titulaire de l’église, le Prince des Apôtres).

A la mort de Clovis II, saint Frobert obtient une charte de confirmation de sa veuve, et de son fils et successeur Clotaire III roi de Neustrie.

La prospérité matérielle de cette abbaye est très importante, en raison des donations de rois, de seigneurs, de particuliers (en 733, un particulier lui donne tout ce qu’il possède, dont des vignes dans une dizaine de villages), qui font d’elle une des plus influentes et des plus riches maisons religieuses de France.

En 750, quand l’un des moines, saint Bobin devient évêque de Troyes, le monastère prend son nom: Celta Bobini.

En 859, Charles le Chauve, lors de son séjour à Troyes, confirme les possessions de cette abbaye, et y ajoute des donations personnelles.

En 872, l’évêque de Troyes Ottulphe, à la demande des religieux de Montier-la- Celle, relève le corps de saint Frobert et " lui rend solennellement les honneurs dus à sa mémoire ".

En 877, Charles le Chauve donne à nouveau des propriétés et forêts à l’abbaye.

Parvenus au trône de France en 987 avec Hugues, les Capétiens poursuivent la même politique de protection des monastères, sur lesquels ils pouvaient s‘appuyer contre les grands vassaux.

La prospérité matérielle de cet établissement n’est pas moindre que sa ferveur monastique, dont témoignent les noms de saint Bobin et plus tard, de saint Robert.

En 1048, le roi Henri 1er permet au comte Thibaut 1er de donner à Montier-la-Celle l’église Saint-Ayoul de Provins. Les moines y arrivent sous la conduite de leur prieur Robert, jeune troyen, fondateur de l’abbaye de Molême en 1075, et de celle de Citeaux en 1098, d‘où l‘origine des statues, si nombreuses en Champagne, qui représentent saint Robert tenant dans ses mains les deux monastères : " Par Robert, Montier-la-Celle est - sans doute malgré lui - à l’origine d’une des plus grandes aventures spirituelles de l’humanité. ".

En 1114, le comte de Troyes, Hugues, expédie un acte très important pour Montier-la-Celle, qu’il dote, en particulier, de revenus sur les tonlieux des foires de Troyes.

C’est à l’abbaye de Montier-la-Celle que Bernard se retire, et d’où il part en 1115 pour fonder Clairvaux.

De nombreuses aumônes accroissent régulièrement le temporel de cet établissement, tant en églises, que villages, dîmes, hommes de corps, tonlieux, maisons à Troyes, granges, fours, moulins, vignes, justices, cens, rentes et autres droits.

 Mais aussi du fait des papes Pascal II, Innocent II, Anastase IV, Alexandre III, Clément III, Grégoire IX, de 1107 à 1230, ou des évêques de Troyes, Henri de Carinthie et surtout Manassès de Pougy.

Après s’être appelé quelques temps Cella Nova, le monastère prend son nom définitif de Montier-la-Celle, en 1332.

En 1387, est nommé abbé de l’abbaye, Henri de Vienne qui, abbé de Faverney et fait prisonnier de pirates turcs, écrit en captivité un traité sur le mariage en pays infidèle.

Le roi Charles VII accorde en 1432 aux religieux " sur les dîmes des vins croissants environ ledit lieu de Troyes, a eux appartenant, la tierce partie, qui peut valoir et monter par chacun la somme de douze livres dix solz tournois ou environ, qui est peu de chose... jusque au temps et terme de six ans... pour leur aider a vivre en faisant le divin service en ladite église et pour faire les réparations nécessaires en leurs autres maisons et édifices... ".

En 1441, Montier-la-Celle saisit l’occasion de la présence de Charles VII à Troyes, pour lui présenter une nouvelle supplique.

L'abbaye de Montier-la-Celle est donnée en 1584, à Charles de Lorraine âgé de 10 ans.

A la fin du Moyen Âge, les moines de Montier-la-Celle ne se recrutent plus parmi les cadets de la noblesse, mais dans la bourgeoisie marchande et de robe (comme les Mauroy, Marisy, Mesgrigny, Molé), qui vont se substituer à elle.

On doit aussi à l’abbaye de Montier la Celle, la création de nombreux prieurés (19 au XII° siècle), de collations de cures (" elle nommera à 31 églises paroissiales ").

Au XII° siècle, Montier-la-Celle " a produit et élevé des hommes illustres dans son cloître, en un haut degré de doctrine et de sainteté... nous trouvons qu’elle a donné des patriarches aux ordres réguliers, des archevêques aux métropoles, des évêques aux diocèses, des abbés aux monastères... ". L’abbaye compte en effet des personnages illustres dans la théologie, les lettres, la philosophie, l’histoire et nombreux remplissent de grandes charges ecclésiastiques. Sept abbés montent sur le siège épiscopal de Troyes: Aldebert, Arduin, Bobin, Bodon, Otbert, Gualon, et Guichard.

Il y a aussi Pierre de Celle, abbé remarquable (abbé de Saint-Rémi de Reims, il fonde l’abbaye du Bricol et devient évêque de Chartres, auteur de sermons et de traités ascétiques).

Au XII° siècle, Montier-la-Celle est une grande école monastique : on y enseigne la théologie, la philosophie, l’histoire et même le droit civil. Comme tant d’abbayes bénédictines, elle est le siège d’un " scriptorium ", dont subsistent de nombreux manuscrits du XII° siècle, calligraphiés sur un beau parchemin, avec des " titres et des réclames à l’encre rouge, de belles lettres ornées, souvent égayées d’un joli vert ".

 Enfin, " si nous voulons parler de sainteté religieuse, on compte jusqu’à 9 corps de saints dans son église, avec plusieurs autres ossements sacrés; si nous considérons la structure de son église, la symétrie d’un ouvrage si soigneusement recherché, qu’elle est la plus accomplie de France. Le monastère a été en si haute estime auprès des souverains pontifes, que plus de dix-sept ont eu tendresse, affection pour lui, et donnèrent de grands privilèges... ".

Au  XVIII° siècle, les ordres religieux étaient en pleine décadence. De nombreuses abbayes furent supprimées. En 1768, il ne restait  que 10 religieux à Montier-la-Celle. Une bille du pape Clément XIV du 6 septembre 1770 réunit la mense abbatiale de Montier-la-Celle à l’évêché de Troyes. C’est l’évêque Troyes Claude, Mathias, Joseph de Barral qui désormais, avait le titre d’abbé de Montier-la-Celle. Le 13 février 1790 un décret de l’Assemblée Nationale supprima cet ordre religieux, et le 14 mai, un nouveau décret décida l’aliénation de ce domaine. Le 11 septembre 1791, les reliques de Montier-la-Celle furent transférées en l’église de Saint-André-les-Vergers : 10  châsses en bois et 3 reliquaires. Le 13 avril 1792, fut vendu le mobilier : tableaux, autels, grille, tapisserie retraçant la vie de saint Frobert, stalles… Il ne reste plus qu’une partie des murs d’enceinte, avec des  piliers du portail. L’autre fut démonté avec soin pour faciliter l’accès à la polyclinique, et conservé par les services techniques de la mairie de Saint-André.

Sur son emplacement a été construite la Polyclinique de Montier-la-Celle.

 


Abbaye de Montiéramey

 

Bâtiment conventuel - Propriété privée

" …Il n’est pas exagéré d’affirmer que toute la région doit sa vie actuelle à l’ancienne abbaye médiévale… dont l’activité a imprimé une marque tenace sur chaque champ, chaque chemin, chaque coutume du pays… ".

Cet établissement monastique, en même temps qu’un des plus anciens, fut un des plus considérables du diocèse de Troyes. Un prêtre du diocèse, nommé Arremar, fonde un monastère bénédictin en 837, sur un terrain que lui donne le comte Aleran, fidèle serviteur de l’empereur.

Il s’appelle d’abord " la Nouvelle Celle " pour le distinguer de " l’Ancienne Celle " (Montier-la-Celle).

854, diplôme de Charles le Chauve

Charles le Chauve en 854 (c’est le plus ancien acte que possèdent les Archives de l’Aube), puis en 864 et en 871, lui accorde d’importants droits et domaines. Le pape Jean VIII en 878, le roi Carloman en 883, le roi Eudes en 892, Charles le Simple (898-923) confirment ses possessions.

 L’abbaye devient riche et puissante. De pauvres gens, que cette prospérité attire, viennent se donner à l’abbaye et travailler pour elle, en échange de l’aide et de la protection des moines. C’est ainsi que naissent les villages voisins, Le Mesnilot, Montreuil, le Mesnil-Saint-Père.

Montiéramey a des sujets, tous serfs, astreints à des redevances, dont la plus importante est la taille, et qui sont soumis à la juridiction de l’abbaye.

L’abbaye se recrute surtout dans la population, d’humble condition serve, des villages voisins : 3 abbés sont originaires de Montiéramey même.

Au XII° siècle, le monastère prend le nom de son fondateur et est appelé longtemps Moustier Arramé (1182-1594), Monstierarramey (1353), puis, par contraction, Moutieramey (1472) et enfin Montiéramey (1619), comme aujourd’hui, auquel, avec son nom, le village doit son existence même.

Les comtes de Troyes, comtes de Champagne, se font les alliés du pape Grégoire VII dans sa lutte contre l‘empire des laïcs sur l’Eglise. Le monastère connaît la plus belle période de son histoire. Les puissances, autant temporelles que spirituelles rivalisent à son égard d’une générosité inépuisable : le comte Hugues, les grands féodaux de la province, les évêques de Besançon et de Langres.

A la tête de richesses immenses, l’abbaye de Montiéramey voit sa situation florissante.

Son magnifique temporel marche de pair avec une grande prospérité spirituelle. 9 prieurés sur les 13 que possède le monastère, se fondent alors. Les moines sont nombreux, le sceau des abbés fait autorité. L’un d’eux, Gui III, fait de Montiéramey un centre religieux réputé. Pieux, intelligent, c’est un des personnages en vue de son temps. La sympathie des papes lui est acquise, ainsi que celle d’évêques et autres abbés. Il correspond avec saint Bernard et donne un terrain pour la fondation de Larivour. La translation solennelle des reliques de saint Victor, l’ermite de Plancy, donne un regain de ferveur à la vie mystique de la maison. Matériellement prospère, foyer de vie intérieure, l’abbaye est aussi un centre d’humanisme : le fameux Nicolas de Clairvaux se forme à Montiéramey.

Au XIII° siècle commencent les vraies difficultés.

La Champagne rattachée à la couronne de France, l’abbaye de Montiéramey en subit les conséquences. Les officiers royaux surveillent jalousement les droits du prince. Les ressources s’amenuisent. L’abbaye s’engage dans de coûteux procès contre les seigneuries voisines. Elle doit emprunter, puis ce sont les ventes et affermages de biens. Longtemps bourguignon, le village est alors aux avant-postes des possessions royales. L’abbaye se mue en place forte.

En 1437 et 1438 des inondations mettent le comble aux dévastations et aux pillages. La peste sévit.

 L’abbé Pierre de Reynel, énergique, plus homme de guerre que d’oraison, essaie de redresser la situation sur tous les plans : une foire annuelle s’établit à Montiéramey, un fossé complète les fortifications de l’abbaye, un cloître s’élève doté d’une belle fontaine, on fonde la confrérie de saint Victor, des miracles sont opérés par ce saint…

La mort de Charles VII ramène gens d’armes et batailles. L’abbaye, restée fidèle au roi de France, le village est incendié et l’église n’est épargnée que contre rançon.

Bientôt naissent et se développent les abus et les tendances qui, s’affirmant ont conduit à sa ruine l’ordre monastique au soir de l’ancien régime. On y voit les moines s’éloigner de l’ancien ascétisme, reconstituer à leur profit le droit de propriété auquel leur vocation leur faisait un devoir de renoncer, de s’approprier ce qui n’avait été donné que pour le service de Dieu et le soulagement des pauvres. Le ralentissement de la ferveur, l’organisation des pouvoirs laïcs bouleversent au XIII° siècle l’économie de l’abbaye. La guerre de cent ans et les troubles du XIV° siècle en accélèrent la ruine.

L’abbaye de Montiéramey devient un grand corps sans âme, dont les dernières richesses tentent les évêques de Troyes.

Une des premières de Champagne, l’abbaye de Montiéramey tombe en commende au bénéfice de Jacques Raguier, évêque de Troyes (1483-1518).

En 1550, l’abbaye a des possessions dans 66 communes du département !

En 1791, l’administration départementale fait preuve de ménagements à l’égard des religieux de Montiéramey et leur permet d’emporter leur mobilier personnel.

 

Monƒtier-Amey sur la carte de Cassini XVIIIe

 

Abbaye de Mores

 


Mores est aujourd’hui un hameau de la commune de Celles, dans le canton de Mussy-sur-Seine, arrondissement de Bar-sur-Seine. Cette abbaye est réservée aux hommes de l’ordre de Citeaux, filiation de Clairvaux, fondée par saint Bernard, en 1153.

L'abbaye de Mores avait dix granges dans la première moitié du XIII°siècle: de l’Abbaye (près du monastère), de Montmoyen (Chervey-Bertignolles-Eguilly), de l’Epine (Loches-sur-Ource-Landreville), du Fragne (Landreville), de La Villeneuve-au-Chêne, de Bellefleur (Longpré-Bligny-Chervey), du Moulin Garnier (moulin entre Buxières et Chervey), de Montchevreuil (Loges-Margueron), de Mores (Montsuzain) et de Brué (Longpré).

 Elle compta jusqu’à 150 moines, mais seuls 4 moines vivaient encore à la Révolution, quand l’abbaye fut détruite. Les matériaux des bâtiments furent réemployés pour la construction à Landreville et Celles-sur-Ource.    

Les archives de Mores semblent perdues pour la plus grande partie. M. l’abbé Lalore a reconstitué un cartulaire de cette abbaye en publiant, en 1873, 139 chartes dont la copie avait été faite au XVII° siècle, par le P. Vignier. Il y a joint 3 chartes originales du XIII° siècle.

Liste des abbés retrouvés : le Bienheureux Mainard en 1168, un futur Archevêque, Herbert en 1178, Nicolas 1er, onzième abbé, 1230-1244, un Cardinal, Pierre de Bar en 1244, en 1457 Georges Le Bourgeois, en 1547-1568  Jean Bochetel, Gabriel Le Genevois de Bligny, député pour le clrgé aux Etats Généraux de Blois en 1576, Charles de Cossé de Brissac, fils du duc de Brienne, André Stegler 1612-1615, François de Servien, en 1636, devenu évêque de Bayeux en 1655. Le dernier abbé mentionné par les Bénédictins est Louis Guillaume de Chavaudon, en 1722-1731.

 M. l’abbé Lalore a dressé à l’aide des almanachs royaux, les successeurs : Roger Langlois 1731-1749. Joachim Ebjobert de Martillat 1749-1755, évêque de Crimée. Jean-baptiste d’Hélyot 1755-1786, chapelain de Madame la Dauphine, dont la nomination est annoncée par le roi. De 1786 à 1788, Louis-Augustin de Juges-Brassac, vicaire général de Chartres. Jean-François-Marie Le Pappe de Trévern 1788-1790, vicaire général du diocèse de Langres, est nommé évêque de Strasbourg en 1827.

Lisons avec intérêt un compte-rendu du 17 janvier 1456, prouvant l’existence de cette abbaye : « A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Jacques de Rofley, lieutenant général de noble homme Michel Juvénal des Ursins, écuyer, panetier du Roi notre sire et son bailli de Troyes, salut. Comparaissent par devant nous les abbés et couvent de l’église de Mores, de l’ordre de Citeaux, les prieuses, prieur et couvent de l’église Notre-Dame de Foissy de Troyes, abbé et couvent de l’église Saint-Loup de Troyes, frère Guillaume Wasselin, chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur de Troyes et de Rosnay… Icelles parties nous ont dit et exposé que de et sur certain débat et procès pendant entre eux et la cour des Requêtes du Palais Royal de Paris, à cause des dîmes de blé de Montsuzain et Aubeterre, ils ont traité et accordé ensemble…».

Cette abbaye existait bien 2 siècles plus tard, car retrouvé également du 19 septembre 1612 : « A tous ceux… savoir faisons que par devant… furent présents et comparurent personnellement Messire François Servies au conseil du Roi, abbé de Mores… et damoiselle Nicole Le Tartier, descendante de Jean Le Tartier, maire de Troyes… ».

L’abbaye et ses terres sont vendues par lot, en adjudication, en 1791. Au cours des années qui suivirent, les bâtiments monastiques furent abandonnés, puis démolis. La route de Celles à Landreville, qui passe sur l’emplacement de la nef et d’une partie du sanctuaire, fut empierrée avec les matériaux extraits les ruines de l’église et de l’ensemble du logis.

Il reste peu de choses, quelques pans de murs, de l’illustre abbaye de Mores dont l’église abbatiale, qui avait 56 mètres de long, rassembla jadis plus de 100 moines blancs.

 C’est dans cette église, selon la tradition, que se produit le miracle du Christ  crucifié, se penchant pour embrasser saint Bernard. Scène bouleversante dont un tableau du XVIe siècle de Francisco Ribalta, nous donne une réaliste évocation.

 

Le Christ embrassant Saint Bernard de Clairvaux par Francisco RibaltaMusée du Prado de Madrid.


Abbaye Notre-Dame des Prés 





Dernière parente de Clairvaux dont elle adopte la règle et la direction, l’un des rares monastères de femmes de notre diocèse, une petite colonie de pieuses troyennes se retire, entre Sainte-Savine et Saint-André, en juillet 1230, dans la métairie de Chicherey (au bas de l’actuelle rue des Dames), dans une grange que leur a donné Etienne de Cham-Guigon, pour y vivre dans la solitude et s’élever par la méditation et la contemplation, aux plus sublimes régions du mysticisme.

Le chevalier Hugues de Saint-Maurice et Marguerite, son épouse, mus par la générosité de leur cœur, ajoutent à cette donation la cession de quelques terres, les unes propres à être cultivées, les autres à former des pâturages. Robert, alors évêque de Troyes (1223-1233), approuve l’établissement de ces vertueuses personnes qui se sont réfugiées dans ce lieu solitaire.

 Leur costume consistait en une robe blanche serrée d’une ceinture de corde, avec un scapulaire (vêtement fait de deux larges bandes d’étoffe couvrant les épaules, le dos et la poitrine) noir.

Elles furent désignées d’abord sous le nom de « filles de Dieu ». L’endroit qu’on leur avait concédé relevait de la justice du chapitre de la cathédrale, et les chanoines s’opposèrent à l’installation des nouvelles religieuses. Mais, grâce à l’intervention de l’évêque en août 1231, ils finirent par accorder leur consentement, à condition que les religieuses n’obtiennent aucun privilège préjudiciable aux droits du chapitre. L’abbé de Saint-Martin et le prieur de Saint-Loup vidimèrent (certifièrent la copie de l’acte conforme) en 1233 la charte où Robert, évêque de Troyes, résume l’arrangement conclu entre le chapitre et les filles de Dieu qui furent incorporées en 1236 à l’Ordre de Citeaux.

La communauté naissante, qui se composait alors de 25 religieuses avec sœur Agnès pour abbesse, fut érigée en abbaye sous le vocable de Notre-Dame des Prés et affiliée au monastère de Clairvaux (voir ce chapitre). Tels furent les commencements de l’abbaye de Notre-Dame des Prés ou du Pré-Notre-Dame, une des plus anciennes abbayes de femmes du diocèse de Troyes.

En 1236, les abbés de Clairvaux, de Larrivour et de Boulancourt (voir ces 2 chapitres) déclarèrent accepter que les bernardines de Notre-Dame-des-Prés fussent soumises à la juridiction de l’évêque de Troyes, en tout ce qui ne serait pas contraire à leur institut. En 1245, le pape Innocent IV, en résidence à Lyon, confirme par une bulle les privilèges et les possessions de l’abbaye.

 En 1250, sous l’abbatiat de Sœur Marie, fut inhumée, dans la chapelle de Notre-Dame-des-Prés, la mère du pape Urbain IV, qui professait une grande estime pour les Cisterciens.

En 1264, les religieuses de Notre-Dame-des-Prés, ne trouvant plus leur monastère ni assez spacieux ni assez commode, entreprirent de l’augmenter. Elles implorèrent le secours du pape Urbain IV (1261-1264). Ce pontife s’empressa de venir à leur aide pour l’agrandissement de l’abbaye où reposaient les cendres de sa mère. Il envoya 5.000 florins. Le comte Thibaud V (1256-1270),  (voir ce chapitre), cher au pape troyen, ne pouvait être moins généreux : il lui fit, en avril 1270, diverses largesses et fonda également un anniversaire dont sa mort, quelques mois plus tard (décembre 1270), devait le faire bénéficier.

En 1273, Henri III (voir ce chapitre), comte de Champagne (1271-1274), touché de la piété et du dévouement des religieuses, leur accorda une rente annuelle de 12 livres, c’était sous l’abbatiat de sœur Pétronille.           De 1279 à 1570, les abbesses qui se succédèrent à Notre-Dame-des-Prés : Isabelle II en 1282, Eméline en 1300, Guillelme en 1364, Melinotte de Villacerf en 1430, Anne de Gambeloin en 1450, Christine en 1470, Sara de Lons en 1485, Christine de la Rue en 1518, Catherine Pitois en 1522, Barbe de Launois en 1548, Gilette de la Chaussée en 1556, n’ont guère laissé pour trace de leur administration, que des dossiers de procédure et des reconnaissances d’hypothèques relatifs à des redevances de l’abbaye envers le chapitre de Saint-Pierre. Mais les abbesses prêchaient plus par leurs exemples que par leurs discours. La plupart des religieuses, pauvres, humbles, chastes, savaient encore vivre durement et de peu. Heureusement pour elles, car un incendie qui détruisit presque entièrement l’abbaye, vers 1569, les réduisit à s’imposer des privations de toutes sortes.

L’abbesse Marie de la Chaussée, élue en 1598, s’efforça, autant il était en elle, de relever Notre-Dame-des-Prés de ses ruines, par la ferveur de son zèle, par une activité prodigieuse et par un dévouement sans bornes aux intérêts de son monastère. Elle fit creuser les fossés qu’alimente une dérivation de la vieille Vienne, en outre, elle ferma l’enceinte de murailles.

En 1655, quelques sœurs indisciplinées méconnurent l’autorité de l’abbesse. L’affaire parut si grave, qu’il fut décidé qu’on en référerait à la maison-mère. Pierre Henri, abbé de Clairvaux, se rendit tout de suite à Notre-Dame-des-Prés. « L’intervention du saint abbé changea le cœur des rebelles ».

Mais bientôt, Notre-Dame-des-Prés ne fut plus guère qu’une de ces pensions féminines où les scènes peu bruyantes d’une vie d’aisance et de quiétude se succédaient assez doucement. La difficulté des communications en hiver faisait seule de Notre-Dame-des-Prés un véritable ermitage. Pendant la belle saison, le monastère offrait des délices intimes qui, dans un cercle restreint, lui valaient un certain genre de renommée. Quelques pèlerins d’élite, quelques familles privilégiées, venaient y savourer les douceurs d’une hospitalité gracieuse, et surtout d’une exquise cuisine.

 Les abbesses Marie de Chastellet en 1638, Anne Chrysante de Gondrin, fille d’Antoine Arnould de Pardaillan, marquis de Montespan, morte en 1687, Anne-Louise Martin de Laubardemont en 1697, Marie-Thérèse Arnoul en 1700, Marie-Jeanne de Courceulles du Rouvray, coadjutrice en 1722, Marie-Arnoul de Rochegude en 1761, Angélique-Victoire Saulger en 1778, Augustine de Rouhaut, sœur de Philippe de Rouhaut, abbé de Saint-Loup en 1789, prirent elles-mêmes une part active à ces relations quelque peu mondaines.

Mais l’abbaye allait disparaitre. Il ne restait plus que 11 religieuses à la Révolution. L’abbaye fut vendue à Pierre Bréon en 1791 pour 32.200 livres.

 


Abbaye du Paraclet


Jésus annonçant le Paraclet aux apôtres, détail de la Maesta de DuccioSienne, vers 1310.

L’histoire de l’abbaye du paraclet est indissolublement liée aux deux amants les plus célèbres du Moyen Age, Héloïse et Abélard. Le théologien Pierre Abélard naît en 1079 et décède en 1142. 

Il vient à Paris vers 1100. Il y suit l'enseignement de Guillaume de Champeaux, archidiacre de Notre-Dame de Paris à École cathédrale de Paris, mais il s'oppose à celui-ci en 1108 dans la Querelle des Universaux, en prenant parti contre le " réalisme ", ce qui oppose les deux hommes jusqu'à leur mort. Il devient maître des écoles.

En 1110, il s'installe une première fois dans les environs de Paris sur la montagne Sainte-Geneviève, où il fonde une école de rhétorique et de théologie. Il enseigne la rhétorique et la philosophie scolastique. Il jouit très rapidement d'une grande renommée dans le monde des intellectuels et passe vite pour l'un des philosophes les plus importants de sa génération. Son école est fréquentée par des auditeurs de toutes les nations, dont plusieurs hommes célèbres, tels que Jean de Salisbury, Robert de Melun, Pierre Lombard, Gilbert de la Porrée ou le futur pape Célestin II.

En 1122, Abélard alors moine à Saint-denis, et en proie à certaines difficultés avec sa communauté, obtient de son abbé, Suger, l’autorisation de s’en éloigner et de vivre à l’écart, avec un seul compagnon.

Il choisit de s’installer en Champagne où il a quelques relations parmi les ecclésiastiques et les comtes de Champagne. Une terre lui est offerte par les seigneurs de Nogent dans la paroisse de Quincey, sur les bords de l’Ardusson, lieu alors désert et inculte. Abélard y crée avec du chaume et des roseaux, un oratoire, qu’il dédie à la Sainte Trinité.

Dès que ses disciples connaissent cette retraite, on les voit accourir en foule, quittant les villes et les châteaux, " ne croyant pas acheter trop cher, par une vie pleine de sacrifices, les paroles d’un pareil maître ".

 Ils affluent pour bénéficier de son enseignement, et une nouvelle communauté se forme autour de lui. C’est de leurs mains qu’à l’oratoire primitif en est substitué un autre plus ample, en matériaux plus solides, que l’on appelle depuis le Petit-Moutier. Cette chapelle est dédiée par Abélard au Saint-Esprit protecteur : selon le terme grec, au Saint-Esprit Paraclet.

Mais " un concours si flatteur porta au comble de l’exaspération des envieux, et les persécutions recommencèrent ".

Il ne reste plus à Abélard qu’à reprendre le chemin de l’exil.

En 1127, il quitte le Paraclet pour le monastère de Saint-Gildas de Rhuys, en Bretagne, où les moines de l’abbaye l’élisent à l’unanimité pour leur abbé.

De son côté, la femme d’Abélard, Héloïse s’est retirée dans le couvent d’Argenteuil où elle a débuté ses études, et dont elle est devenue prieure. En 1129, elles sont expulsées par l’abbé Suger qui revendique la possession de ce domaine.

Abélard qui a connaissance de cette situation, décide de confier à sa femme, devenue sœur dans le Christ, les bâtiments et les quelques terres qui constituent le Paraclet, et y reçoit Héloïse et ses consœurs.

Le domaine étant à l’abandon, Abélard use de ses relations en Champagne, et rencontre le pape Innocent II, qui envoie Bernard de Clairvaux en inspection, et donne une bulle de confirmation générale des biens du Paraclet, et place l’abbaye sous la protection du saint Siège. L’avenir est assuré et les donations se multiplient. Le Paraclet demeure prieuré et Héloïse prieure.

En 1147, le pape Innocent III les érige au rang d’abbaye et d’abbesse.


Tombeau d'Eloïse et Abélard - cimetière du Père Lachaisse - Paris

Cette abbaye a toujours été confiée à des personnes prises dans la haute noblesse. Du commencement à la fin, elle est pour ainsi dire, inféodée à deux familles, celle des Barres et celle des de Larochefoucault. Quant aux religieuses, elles sont prises indifféremment dans toutes les classes. Les sœurs converses occupent un rang inférieur.

En septembre 1795, l'Abbaye du Paraclet est vendue comme bien national.

Le 3 avril 1800, le cercueil renfermant les corps d'Héloïse et d'Abélard sont transférés à) Paris au couvent des Petits Augustins.

 Le 16 juin 1817, les restes d'Abélard et d'Héloïse sont transférés au cimetière du Père-Lachaise.

De l’ancien refuge d’Abélard, occupé autour des années 1125, ainsi que de l’ancienne abbaye fondée par Héloïse en 1130, il ne reste rien aujourd’hui.

Seul le nom de Paraclet désignant le monastère d’Héloïse, rappelle de façon concrète son souvenir et celui de l’église fondée par Abélard.

Le Paraclet - Propriété privée


Les Abbesses du Paraclet

 La première abbesse est Héloïse de Pope et de Colardeau, qui dirige durant 35 ans, « avec une sagesse et une habileté consommées, un établissement  mort en naissant, qu’elle laissera dans l’état le plus florissant, et devenu un chef d’ordre d’où relèvent 5 prieurés ». Elle est adorée de ses saintes filles, qu’elle édifie par ses vertus et par une soumission de toutes les heures, à une règle qu’elle ne trouve pas assez rigoureuse. Elle est comblée des bienfaits des rois et des seigneurs les plus puissants, en correspondance avec les princes de l’Eglise qui l’appelaient leur fille, s’empressant d’accorder à sa personne et à sa maison, des privilèges exceptionnels, et de confirmer les libéralités dont elle était l’objet, présentant enfin en sa faveur le plus certain des témoignages, celui des abbesses qui lui ont succédé, qui se sont transmis d’âge en âge comme un héritage la tradition de sa sainte vie, "et qui se la sont toutes proposée pour modèle".  Héloïse est douée de ce prodigieux savoir qui fait dire à Pierre le Vénérable, que par ses connaissances, « elle avait vaincu toutes les femmes, et surpassé la plupart des hommes ».  Elle lit les Saintes Ecritures dans les 3 langues hébraïque, grecque et latine, et les enseigne dans son monastère où l’usage s’en est longtemps conservé. M. Cousin a dit « cette noble créature aima comme sainte Thérèse, écrivit comme Sénèque, et dont la grâce devait être irrésistible puisqu’elle charma même saint Bernard ». Sa vie publique se trouve soit dans les bulles des papes qui lui ont été adressées, soit dans les chartes sans nombre dans lesquelles elle a figuré comme abbesse.

 2° abbesse – Eustachie.

3° abbesse – Millesendis : 1179-1202. En 1194, Garnier évêque de Troyes lui fait une donation, en 1197, Hélie de Villemor, en présence de la comtesse Marie, lui constitue 10 livres de rente sur les péages de Villemor et de Marcilly, pour recevoir sa fille à Nonain. En 1198, une bulle d’Innocent III confirme tous les biens et privilèges du couvent.

4° abbesse – Ida : 1203–1209. En 1203, Innocent III, sur sa plainte, excommunie un chanoine de Troyes pour avoir frappé les chapelains et les frères convers du Paraclet.

5° abbesse – Ermengarde : 1210–1248. En 1229, Philippe Poilet transmet un droit sur les boulangers et pâtissiers de Provins, qui ne manque pas d’originalité. Le jour de la Pentecôte, chaque maître devait payer, à l’issue de la prédiction devant l’église Saint-Thibaut, « 3 deniers de cens et une redevance en pain nommée thouyn ». Chaque nouveau maître « payait le cens et devait fournir, pour sa bien-venue, une tarte et un gâteau bon et honnête ».

6° abbesse : Marie I : 1249–1263. Elle est la sœur d’Eudes, archevêque de Rouen. Le jour de la saint Barnabé 1249, en présence de son frère l’archevêque, de toute la communauté et plusieurs personnages de qualité, elle reçoit le compte de Pierre Desbordes, troyen, qui a régi les biens durant la vacance. On voit que l’abbaye exploite sur ses terres 26 chevaux, 38 bœufs, 54 vaches, 49 porcs, 1.500 brebis,  et des quantités considérables de grain. Ce détail donne une idée de la prospérité de cette communauté.

7° abbesse – Jacqueline, 1263–1278.

8° abbesse – Marie II, 1278– 1298. Les religieuses s’étaient multipliées d’une manière miraculeuse, au point de n’être plus en rapport avec les ressources. Une bulle de Célestin III en fixe le nombre à 60.

 9° abbesse : Catherine I Des Barres : 1299-1322. C’est la première abbesse à appartenir à la famille des Barres, une des grandes bienfaitrices du Paraclet.

10° abbesse : Aalips Des Barres : 1323-1354. Dans l’hiver 1353-1354, l’abbesse se rend très souvent à Provins pour y soutenir les droits du couvent devant la justice.

11° abbesse : Elisabeth de Villemeniot : 1354-1366.

12° abbesse : Helisandre Des barres : 1366-1376. Nos guerres avec les Anglais furent désastreuses. Les bâtiments du Paraclet furent ruinés, les religieuses dispersées, la vie du couvent suspendue pendant des années. En 1366, le pape charge l’évêque de Troyes Henry de Poitiers, de s’occuper de la réédification et de rappeler les religieuses retournées dans leurs familles. Notre évêque avait endossé la cuirasse, commandait des forces imposantes, et eut l’avantage en plus d’une rencontre, et comme si ses mœurs eussent dû se ressentir de ce changement d’état, il eut plusieurs enfants de Jeanne de Chevry, religieuse du Paraclet, qui furent légitimés par ordonnance royale de 1370, savoir Henry, bâtard de Poitiers, et 3 filles.

13° abbesse : Jehanne 1ère Des Barres : 1403-1408. En 1408, le couvent n’est pas encore relevé de ses ruines et ne peut y parvenir par ses seules ressources. La pape Benoist XIII, résidant à Avignon, émet un bref où il promet des indulgences aux personnes qui contribueraient à cette restauration.

14° abbesse : Jehanne II de La Borde : 1415.

15° abbesse : Agnès de la Borde : 1423-1456.

16° abbesse : Guillemette de La Motte :1456-1481. Elle meurt dans un âge très avancé, au point que la prieure de Traînel demande à être chargée du temporel.

17° abbesse : Catherine de Courcelles, fille du seigneur de F. Saint-Thibault : 1482-1513. En 1482, elle obtient des bulles pour cumuler l’abbaye de Notre-Dame de Troyes avec le Paraclet. En 1497, elle déplace les tombes des fondateurs Abélard et Héloïse, en grande cérémonie, en présence de hauts personnages. Elle décède en 1519, après avoir reconstruit « cloître, dortoir, réfectoire et autres ».

18° abbesse : Charlotte de Coligny : 1513-1535. En octobre 1513, sur la démission de Catherine de Courcelles, sa tante, elle obtient de Léon X ses bulles de nomination. Elle était trésorière de Notre-Dame de Troyes.

19° abbesse : Antoinette de Bonneval : 1533-1547. Elle déploie une grande sévérité, appelle au Paraclet les sœurs des prieurés de son ressort pour y subir les pénitences prononcées, et, au besoin les fait amener de force par le bras séculier.

20°abbesse : Renée de la Tour : 1548. Elle décède en mai 1548.

21° abbesse : Léonarde de Turenne : 1548-1560.

 22° abbesse : Jehanne III Chabot : 1560-1593. Il se présenta 4 prétendantes à la mort de Mme de Turenne. Le roi Charles IX se décide en faveur de Jehanne Chabot. Elle fit scandale en professant ouvertement la religion réformée, n’allant jamais à l’église. De 18, les religieuses se réduisent à 3.

23° abbesse : Marie III de La Rochefoucault de Chaumont : 1599-1639. Elle inaugure la famille de la Rochefoucault qui occupe cette maison sans interruption pendant 200 ans, jusqu’à la Révolution.

24° abbesse :  Anne-Marie de La Rochefoucault Langeac : 1639-1646.

25° abbesse : Gabrielle-Marie de La Rochefoucault : 1647-1675. 27 religieuses.

26° abbesse : Catherine III de La Rochefoucault (sœur de la précédente) : 1675-1706.

27° abbesse : Marie IV de La Rochefoucault de Roucy : 1706-1768. Elle fait construire la dernière abbatiale. 24 religieuses, 10 converses, 5 religieux, des médecins et chirurgiens, 20 domestiques, 9 servantes.

28° abbesse : Marie V de La Rochefoucault-Bayas : 1768-1778. Nommée à l’abbaye de Soissons.

29° et dernière abbesse : Charlotte de La Rochefoucault de Roucy : 1778-1790. A marqué son administration par des constructions considérables : la salle du chapitre, un corps de bâtiment de 126 pieds de long…

Lors de la Révolution, en décembre 1790, les scellés furent apposés sur l’église et les religieuses forcées de se disperser, au grand regret des populations.

Le 14 septembre 1792, le Paraclet est vendu comme bien d’émigré. En vertu de la loi du 17 septembre 1792, sont envoyés à Paris pour y être fondus, les objets servant au culte, en matière d’argent et de vermeil. Les reliques ont été profanées, les cendres des morts, jetées au vent.

 


Abbaye La Piété-Dieu

 

L’importante Abbaye bénédictine de Marmoutier, située face à la ville de Tours, fonde vers 1.100, l’Abbaye de la Piété Dieu, prieuré bénédictin, près de Ramerupt.

L’Abbaye cistercienne de La Piété-Dieu, occupée par des moniales, est fondée vers 1229.

La Piété-Dieu groupe d’abord en communauté quelques jeunes filles appelées les « Filles de Dieu ». Elles demandent à être agrégées à l’ordre de Citeaux.

Des différends avec le chapitre de Saint-Pierre de Troyes, la prise de l’occupation de Ramerupt par la soldatesque de Thibaud IV, l’élection d’une prieure éminente : Isabelle de Colaverdey -  qui prend bientôt le titre d’abbesse – nécessitent le déplacement du monastère. Il s’établit sur les bords de l’Aube, dans de petites maisons en bois.

Le 20 septembre 1236, l’évêque de Troyes, Nicolas de Brie, dédicace la nouvelle église du nouveau monastère. 25 religieuses composent la communauté.

Des donations nombreuses, et parfois lointaines, permettent aux moniales d’assurer l’avenir de leur jeune fondation.

La situation de l’abbaye, à l’écart d’une grande ville, les allées et venues d’hommes de guerre, une administration féminine ne permettant pas l’exploitation directe du domaine, l’abbatiat de filles de bonnes familles, mais pusillanimes, un recrutement difficile, amènent les religieuses à demander  leur transport dans une abbaye de l’ordre, plus importante.

C’est ainsi qu’en 1440, Symon Buchart, religieux profès du monastère de Boulancourt, est installé à La Piété-Dieu, avec l’autorisation du Chapitre général. L’abbaye devient une masculine, fille de Citeaux.

La situation du moustier doit être dramatique en 1461, car le Chapitre général demande des prières et des aumônes pour la restauration de l’abbaye de la Piété-Dieu.

Malgré une gestion plus saine, le monastère vivote dans une lente décadence sans histoire.

Vers 1615, Denis Largentier, abbé de Clairvaux, réforme son abbaye en exigeant le travail manuel, les veilles, le silence, l’abstinence perpétuelle, en un mot, le retour à la primitive observance de Citeaux.

Deux abbés de La Piété : Etienne Adam et JeanFerrat, adhèrent à cette réforme. Deux administrateurs : Jérôme Bertin et Benoit Fitzharbert, succèdent à ces deux réformateurs religieux.

L’abbaye ainsi restaurée matériellement et spirituellement, renaît à une vie nouvelle.

 Un des prieurs de cette moitié du XVIII° siècle, Dom Pierre Ruffin, devient célèbre. Nommé abbé de Vaucelles, près de Cambrai, il est très bien en cour et s’attire l’estime du Pape.

« Ce jourd’huy, 24 janvier 1791, est comparu au greffe de la municipalité de Ramerupt, Pierre de Velfrey, abbé régulier de l’abbaye de la Piété, lequel a déclaré qu’il préfère la vie commune des religieux, dans la supposition que son abbaye serait conservée pour cet objet, et que si le département ne fait pas le choix de cette maison pour y fixer un nombre de religieux, suivant le décret de l’Assemblée Nationale, il se retirera pour vivre en son particuliers ».

C’est ainsi que disparaît le dernier successeur des Abbesses et Abbés de l’Abbaye Cistercienne de Notre-Dame de la Piété-Dieu.

Le 26 mai 1791, l’église de La Piété, le logis conventuel, les fermes et bâtiments d’exploitation avec 260 arpents de terre, 50 arpents de bois, 21 arpents de prés, 5 arpents de vignes, sont vendues au sieur Mourgues pour la somme de 163.400 livres.

La Piété-Dieu  a vécu sa vie cistercienne.

Il ne reste plus de cette Abbaye, qu’une statue de Saint-Bernard, de 1450, située dans l’église paroissiale.

 


 

Abbaye Royale de Saint Loup

 


Elle est fondée en 560, du vivant de ce grand évêque.

En 841, Charles le Chauve la visite et la dote de terres aux abords de Troyes.

Les comtes Thibaud 1er et Hugues, son fils, multiplient en sa faveur les exemptions de charges féodales.

L’abbaye Royale de Saint-Loup est souvent confondue avec celle de Saint-Martin-ès-Aires, qui portait le même nom, avant sa destruction par les Normands.

Elle ne fut d’abord, qu’une chapelle connue sous le nom de Notre-Dame de la Cité.

Elle doit son origine à la translation des reliques de Saint-Loup et à la transmigration des religieux, après les ravages des Normands qui la pillent et brûlent en 887 et 892, les habitants fuyant Troyes.

L’abbaye se transporte au centre ville, dans le voisinage de la cathédrale et, jusqu’à la Révolution, tient une place importante parmi les grandes familles religieuses du diocèse.

 Les religieux de cette abbaye vivent d’abord en chanoines sous la conduite d’un prévôt, jusqu’en 1114.

Thibaut II, comte de Champagne, enchanté de la vie exemplaire des religieux de Saint-Martin-ès-Aires, réunit en 1135, Hatton, évêque de Troyes, Hugues II, évêque d’Auxerre, saint Bernard, abbé de Clairvaux et Guillaume, abbé de Saint-Martin, et établit dans la maison de saint Loup, la règle de saint Augustin.

Le pape Innocent III félicite le comte de Champagne, l’évêque de Troyes, et l’abbé sur son administration, et " lui manda par une bulle, que si cette abbaye venait à s’éloigner de la régularité, elle serait réformée par celle de Saint-Martin, et celle-ci, par celle de Saint-Loup; que si elles y manquaient toutes les deux, les abbés de Clairvaux et de Pontigny les réformeraient l’une et l’autre ".

En 1147, plusieurs bâtiments sont construits, et surtout la maison des hôtes appelée La Salle.

En 1161, le comte de Champagne Henri 1er, " rempli d’estime et d’affection, confirma à cette abbaye toutes les donations qui lui avaient été faites par le comte Hugues son grand oncle, et lui accorda de nouveau pleine franchise et liberté, exemption de justice et de toutes gabelles pour les servants qui s’adonneraient au commerce ".

En 1184, Henri II confirme lui aussi les donations de ses prédécesseurs, et accorde de nouveaux droits à l’abbaye.

En 1209, la piété des chanoines réguliers de Saint-Loup est si connue, que l’on fonde, " à leur considération, l’abbaye ou prieuré de Saphadin, sous le nom de Saint-Sauveur au diocèse de Mothon dans l’Achaïe, où l’on mit pour premier prieur Thierry, prêtre et chanoine de Saint-Loup ". Cette nouvelle abbaye reçoit des bienfaits de Geoffroy de Villehardouin (qui a écrit l’histoire de l’expédition de Constantinople), sénéchal de Romanie.

L’église de Saint-Loup est dédiée en 1425.

En 1487, l’abbé obtient du pape Innocent VIII, le pouvoir d’officier " pontificalement et de conférer la tonsure et les quatre ordres mineurs à ses religieux ".

En 1496, il fait faire une châsse neuve pour les reliques de Saint-Camélien, évêque de Troyes (479-536).

En 1503, est terminé le magnifique reliquaire, chef-d'œuvre d’orfèvrerie, devant renfermer les reliques de saint Loup : " Ce reliquaire contient en émail les gestes du saint évêque; il est d’une grandeur extraordinaire, d’une matière très riche et d’un travail immense; les ornements ne cèdent en rien au reste. Le cardinal de Bouillon avoua qu’il n’avait rien vu de si beau en Italie, et le Père Mabillon, passant à Troyes, dit qu’il n’avait vu que le chef de saint Lambert à Liège qui pu s’en approcher. "

 En 1534, l’abbaye de Saint-Loup est mise en commende, et Odard Hennequin, évêque de Troyes, en est le premier commendataire.

En 1636, l’abbé J.B. Aristide de Modene, septième commendataire, introduit dans cette abbaye la réforme de la Congrégation de France, provenant de sainte Geneviève de Paris.

En 1652, les murs de pierre sont solides, mais les autres sont prêts de s’écrouler : " les dits religieux sont mal logés, et leurs chambres ont mines et formes de prison plutôt que retraites à des religieux ". Les travaux ne sont adjugés qu’en 1663.

En 1654, elle reçoit encore une nouvelle réforme, lorsque le cardinal de la Rochefoucaud est chargé par le roi et par le pape de travailler à " la réformation des abbayes " en France.

L’abbaye de Saint-Loup " se glorifiera toujours d’avoir eu pour abbé Joachim Fautrier. C’était un homme de beaucoup d’esprit, qui, d’abord avocat au parlement de Paris, fut employé par Louis XIV, dans des négociations importantes, où il s’acquit une brillante réputation. Il fut intendant du Haynaut, et quitta en 1688 pour se livrer à l’étude des lettres qu’il cultiva avec succès ".

En 1721, l’abbaye essuie un incendie, détruisant l’infirmerie et quelques maisons voisines. Ce n’est qu’en 1737 que les travaux de réhabilitation sont commencés et terminés en 1740.

En 1763, la foudre tombe sur la tour.

De 1793 à 1795, une quinzaine de prêtres réfractaires et 17 insermentés sont internés à l’abbaye Saint-Loup.

En 1796, la municipalité de Troyes fait dresser un état des bâtiments nationaux : Saint-Loup est à démolir !

Le seul bâtiment existant aujourd’hui est devenu un des Musées des beaux Arts de Troyes. Il abrite les collections d’archéologie locale antique dans sa belle cave, le musée d’histoire naturelle au rez-de-chaussée, le département Beaux arts au premier étage et, à ce même étage, avant son transfert à la médiathèque, le fonds ancien de la Bibliothèque municipale dans la magnifique salle.

Musée St Loup - Triptyque de la Passion par  Guérard Grégoire (1512 - 1530)

Très longtemps, en mémoire de ce que saint Loup délivra la ville de Troyes de la fureur d’Attila, tous les ans le 29 juillet, fête de ce saint " la procession de l’abbaye s’arrête à la porte qui, de son temps, fermait la ville auprès de l’Hôtel-Dieu. La châsse est placée sur une table préparée à cet effet, et l’on chante... ".

 


 

Abbaye Royale de Notre-Dame-aux-Nonnains


vers 1640

Dès le III° siècle, sous l’influence des prédications de saint Savinien, il faut placer la création d’un collège de femmes, ayant à sa tête " une princesse de sang royal, possédant de grands biens ", chargées d’entretenir le feu sacré d’un temple païen, les Vestales.

Ce temple était situé sous les murs de la cité des Tricasses.

Il devient une célèbre abbaye de femmes, par son réformateur saint Leuçon (évêque de Troyes 651-656), qui a l’idée de réunir des veuves et des jeunes filles converties par lui au christianisme.

Elle est placée, en 657, sous l’invocation de la Vierge de l’Assomption et sous le nom de Notre-Dame, dite aux Nonnains. Elle donne un de ses châteaux pour servir d’habitation à l’évêque. Ce dernier fait vivre les religieuses en communauté, et en fait d’abord des chanoinesses non cloîtrées. Les immunités singulières, les privilèges considérables, dont jouissent les abbesses et les religieuses pendant une longue suite de siècles, expliquent son antique origine. Les paroissiens n‘ont pas l’usage des cloches et ne possèdent qu‘une partie du cimetière en payant certains droits à l‘abbesse.. L’abbesse et les religieuses de Notre Dame aux Nonnains sont honorées du titre de patronnes de la ville. Tous ces privilèges ne peuvent s’expliquer que par l’antiquité de la fondation, remontant à une époque antérieure à l’établissement du siège épiscopal de Troyes et à l’organisation diocésaine (Saint Amateur est en 340, le premier évêque de Troyes).

Le comte de Champagne Henri le Libéral, fondateur de Saint Etienne, prend l’abbaye de Notre-Dame sous sa protection, et la comble de biens et de fondation épiscopale.

Elle devient une maison ou abbaye royale. Il semblerait, par les bulles du pape, qu’elle aurait pu autrefois, dépendre directement du Saint-Siège.

L’incendie de 1188, qui consume la moitié de la ville de Troyes, brûle une grande partie de ce monastère qui y perd beaucoup de titres et de papiers. La plupart des religieuses sont " étouffées dans les flammes ".

Notre pape Urbain IV, voulant laisser à sa ville natale une marque d’affection et de magnificence, demande aux religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains de lui céder l’emplacement de l’échoppe de savetier de son père pour y bâtir une collégiale. Les travaux sont interrompus en 1266 et 1268, en raison de l’opposition des religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains, qui saccagent le chœur et le transept. Excommuniées par Clément V, elles se soumettent en 1283.

En 1361, le roi Jean ratifie les donations du comte Henri II.

Les maisons religieuses ne sont pas à l’abri des désordres. En 1448, une religieuse y devient mère. Ce fait provoque une série d’actes de procédure, d’informations et d’excommunications, motivés moins sur le fait, qu’en raison de la lutte qui s’établit entre l’évêque et l’abbesse.

L’abbesse Catherine de Courcelles fait embrasser à ses religieuses la règle de saint Benoît, et les cloître en 1518.

L’abbesse Claudée de Choiseul, fille de Choiseul Praslain, maréchal de France, établit une nouvelle réforme, en 1542, une clôture plus étroite, et fait mettre des grilles aux parloirs et à l’église.

En 1640, pendant la procession du dimanche du Rosaire, Marguerite Bourgeoys passe devant le couvent, regarde une sculpture de la Sainte Vierge au-dessus du portail, et se sent " si touchée et si changée qu’elle ne se connaissait plus ". Cet événement marque un tournant dans sa vie personnelle et mène à la création de la Congrégation de Notre-Dame.

Le duc d’Orléans, régent, règle, en 1721, une partie des dettes que les religieuses " avaient été forcées de contracter ".

En 1724, l’abbesse madame de la Chaussée d’Eu d’Arrêt, explique au roi Louis XV, le triste état des revenus de son monastère. Le monarque les honore de sa protection et unit le prieuré de Saint Géôme de l’ordre de Saint-Augustin.

Madame de Montmorin, abbesse, ayant exposé à Louis XVI le mauvais état de son monastère, ce monarque accepte, en 1776, de lui accorder une somme considérable pour contribuer à la reconstruction.

Madame Victoire de France, tante du roi, accepte de poser la première pierre des nouveaux bâtiments, et demande à madame la marquise de Montmorin, d’y accompagner madame la comtesse d’Artois, belle sœur du roi. Cette cérémonie se fait le 30 avril 1778, " avec le plus grand appareil, Monseigneur l’évêque y officiant en habits pontificaux, et tous les corps de la ville ayant leurs députés, ainsi que Messieurs de l’État Major des gardes du roi en garnison à Troyes. Dans la pierre qui faisait l’objet de la cérémonie fut incrustée une boîte de plomb renfermant une plaque sur laquelle sont gravées les armes de madame Victoire, celles de madame la marquise de Montmorin et celle de madame l’abbesse, avec une inscription qui exprime le bienfait du roi et la pose de cette première pierre. Dans cette boîte furent aussi renfermées deux médailles frappées pour la ville de Troyes en mémoire du titre de capitale de la Champagne que le roi lui confirma à son sacre en 1775 ".

En reconnaissance du bienfait de Louis XVI, madame l’abbesse et la communauté fondent annuellement et à perpétuité une messe solennelle, pour le roi, madame Victoire et la famille royale.

 La loi de 1790 supprimant les instituts religieux, en 1791, l’abbaye est vendue.

En 1796, la municipalité demande la démolition de l’église de Notre-Dame-aux-Nonnains, et occupe une partie de l’abbaye pour l’administration du département, l’autre, pour en faire un dépôt des métaux de la République.

La préfecture de l’Aube occupe depuis 1794 le site de l’ancienne abbaye.

 

Préfecture de l'Aube à Troyes, Place de la Libération



Privilèges singuliers de l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains

La tradition dit que la ville de Troyes, riche, puissante, ancien municipe romain, avait, à la porte de son oppidum (ville fortifiée), un collège de femmes, de vestales consacrées à l’entretien du feu sacré. Ces femmes, entraînées par les premières prédications du christianisme, se seraient converties à la foi nouvelle et auraient favorisé, à l’aide de leur exemple et de leurs richesses, l’établissement  de la première église. Elles auraient donné le sol sur lequel la maison des premiers évêques aurait été élevée, dans le voisinage de cette église.

L’abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains à Troyes remonte donc aux premières prédications de l’Evangile, vers 259, bien avant l’établissement du siège épiscopal de Troyes, qui eut lieu en 340. Elle avait à sa tête « une princesse de sang royal, possédant de grands biens dans la ville des Tricasses », chargée d’entretenir le feu sacré d’un temple païen.

Cette première communauté devient la célèbre abbaye de femmes, par son réformateur Saint Leuçon, évêque de Troyes (651-656), qui a l’idée de réunir des veuves et des jeunes filles converties par lui au christianisme. Elle est placée, en 657, sous l’invocation de la Vierge de l’Assomption et sous le nom de Notre-Dame, dite aux Nonnains.

C’est bien par son origine si reculée que l’on peut se rendre compte du caractère particulier et de l’importance des privilèges que nous allons voir, et qui constituent l’une des plus curieuses énigmes historiques que présente l’histoire de la ville de Troyes.

Si ces privilèges se trouvaient entre les mains d’un abbé placé à la tête d’une nombreuse communauté d’hommes, on pourrait penser que, pendant les ténèbres des premiers siècles, cet abbé aurait pu s’emparer, par une voie quelconque, d’une autorité qui ne lui appartenait pas, selon les lois de l’Eglise. Mais une telle usurpation ne parait même pas supposable quand on la trouve aux mains d’une femme.

Seule la tradition peut expliquer, en contradiction si évidente avec les lois de l’Eglise apostolique, ces privilèges. S’il en était autrement, on ne comprendrait pas la possession de ces droits entre les mains d’une femme, droits qui furent exercés contre les principes de toutes les lois générales de l’Eglise catholique pendant un si grand nombre de siècles.

 Le premier privilège est sur « l’intronisation de l’évêque », et a été décrit au chapitre « Joyeux événements des évêques de Troyes ». D’autres privilèges appartenaient à l’abbesse de Notre-Dame-aux-Nonnains. Il s’agit des droits attachés à la paroisse, à la cure, droits que l’abbesse exerçait au lieu et place du curé.

La population se groupant autour de l’abbaye, l’abbesse et sa communauté demandèrent un prêtre et, afin que l’office ne pût troubler celui des religieuses, on éleva, au milieu de l’église, un pignon qui sépara l’abbaye de la paroisse.

L’abbesse se réserva tous les droits du curé primitif. Elle nomme à la cure et jouit de la moitié des offrandes. Les paroissiens n’ont pas l’usage des cloches et ils n’ont qu’une partie du cimetière s'ils lui paient certains droits. C’est entre ses mains que le curé prête serment. Elle fait bénir par ses chapelains, l’eau des fonts baptismaux à l’exclusion du curé, et fait, dans son église, le service des jeudi, vendredi et samedi saints, sans que le curé puisse le faire dans son église paroissiale. Elle nomme avec les paroissiens un marguillier qui prête serment entre ses mains. Les comptes de la fabrique se rendent en sa présence… Elle nomme  de plein droit à 7 chapelles qui sont dans l’église Saint-Jacques.

L’abbesse jouissait encore d’un autre privilège non moins singulier que tous les autres, c’était de choisir le prédicateur de la paroisse de Saint-Jacques pour le premier lundi de carême. Ce jour-là il n’y avait à Troyes que ce seul prédicateur qui put monter en chaire.

L’abbesse de Notre-Dame-aux-Nonnains avait aussi des droits sur certaines églises de Troyes. Elle jouissait des droits de collation dans l’église Saint-Jean-au-Marché, et dans les 2 succursales de cette paroisse, les églises de Saint-Nicolas et de Saint-Pantaléon. Dans chacune de ces églises, elle avait droit d’oblation (Offrande faite à Dieu). Elle s’opposa avec succès, en 1223, au démembrement de la paroisse de Saint-Jean, de laquelle l’évêque Hervée (1206-1223) voulait séparer les 2 succursales de Saint-Nicolas et de Saint-Pantaléon, afin de les ériger en paroisses. Le pape donna gain de cause à l’abbesse et le démembrement ne fut point accordé.

En 1249, Innocent IV (1243-1254) maintient l’abbesse dans le droit qu’elle avait de s’opposer à la construction de toute chapelle ou église, de tout oratoire, dans l’étendue des paroisses de la ville de Troyes, où elle avait droit de patronage. Ces paroisses étaient celles de Saint-Jacques et de Saint-Jean, et les succursales de cette dernière, les églises de Saint-Nicolas et de Saint-Pantaléon.

En 1318, l’abbesse fait maintenir ses droits sur les sépultures des paroissiens de l’église Saint-Jean. Elle fait reconnaître par le pape Jean XXII (1316-1334) que ceux de ces paroissiens, décédés sans avoir choisi le lieu de leur sépulture, seront déposés dans le cimetière de l’église Saint-Jacques-aux-Nonnains, cimetière qui n’est autre que celui de l’abbaye.

 L’abbesse de Notre-Dame avait, sur une partie de la ville, droit de haute, moyenne et basse justice. Elle avait son bailli, ses sergents, son auditoire, ses prisons, son pilori.

Par tradition très ancienne, il y avait aussi échange entre l’abbesse qui recevait de l’évêque sa mule, et celui-ci qui, de l’abbesse, recevait le lit sur lequel il avait couché à l’abbaye, un fait purement féodal.

Les droits et privilèges dont jouissait cette abbaye sont donc considérables et singuliers en même temp


 

Livre commandé par Agostini à Nocholas Jenson en 1480. Innoncent IV bénit les seigneurs



Abbaye Royale de St-Martin-ès-Aires



Troyes était riche en abbayes, mais bientôt celle St Loup devient Musée, Notre-Dame-aux-Nonnains Préfecture, les Cordeliers prison, les Jacobins gymnase… seule celle de St-Martin-ès-Aires subsiste. C’est le plus ancien monument religieux de la ville. Un cimetière gallo-romain puis mérovingien est situé dans l’enclos du couvent.

En 429, à son retour d’Angleterre, saint Loup y fonde une école qui acquiert une grande réputation.

La chapelle primitive, premier monument élevé à Troyes en l’honneur de la mère de Dieu, est construit par l’évêque saint Urse, et saint Loup y est inhumé dans la chapelle dédiée à saint Vorles. Les nombreux miracles qui s’y opèrent alors, font changer le nom en Oratoire ou Basilique de saint Loup.

Après une lutte fort longue, les trois petits-fils du roi des Francs Clovis se "  promirent amitié " à Troyes, sur le tombeau de saint Loup. Les rois Gontran, Chilpéric et Sigebert, prêts à en venir aux mains sous les murs de Troyes, se réunissent dans cet Oratoire et y jurent la paix sur les reliques de saint Loup, en 570.   

En 1104, Gérard, prévôt de saint-Loup, encouragé par l’évêque de Troyes Philippe de Pons et le pape Gélase II, fonde la nouvelle abbaye de Saint-Martin-ès-Aires, c’est-à-dire aeris, dans les champs, dans les bâtiments du plus ancien monastère de Troyes, datant du IX° siècle, et occupés par des chanoines de l’ordre de Saint-Augustin, dont il s’engage à suivre la règle.

Son successeur Guillaume (bulle d’Innocent II de 1136), fait fleurir la piété dans sa communauté, et bientôt on sollicite ses prières. Alors, les largesses des fidèles, et les libéralités des comtes de Champagne subviennent à ses besoins.

C’est lui qui fait ouvrir la châsse de saint-Loup, montre au peuple son corps, et lui en fait une nouvelle à ses frais, avec l’accord de l’évêque Henri de Carinthie.

 Le pape Innocent III reconnaît l’abbaye en 1207, et la soumet à l’autorité de l’évêque Hervé et de ses successeurs.

En 1231, elle est gouvernée par des religieux du Val-des-Ecoliers, envoyés à Troyes par saint Louis, qui les avait créés en mémoire de la fameuse bataille de Bouvines, gagnée par son aïeul Philippe Auguste.

En 1233, le pape Honorius III demande au père abbé d’excommunier ceux des vassaux de Blanche et de Thibaut IV, qui cesseraient de leur être fidèles.

François Primatice, célèbre architecte et peintre italien, est nommé abbé commendataire de Saint-Martin-ès-Aires par François 1er en 1544, bien qu’il ne soit honoré du sacerdoce. Homme illustre par son grand talent, mais étranger à la vie monastique et très familier avec les sujets érotiques et mythologiques. Nous lui devons la châsse de Sainte-Maure.

En 1643, cette abbaye est réformée par le cardinal de la Rochefoucault, envoyé du Saint Siège, pour la réforme des religieux en France. Elle reste de l’ordre des chanoines réguliers de saint Augustin, de la congrégation de France dite de sainte Geneviève.

Les bâtiments tombent en ruine au XVII° siècle, et sont reconstruits en 1656, mais terminés seulement en 1759.

La loi de 1790 ayant supprimé les instituts religieux, l’abbaye est vendue en 1791. Dans une partie s’installent les orphelines des hospices de Saint-Abraham et de la Providence, fondées par le curé de Saint-Nizier en 1703 et dirigées par les Dames du Sacré Cœur, pour les filles réduites à mendier et exposées à tous les dangers d’une vie errante. La bibliothèque compte 1.124 volumes.

L’église est démolie et une chapelle de style roman est construite en 1861.

En 1907 le Grand Séminaire s’installe dans une partie de l'ancienne abbaye, devenue pensionnat de jeunes filles dirigé par les Dames des S.S. Coeurs, que la loi de 1901  a dispersées. Dans l’autre partie s'installe une carderie et filature de coton.

Lorsque l’on arrive, il y a un joli portail du XVII° siècle qui précède une cour délimitée à droite par la chapelle de l’ancien Couvent des Sacrés-Cœurs (Institut Saint-Loup), en face et à gauche, par les bâtiments de Saint-Martin-ès-Aires.

Passée la porte à fronton brisé, surmontée du blason martelé de Gilbert de Choiseul, abbé de Saint-Martin-ès-Aires de 1629 à 1678, on se trouve aussitôt dans le cloître, de forme carrée.

Aujourd’hui, St Martin ès Aires accueille l’Institut Universitaire des Métiers et du Patrimoine.



 

Abbaye de Seillières (ou Sceillières)

 


La date de la fondation de cette abbaye date du XIIe siècle.

En 1153, les moines de l’Abbaye de Jouy possèdent des biens dans la région de Romilly, notamment, la ferme de Malminoux, et des terres et des prés à Saint-Hilaire. Henri de Carinthie, évêque de Troyes, entre 1146 et 1169, pour aider au repos de l’âme de sa mère et de ses aïeux, fait don à Renaud, abbé du bois de Jouy, et à ses religieuses, de tout ce qu’il possède à Malminoux, entre Bocenay et Pont-sur-Seine.

Vers 1155, les moines de Jouy achètent quelques terres sur le finage de Saint-Hilaire. Ces derniers, appartenant à l’abbaye de Molème, craignent que les Bénédictins, excellents agriculteurs se fixent sur les immenses prairies arrosées par la Seine, favorables à l’élevage du bétail. Ainsi pourrait naître, dans l’avenir, une redoutable concurrence. Afin d’écarter cette suspicion, les Bernardins de Jouy s’engagent à ne plus rien acquérir sur le territoire de St-Hilaire. En retour, les moines de Molème déclarent renoncer à toutes les redevances auxquelles le Prieur de St-Hilaire peut prétendre sur les terres qu’achèteraient éventuellement les Bernardins à Malminoux.

Les Seigneurs de Romilly installent sur leur domaine quelques uns de ces moines. Les religieux s’établissent en pleine vallée de la Seine, sur un terrain environné d’eau, appelé Île. A cette époque les ponts sont fort rares, d’où la nécessité, pour accéder à l’emplacement destiné au nouveau monastère, de faire usage de seilles ou bacs, placés sur les différents bras des rivières voisines. De là vient le nom d’île des Seilles, bientôt attribué à la contrée, et c’est ainsi que la Maison conventuelle reçoive l’appellation de Notre-Dame de Seillières.

Peu après 1179, appréciant les efforts déployés par les monastères en faveur des progrès de l’agriculture, le Comte de Champagne Henri le Libéral, augmente à son tour, la dotation de Seillières. Il fait donation des rentes à prélever sur le domaine de Malminoux et il abandonne à la Communauté une partie de sa terre de Minay. En même temps, il approuve le don, consenti par Hugues de Romilly, d’une autre partie de Minay. Enfin, le Comte amortit tout ce que l’Abbaye possède ou pourra posséder dans sa mouvance et il certifie, qu’en sa présence, Hugues de Romilly et son frère Eudes reconnaissent à l’Abbaye le droit de faire paître ses troupeaux sur leur domaine, et de pêcher dans tous les cours d’eau.

L’année suivante, Hilduin de Minay vend aux religieux de Seillières une maison sise à Minay. Cette vente, ratifiée par le Comte Henri, marque l’origine de la Grange de Minay, dont l’importance s’accroîtra, peu à peu, ou par acquisitions, ou par de nouvelles donations.

En 1180, on peut considérer comme définitive la fondation de Notre-Dame de Seillières. Les religieux s’habillent primitivement en bure noire. Ensuite, ils portent des vêtements de laine naturelle de couleur plutôt grise. Mais, à partir de 1270, la couleur grise étant réservée aux frères convers pour les distinguer, les moines de Seillières adoptent l’habit blanc. Ils portent d’abord la longue barbe, plus tard, on les enjoint de se raser 9 fois par an, puis 12 fois, et enfin chaque quinzaine. En même temps, ils pratiquent la coupe des cheveux et la tonsure. Les convers gardent constamment la barbe.

Depuis le Concordat de 1516, les rois de France lèvent avec régularité et sévérité, chaque année, des taxes spéciales sur les biens du clergé. Voilà pourquoi se précise inexorablement la décadence de Seillières.

Avec le XVIIIe siècle, l’importance numérique de la Communauté se réduit de plus en plus : en 1648, 3 moines, en 1728, le Prieur, 1 moine et 4 domestiques, en 1768, 2 religieux. En conséquence du manque de main d’œuvre ecclésiastique, la location des terres de Seillières se poursuit nécessairement, et se traduit par la signature de nombreux baux.

Les formalités de vente des biens nationaux s’échelonnent au cours de l’année 1790. Le domaine de Seillières se trouve compris dans la liste des adjudications éventuelles. D’abord les moines sont expulsés, puis c’est la vente des bâtiments et des terres de l’Ile de Seillières le 3 mai 1791.



A la suite de ces décisions révolutionnaires, le domaine de Seillières change plusieurs fois de propriétaires. En 1905, la propriété devient possession du Duc de Levis Mirepoix, Grand d’Espagne, et en 1954, le château et son parc, la ferme et le moulin sont cédés au Docteur Graffin, chirurgien à Romilly qui le cède plus tard à des Hollandais.

C'est dans cette abbaye que Voltaire fut inhumé

Translation de Voltaire à l’abbaye de Scellières ou Seillières

Voltaire représente au XIXe siècle, la négation des idées dont le catholicisme est l’affirmation.

Mort en 1778, le célèbre écrivain soulève autour de son cercueil « autant d’orages qu’en avaient provoqués ses écrits ».

Le clergé de Paris lui refuse ses prières. Pour ces restes proscrits, la famille cherche un asile, et cet asile est l’abbaye de Scellières (ou Seillières), près de Romilly-sur-Seine. Un neveu de l’écrivain, Mignot, abbé commendataire des bénédictins de Scellières, donne l’ordre au prieur de recevoir et d’inhumer Voltaire.

L’évêque de Troyes s’oppose vainement à l’accomplissement de cet ordre, et par lettre en date du 2 juin 1778, il menace le prieur dom Potherat des suites de l’inhumation si elle a eu lieu, et renferme une défense pour le cas où elle n’aurait pas été accomplie.

La réponse du prieur relate un exeat du curé de Saint-Sulpice, une profession de foi catholique, apostolique et romaine faite in extremis par Voltaire. Au refus de sépulture que lui commande, le cas échéant, l’évêque, dom Potherat répond :« Je ne savais pas qu’on put refuser la sépulture à un homme mort dans le corps de l’église, et j’avoue que, selon mes faibles lumières, je ne crois pas que cela soit possible ». Puis, il relate les circonstances de l’inhumation. Les restes de Voltaire, enfermés dans un cercueil de plomb sont déposés dans un caveau dont la dalle porte les 2 initiales : A. V.

Il y a 13 ans que Voltaire repose dans ce lieu, quand la Révolution, après avoir fermé les églises, ouvert des temples à la raison, ne peut négliger de rendre hommage à l’un de ses précurseurs. Presque dans la même semaine, l’Assemblée Constituante et le Directoire du département de l’Aube songent, l’un à glorifier l’écrivain, l’autre à lui donner « les honneurs de l’apothéose ». Le Directoire du département de l’Aube commence. En séance extraordinaire du 15 mai 1791, le procureur général proclame les titres de Voltaire à la reconnaissance de la France, sous le règne de la Justice, de la Liberté et de la Raison. Les conclusions tendent à faire inhumer le corps de l’écrivain, et à le faire placer par les soins des « amis de la Constituante » qui l’avaient demandé, dans l’intérieur de la cathédrale de Troyes. le Directoire adopte la proposition et les « amis de la Constituante » s’occupent des préliminaires de la translation. Le vœu, communiqué au district de Nogent, est approuvé. Au moment d’organiser la cérémonie, ils en sont empêchés. Romilly demande le préliminaire d’une décision formelle du Conseil Général, se réservant toutefois par un vœu, la tête et le bras de Voltaire. Transmises au Directoire, les prétentions de Romilly sont mal accueillies. Le procureur s’élève contre un démembrement qui rappelle « les procédés barbares » de la Cour de Rome, et autorise la translation, enjoignant aux habitants de Romilly de ne pas s’y opposer.

Tout marche au mieux, lorsque la Constituante décrète la translation de Voltaire au Panthéon.

Voltaire est enlevé et conduit, le 10 mai 1791, au milieu des manifestations et des fêtes, à Paris, où il gît au fond d’un obscur caveau de l’église de l’abbaye de Sainte-Geneviève, transformée en temple des grands hommes.

Voltaire au Panthéon - Paris




Le curé de Romilly raconte les circonstances de l’exhumation et de l’exposition du corps, qui est transporté dans son intégrité au Panthéon, sauf un fragment de talon qui se trouve en la possession de M. Mandonnet, propriétaire à Chicherey.

M. Bouquot, imprimeur à Troyes, a donné en 1847, au Musée de Troyes le premier des os du métatarse de Voltaire. Il tenait ce fragment de M. le docteur Bouquot, son oncle, présent à Scellières lors de l’exhumation du célèbre écrivain.

Par décision du Conseil municipal du 8 octobre 1886, le nom de Voltaire est donné à une rue de Troyes.

 

Abbaye Val des Vignes

En 1220, une autre abbaye de cisterciennes prend naissance au Val-des-Vignes, à Ailleville

Elle sera réunie à Clairvaux en 1399 et remplacée 50 ans plus tard, par un prieuré d’hommes dépendant de cette abbaye.

L’arrivée des moniales de la Piété-Dieu, au Val des Vignes, n’apporte pas à cette abbaye de moniales cisterciennes l’élan que l’on en espérait.

 La vie matérielle et conventuelle continua à péricliter.

 Tant et si bien que le Chapitre Général ordonna la suppression de l’abbaye « propter nimiam loci paupertatem ». L’abbaye devint prieuré d’hommes dépendant de Clairvaux, puis simple métairie

L’ensemble fut vendu comme bien national en 1791.

L’église qui était restée debout fut démolie après 1800.

Les habitants de Bar-sur-Aube avaient alors l’habitude, le lundi de Pâques, de se rendre en pèlerinage à l’église des « Filles-Dieu ». On appelait cette fête « le rapport des Filles-Dieu ».

« Un antiquaire qui fait le portrait de sa ruine, a écrit Victor Hugo, comme un amant qui fait le portrait de sa maîtresse, se charme lui-même et risque d’ennuyer les autres. Pour les indifférents qui écoutent l’amoureux, toutes les belles se ressemblent et toutes les ruines aussi ».

 

 


dimanche 7 avril 2024

Le droit de " Charroy "

 

Les Abbayes devaient « le charroy » en temps de guerre


Abbaye de Clairvaux


Troyes est la ville de France qui, de tout temps, a abrité le plus d’abbayes, de prieurés, de couvents, et qui est aussi la plus ancienne dans ce domaine. Les abbayes, dans le cours des siècles, sous une forme ou sous une autre, au prix des plus grands sacrifices, subviennent aux besoins de l’Etat, dont les dangers et les avantages sont inséparables de ceux de l’Eglise.

Un rôle de contribution à force de loi et rend le charroy régulièrement obligatoire, en temps de guerre, pour toutes les abbayes contribuables.

Cependant, même en temps de guerre, les abbayes soumises au charroy ne sont pas charroyables à merci. D’un côté, le charroy est une prestation ou réquisition bien déterminée, qui consiste à fournir un chariot à 4 roues, attelé de 2 chevaux, ou une charrette à 2 roues attelée d’un cheval. D’un autre côté, les abbayes charroyables sont obligées au charroy, seulement lorsque le « corps du Roy est en l’ost », c’est-à-dire lorsque le roi en personne est à la tête de l’armée. Dans ce cas, les abbayes doivent s’exécuter dès qu’elles ont reçu la « semonce » (avertissement) de se rendre en « l’ost » (armée) avec le Roi, en tel lieu et à tel jour désigné par qui de droit. Ces prestations ou réquisitions de charroy font partie du service militaire que les abbayes doivent au Roi.

Pour bien comprendre cela, il faut se rappeler que les rois des 2 races mérovingienne et carolingienne, ainsi que les premiers rois de la race capétienne, ont été les fondateurs, les restaurateurs, ou les principaux bienfaiteurs de la plupart des grandes abbayes de France, et principalement des nôtres !

A ces divers titres, les rois tiennent naturellement les abbayes sous leur dépendance, sauvegarde et protection. Les abbayes, reconnues de fondation royale et qui ont été dotées de grands et beaux fiefs temporels, sont assimilées aux laïques possesseurs de fiefs, qui, entre autres services féodaux, doivent le service militaire et l’impôt du sang au roi, leur suzerain. Aussi, dès les premières guerres de Charlemagne, nous trouvons dans les armées des abbés avec leurs vassaux. Déjà à cette époque, le roi demandait à plusieurs abbés et abbesses, en temps de guerre, un contingent d’hommes armés et d’autres prestations militaires, soit en nature, soit en argent. Mais ce n’est qu’en 817, que la loi militaire rend le service obligatoire en temps de guerre pour les abbayes, et est discutée et votée par l’Assemblée Concile d’Aix-la-Chapelle.

Cette assemblée des évêques et des grands du royaume, sous la présidence du roi Louis le Débonnaire, dresse le rôle officiel des abbayes au point de vue du service militaire, rôle empreint d’une grande sagesse et qui montre dans quelle mesure de modération et de justice le roi demande aux abbayes de participer au service militaire et à la défense de la patrie, en temps de guerre.

Quelques mois après la publication du rôle des abbayes soumises au service militaire, Louis le Débonnaire ordonne aux abbés et abbesses de lever leurs troupes pour l’aider à conjurer la révolte de Bernard, roi d’Italie. La lettre de convocation est adressée aux archevêques, aux évêques de leurs paroisses, qui la communiquent aux abbés et abbesses, aux comtes, aux officiers royaux et à tous les fidèles de leurs diocèses.

 A l’époque carolingienne et sous les premiers Capétiens, l’abbé est obligé de paraître en personne à l’armée avec ses vassaux. Quelquefois, le roi l’exonère du service personnel, mais quand il obtient cette exemption, il doit joindre ses troupes à celles du comte. Parfois, le roi retient ces troupes pendant 2 années, à leurs dépens, avant de les renvoyer dans leurs foyers.

Cette loi de l’an 817, sur le service militaire dû par les abbayes est en vigueur jusqu’au XVII° siècle. Toutefois, pendant le moyen-âge, les rois ne prennent pas son exécution avec trop de rigueur. En principe, les abbayes sont tenues dans une certaine mesure au service militaire, mais dès le temps de Charles le Chauve, les unes ou les autres, en tel cas particulier, peuvent obtenir par grâce d’être exonérées de ce service en partie ou même en totalité. D’ailleurs, au XIII° siècle, elles peuvent déjà, moyennant finance, se racheter du service militaire. De même, les prestations de guerre en nature, peuvent être rachetées à prix d’argent.

Dès le XIV° siècle, les subsides pécuniaires ou aides, sous divers noms, deviennent plus fréquents et sont étendus à tous les établissements monastiques, sans exception, même aux simples prieurés. Par suite, les grandes abbayes sont obligées moins fréquemment à envoyer au roi des soldats tout équipés. Les commissaires de guerre préfèrent les contributions en argent aux hommes inhabiles que fournissent les abbayes.

Enfin, les abbayes cessent de fournir un contingent d’hommes. Charles VII commence l’organisation des armées permanentes, par ses Ordonnances de 1439 et 1445. Dès lors, la plupart des charges de guerre sont converties pour les abbayes en subventions pécuniaires.

Il ne faut pas oublier qu’au XIV° siècle et dans les siècles suivants, plusieurs abbayes engagent ou vendent des vases sacrés, des reliquaires, des croix précieuses…, pour payer les contributions de guerre.

Il ne faut pas oublier que, pour la même cause, au XVI° siècle, plusieurs abbayes engagent ou vendent de beaux immeubles, avec l’autorisation du pape Grégoire XIII.

    C’est ainsi que les abbayes, ont subvenu aux besoins de l’Etat, dont les dangers et les avantages sont inséparables de ceux de l’Eglise.



Le département de l'Aube et ses congrégations religieuses

 Troyes est la ville de France qui, de tout temps, a abrité le plus d’abbayes, de prieurés, de couvents, de congrégations religieuses, et qui est aussi la plus ancienne dans ce domaine : " Nulle contrée de France, au moyen âge, ne surpassait l’Aube, pour le nombre, l’antiquité, l’illustration, la splendeur de ses maisons de religion ", a écrit Aug. Vallet de Viriville (archiviste paléographe) en 1841.

Les prieurés étaient des établissements religieux qui dépendaient des abbayes et dans lesquels les religieux, en petit nombre, menaient la vie conventuelle et régulière, sous la dépendance d’un prieur. Pendant les premiers siècles de l’histoire monastique, tant que dura la ferveur des instituts religieux et que des règles primitives furent observées, il n’y avait que des prieurés conventuels.

Vers le milieu du XIIIe siècle, beaucoup de prieurés, par manque de religieux, devinrent des prieurés simples, donnés en commende à un moine ou à un ecclésiastique et quelquefois même à un laïque, qui se contentait d’en percevoir les revenus, en faisant acquitter par un ecclésiastique les charges spirituelles, s’il y en avait. D’après le Registre des visites de l’évêque de Troyes, en 1499, il restait encore au moins neuf prieurés conventuels.

Les commanderies et les anciens hôtels-Dieu, sont assimilés aux prieurés, par ce que, originairement, ces établissements étaient occupés ou dirigés par des religieux dont le supérieur s’appelait commandeur ou prieur.

Pas moins de 50 maisons ouvertes aux vieillards et aux malades sont créées entre le XIe et le XIIIe siècle.


Voici depuis leur création, cités par ordre chronologique, tous ces établissements.

En 375, a été fondé à Isle Aumont, le plus ancien monastère de la Gaule. 

Abbaye royale de Saint-Loup 560

Abbaye de Montier la Celle 650

Abbaye royale de Notre Dame aux Nonnains 657

Prieuré de Saint-Quentin, saint Benoît 685

Abbaye royale de Saint Martin ès Aires 724

Hôpital Saint-Nicolas, Ordre de Saint-Augustin, Sœurs de la Charité de Nevers VIII°s.

Prieuré de Saint-Blaise, de Saint-Jean en Châtel 871

Bons-Hommes, Trinitaires ou Mathurins 910

Prieuré bénédictin de Jully-sur-Sarce 1032

Prieuré bénédictin de Ramerupt en 1050

Prieuré bénédictin de Ste Germaine en 1050

Prieuré bénédictin de St Pierre (Pont-sur-Seine) 1050

Abbaye de Molesme en 1060

Filles-Dieu 1080

Prieuré bénédictin de l’Abbaye sous Plancy en 1080

Prieuré bénédictin de Montier-en-l’Isle en 1082

Prieuré bénédictin de Radonvilliers en 1082

Prieuré bénédictin de St Georges (Valant) 1085

Prieuré bénédictin de Beaufort en 1089

Prieuré bénédictin de Brillecourt en 1089

Prieuré bénédictin de Noé-les-Mallets en 1089

Hôpital du Saint Esprit, Ordre de Saint-Augustin, Pères de l’Oratoire 1098

Prieuré bénédictin de Payns (1107)

Prieuré bénédictin de la Perthe (Mailly) 1107

Abbaye de Beaulieu (commune de Tranne) en 1112

Monastère de Clairvaux en 1115 par St Bernard

Prieuré bénédictin Ortillon 1118

Ordre du Temple, Commanderie de Malte, Saint-Jean de Jérusalem 1118

Abbaye du Paraclet 1123

Hôpital St-Nicolas (Bar-sur-Aube) 1126

Prieuré Notre-Dame de Foissy 1134

Prieuré de Saint-Jacques 1134

Hôpital de Brienne 1138

Hôpital de Chalette 1138

Maison-Dieu de Saint Etienne, Hôpital-Dieu le Comte,

Ordre de Saint-Augustin 1140

Abbaye de Basse-Fontaine 1143

Prieuré bénédictin la Madeleine (Traînel) 1144

Prieuré ordre de Prémontré Maizières-le-Grande-Paroisse 1147

Prieuré bénédictin Monthiérault (Méry-sur-Seine) 1151

Augustines 1157

Commanderie de l’Ordre du Temple Fresnoy (Montpotier) 1162

Commanderie de l’Ordre du Temple Mesnil-Saint-Loup 1162

Abbaye Cistercienne de Sellières (près de Romilly) en 1167.

Commanderie de l’Ordre du Temple Avalleur (Bar-sur-Seine) 1173

Prieuré ordre de Prémontré Maraye-en-Othe 1174

Les Antonins 1263

Hôpital du St-Esprit (Bar-sur-Aube) 1263

Maison-Dieu St-Jean-Baptiste (Bar-sur-Seine) 1264

Les Urbanistes en 1269

Hôpital de Jully-sur-Sarce 1293

Chartreux 1332

Petites Sœurs des pauvres 1525

Filles de la Congrégation de la Croix XVII° s.

Capucins 1609

Hôtel-Dieu Saint-Esprit, Oratoriens 1618

Carmélites 1620

Prieuré Sainte Scholastique 1622

Congrégation de Notre-Dame 1626

Ursulines, Congrégantines 1627

Visitation de Sainte-Marie,

Saint-François de Sales, Visitandines 1630 

Franciscaines, Capucines 1632

Minimes 1635

Pères de la Mission, Grand Séminaire 1637

Sœurs Régentes, sœurs Noires 1669

Petit-Séminaire, Oratoriens, Compagnie de Saint-Sulpice 1682

Filles de la Charité, Sœurs Grises, Filles de Saint-Vincent de Paul 1687

Orphelines de l’enfant-Jésus, Orphelines de Saint Nizier 1693

Frères des Écoles chrétiennes 1701

 Maison-Dieu Saint Abraham, Repenties ou Filles pénitentes 1178

Commanderie de l’Ordre du Temple Payns 1180

Prieuré ordre Commanderie de l’Ordre du Temple Resson (La Saulsotte) 1185

Prémontré Marigny-le-Châtel 1188

Commanderie de l’Ordre du Temple Thors 1189

 Commanderie de l’Ordre du Temple Serre (Montceaux) 1196

Commanderie de l’Ordre Teutonique Beauvoir (Chaumesnil) 1201

Hôpital du St-Esprit 1203

Prieuré de Notre Dame en l’Isle, Ordre de Saint-Augustin 1205

Commanderie de l’Ordre du Temple Sancey (St-Julien) 1205

Hôpital de Plancy 1206

Prieuré de Montiéramey (Pargues) 1209

Commanderie de l’Ordre du Temple Villiers (Verrières) 1209

Hôpital du Chêne (La Villeneuve-au-Chêne) 1210

Hôpital de Traînel 1214

Frères prêcheurs, Dominicains 1215

Commanderie de l’Ordre du Temple Bonlieu (Piney) 1219

Abbaye cistercienne du Val-des-Vignes (près Ailleville) en 1220

Hôpital de Méry 1221

Prieuré de Notre-Dame-en-l’Isle (St Augustin) en 1222

Hôpital de Saint-Bernard 1222

Abbaye de femmes Notre-Dame de la Grâce (Citeaux-Courbetaux) en 1223

Commanderie de l’Ordre du Temple au Perchois (St-Phal) 1227

Abbaye de femmes Le Jardin (Citeaux - près de Pleurs) en 1229

Abbaye de femmes La Piété (Citeaux - près de Ramerupt) en 1229

Hôpital de Chappes 1230

Hôpital de Nogent 1230

Abbaye Notre-Dame des Prés, règle de Saint Benoît 1231

Commanderie des frères de Ste-Marie Teutoniques (Beauvoir) 1231

Commanderie de l’Ordre du Temple l’Hôpital (Rosnay) 1231

Commanderie de l’Ordre du Temple d’Orient (Géraudot) 1231

Les Jacobins (frères prêcheurs) en 1232

Les Cordeliers (frères franciscains, frères mineurs) en 1236

Abbaye de femmes Notre-Dame de Belleau (Citeaux-Esternay) en 1242

Hôtel-Dieu Saint Utin, ordre de Saint-Augustin 1248

Abbaye de femmes du Bricol en 1250

Clarisses, Urbanistes, Cordelières, Petites Cordelières 1255

Les Confrères de la Croix ou Flagellants vers1250

Carmélites

Carmélites

Orphelines de l’Hôtel-Dieu 1705

Le Bon Pasteur 1766

Orphelines de la Providence 1775

Sœurs de la Providence 1819

Dames des Sacrés Cœurs 1820

Congrégation du Bon secours 1840

Abbaye de Montier la Celle

Abbaye de Montier la Celle

Tertiaires Franciscaines du Saint-Sacrement, Clarisses 1840

Maisons de refuge ou de retraites à partir du XII°.

Jésuites 1866

Oblates de Saint-François de Sales 1866

Oblats de Saint-François de Sales 1869

École d’apprentissage Saint-Joseph, Frères des Écoles Chrétiennes 1921

Petites Sœurs de l’Assomption 1925

Soeurs Dominicaines Missionnaires des Campagnes (Ricey-Bas) 1932

 


samedi 6 avril 2024

Hermès Trismégiste, entre légendes et vérités...

 

Rosicruciens - Francs-Maçons - entre alchimie et hermétisme

Hermès Trismégiste

            Spiritualiser la matière et matérialiser l’esprit


Hermes mercurius trismegistus-cathédrale de Sienne (au sol)


La Table d’Émeraude*…Texte écrit en arabe puis traduit en latin, et dont la plus ancienne version daterait du tout début du Moyen Âge. Sa rédaction est attribuée à Hermès Trismégiste, la légende voulant que le texte fût trouvé dans le tombeau de ce dernier, gravé sur une tablette d’émeraude. Ce court traité ésotérique fait partie de ce que l’on appelle les Hermetica, soit un ensemble de textes fondateurs du courant que constitue l’hermétisme.

Le personnage mythique d’Hermès Trismégiste (Trismegistos en grec, c’est-à-dire « Trois fois grand ») est une synthèse du dieu grec Hermès (Mercure chez les Latins, messager des dieux, dieu des carre-fours, des voyageurs, des voleurs, des commerçants, des arts et du savoir, et conducteur des âmes aux Enfers) et du dieu égyptien Thot (inventeur de l’écriture, dieu des astres et du temps, du savoir et des magiciens).

Il incarne donc, comme ses deux divinités inspiratrices, la connaissance des arts et des sciences, mais surtout les médiations, tout ce qui a trait aux transferts et aux passages, à la transmission, à l’initiation et aux transmutations qui peuvent en découler.

C’est d’ailleurs à ce titre, en tant que figure de transmission et de médiation présidant à des transmutations, c’est-à-dire à des changements d’états profonds, qu’Hermès Trismégiste fut considéré comme le père de l’alchimie et que sa fameuse Tabula smaragdina fut constamment évoquée par les adeptes du Grand Œuvre ; on pense notamment au célèbre commentaire de La Table d’Émeraude qui a été fait par l’alchimiste Hortulain au XIVe siècle…

La présence des traditions hermétique et alchimique en franc-maçonnerie…

Nous avons fait le choix de nous intéresser principalement à l’interprétation alchimique que l’on peut donner dudit texte, tout en ayant conscience du fait qu’il a suscité d’autres filiations et fait l’objet de diverses gloses. Ce choix, qui pourrait paraître arbitraire, s’est imposé naturellement dans la mesure où, d’une part, le format restreint d’un article de revue frappe de nullité toute prétention à l’exhaustivité, et où, d’autre part, il nous a paru important de souligner pourquoi et comment la franc-maçonnerie a pu trouver dans l’alchimie et son corpus, dont La Table d’Émeraude est un élément central, une véritable source d’inspiration (surtout dans la seconde moitié du XVIIIe siècle), aux côtés d’autres sources d’inspiration, comme la philosophie grecque, la religion judéo-chrétienne, la Kabbale, la chevalerie médiévale et la maçonnerie opérative des bâtisseurs de cathédrales…

L’ouvrage du baron de Tschoudy paru en 1766 sous le titre L’Étoile flamboyante est particulièrement représentatif de cette inspiration puisque le catéchisme hermétique rédigé par ce franc-maçon conjugue tradition alchimique et rituel maçonnique. Certains tableaux de loge de la même époque témoignent également de cette dimension alchimique, ainsi que l’a mis en évidence Dominique Jardin.

 

*Table d’Emeraude  en fin de ce texte

Franc-Maçonnerie et Alchimie


 

“ L'Art commence où la nature cesse d'agir ...”




 Beaucoup de Francs-Maçons rejettent l'Alchimie et la classent dans la catégorie des " fausses sciences " et des superstitions inhérentes à une époque d'obscurantisme. C'est que le terme d'Alchimie est assez rarement compris. Un Adepte récent : Fulcanelli, en son livre " Les Demeures Philosophales " s'est cependant longuement efforcé de faire comprendre tout ce qu'elle n'est pas, tout ce qu'elle ne saurait être. Etant entendu qu'on ne comprend vraiment ce qu'elle est qu'avec la Grâce de Dieu et l'aide d'un ami. Il est certain que l'Alchimie n'a jamais été un moyen artisanal de fabriquer de l'or, le soir au bout de sa table de cuisine. Il est certain aussi qu'elle n'est pas l'ancêtre de la moderne chimie, non plus que les premiers balbutiements de celle-ci. C'est la spagyrie, l'hyper-chimie qui assume ce rôle et il est certain que ceux qu'on appelait, non sans raillerie, les " souffleurs " ont obscurément contribué à créer ce que la science moderne nomme la chimie. Mais l'Alchimie, l'Alchimiste dont on représente ce dernier, le plus souvent sous les traits d'un vieux sage dont les yeux se sont usés dans les grimoires ; cet art et le Maître qui le professe sont sans rapport comme sans commune mesure avec ce à quoi s’intéressent la science et les scientifiques.

L'Alchimie c'est l'Art des transformations évolutives. L'évolution c'est la distance qui sépare l'Alpha de l'Oméga, l'Alpha c'est le Verbe Créateur, c'est la poussée initiale... L'Oméga c'est le terme. Louis Claude de Saint Martin dit : " L'origine se confond avec la fin des choses ". Mais ne nous limitons pas à ce qui a une vie apparente indiscutable. Tout ce qui existe vit et disons simplement que la vie se manifeste différemment dans chacun des règnes, que la conscience y est plus ou moins endormie et que chez l'homme ordinaire elle est le plus souvent à peine éveillée. Cette idée d'une conscience propre à tous les règnes y compris les minéraux, voire même d'une mémoire se trouve sous la plume d'un grand Maçon contemporain : J. Corneloup, en son livre : " D'Alpha à Oméga : la Vie ".

Dès lors si nous avons reconnu qu'une même loi assume l'évolution de tout ce qui existe quelque soit le règne envisagé ou l'ordre de grandeur circonscrit dans l'espace et le temps, si nous admettons que des processus invariables tendent à faire jaillir le maximum de perfection possible sur un être, ou une catégorie d'êtres donnée, toujours dans l'un quelconque des règnes. Si enfin nous jugeons concevable qu'il soit possible à l'homme de saisir cette loi en l'une des ses corrélations et de l'appliquer de telle façon qu'une évolution minérale qui réclamerait sans doute un nombre incalculable d'années, va se trouver réduite à un temps très court du fait que l'Art va supplanter la nature, alors nous concevons la somme de Sagesse qui se peut déduire d'une telle Opération. Cet Art, c'est l'Alchimie : l'ART ROYAL. Et nous voyons clairement que son but essentiel n'est pas de faire de l'or.

 L'homme a tendance à rejeter tout ce qu'il ne comprend pas, ou tout du moins à le classer dans une catégorie qui lui est immédiatement accessible et le plus souvent il se contente de ces sortes de clichés. Pour l'ensemble des profanes, faute de pouvoir atteindre une compréhension raisonnable de la Franc-Maçonnerie, faute de pouvoir l'expliquer, ils échafaudent des invraisemblances, la ramenant au médiocre niveau de leur jugement. Pour les uns la F\ M\ est une organisation politique, clandestine puisque secrète, dont le but essentiel est de secouer dans l'ombre les fondements des Etats et des sociétés qui, d'aventure, se trouveraient contrecarrer des plans qui demeurent, en vérité obscurs... Pour d'autres il s'agit d'un mouvement anticlérical, ou d'une mafia dont les membres se distribuent, sous un manteau couleur de muraille, des places et des prébendes... Voire même une association de Mages malfaisants se livrant aux pires diableries. Que n'a-t-on dit, pas écrit ? Les débordements de Léo Taxil restent en filigrane dans les consciences profanes : le Franc-Maçon demeure un homme inquiétant ou un farfelu.

La Franc-Maçonnerie, dit-on, ne se comprend que vue de l'intérieur. Cela est vrai. Encore qu'il faudrait aussi comprendre que le Symbolisme est un langage universel et que s'il est écrit: " Frappez et l'on vous ouvrira... " il faut bien admettre que la porte qui s'ouvre est celle à laquelle on a frappé. L'objet de ce travail est l'Alchimie, c'est donc sous cet angle seulement que je traiterai de Maçonnerie. En précisant qu'il m'est arrivé de me demander ce que les colonnes J\ et B\ à l'entrée du Temple, le Soleil et la Lune à l'orient, les douze signes du Zodiaque entre autres, sans parler du cabinet de réflexion et de ce qui s'y trouve pouvaient bien représenter si on rejette à priori l'Alchimie. Mais un grand Maçon : Oswald Wirth, a assez abondamment traité de ces Symboles sous leur aspect Hermétique, aussi ne ferai-je que les signaler lorsqu'ils se présenteront.

Nous pouvons d'ores et déjà entrer dans ce qui fait l'objet de ce travail, car en tentant de définir ce qu'est la F\ M\ nous verrons qu'elle est en liens étroits avec l'Alchimie et que, bien mieux elle est une Alchimie.

 

jeudi 4 avril 2024

Qui est vraiment Judas

 

A LA RECHERCHE DU JUDAS HISTORIQUE

 

UNE ENQUÊTE EXÉGÉTIQUE A LA LUMIÈRE DES TEXTES DE

L’ANCIEN TESTAMENT ET DES LOGIA

 

Judas Ischariot, Pierre et Jean - Léonard de Vinci


 Introduction

Judas Ischariot est probablement l’homme le plus détesté et le plus universellement haï de tous les personnages de la Bible. Tous les Chrétiens et même les moins instruits en l’histoire biblique reconnaissent en lui le traître par excellence, l’homme qui livra à la mort son maître innocent. Tout, concernant cet homme, semble être clair et simple au-delà de toute discussion possible. Judas fut responsable de la mort de Jésus par une trahison ignoble et impardonnable.

Toutefois, quand nous essayons de définir sérieusement et en des termes historiques, selon les textes bibliques, sa mission et son comportement, nous rencontrons un certain nombre d’obstacles majeurs et de contradictions essentielles. Une étude détaillée des textes et de leurs contradictions nous le fait apparaître comme le personnage le plus incertain, le plus mal défini et en fait le plus contradictoire de toute l’Ecriture.


Les contradictions dans les textes

Les contradictions sont, en effet, nombreuses dans les textes qui nous parlent de Judas. Deux morts nous sont en fait rapportés par les Evangélistes. Et les deux rapports sont strictement contradictoires et irréconciliables.

 Matthieu 1 nous indique que Judas se serait suicidé après avoir jeté l’argent du crime dans le Temple. Les prêtres auraient alors acheté, avec cette somme, le « champ du sang ». Luc 2 par contre affirme que Judas ne se serait pas suicidé du tout. C’est Judas lui-même qui aurait acheté le « champ du sang ». C’est en s’y rendant pour en prendre possession, qu’il aurait été atteint par la rétribution divine. Il se serait cassé en deux en répandant ses entrailles sur le sol. Sa mort aurait donc été identique à celle du roi Hérode, avec lequel Dieu avait eu un certain nombre de comptes à régler.

La responsabilité de Judas est un autre sujet de litige entre les Evangélistes. Matthieu3 et Marc4 nous indiquent que Judas était pleinement responsable de sa trahison. Il se rendait chez les autorités de son plein gré, pour leur offrir ses services. Luc5 et Jean6, par contre, sont d’un autre avis. Ils affirment que Judas aurait été possédé par Satan au moment de son forfait.

 La préméditation du crime est affirmée par les uns et niée par les autres dans les récits évangéliques. Matthieu7 nous indique que Judas se rendait chez les autorités dès le lundi de la semaine de Pâques. Il est suivi en cela par Luc8 qui place la possession satanique également au début de la Semaine Sainte. Jean9, par contre, place la possession par Satan non pas au début de la semaine, mais au moment précis où Jésus donne le morceau trempé à Judas dans la Chambre Haute, au moment du Dernier Repas.

L’argent que Judas reçut -ou ne reçut pas- constitue également un sujet de litige entre les Evangélistes. Matthieu 10 affirme, péremptoirement, que les principaux sacrificateurs payèrent 30 pièces d'argent d’avance (!) au début de la semaine. Marc 11 et Luc 12 par contre affirment que les autorités lui promirent seulement de l'argent. Luc nous indique que Judas fut payé et ce qui arriva à l’argent et à Judas par la suite : il en acheta le champ de sang, ce qui contredit la version de Matthieu 13. Marc ne nous dit rien au sujet de l’argent ni au sujet de Judas. Il ne sait donc rien au sujet du payement. Jean, lui non plus, ne sait rien d’un payement quelconque ; il ignore en fait toute promesse d’argent. Puisque selon lui Judas fut inspiré par Satan seulement à la dernière minute (Jn 13/27), il n’est pas possible que Judas ait pu demander de l’argent et le recevoir. De toute façon Jean contredit en cela les Synoptiques qui, par-dessus le marché, ne sont pas d’accord entre eux.

La punition que Judas devrait recevoir pour sa trahison est une autre pomme de discorde entre Jean et les Synoptiques. Les trois premiers Evangiles sont unanimes (Mt 26/24, Mc 14/21, Le 22/22) à mettre dans la bouche de Jésus des menaces effroyables contre ceux par lesquels arrivent les scandales : ils appliquent ces menaces automatiquement à Judas et à son forfait. Jean, par contre, ignore ces menaces et fait citer par Jésus un passage de l’Ecriture qui montre que la trahison d’un des siens était dans la nature des choses (Jn 13/18). Il n’y est pas question d’une punition temporelle ou éternelle de Judas. Jean voit la trahison comme une nécessité prévue par Jésus, qui n’implique pas la responsabilité personnelle de Judas. Cette manière de voir est strictement consistante avec sa thèse de la possession satanique de Judas (Jn 13/27) qui exonère en fait l’Apôtre du crime, pour en charger Satan.

L’arrestation de Jésus est décrite d’une manière totalement différente dans les Synoptiques et chez Jean. Les Synoptiques mettent Judas au centre de la scène du Jardin des Oliviers. Judas trahit son maître par un baiser qui doit désigner Jésus aux policiers, (Mt 26/47ss, et par.). Jean ignore le baiser de Judas et ne connaît pas de dialogue entre Jésus et Judas. C’est Jésus lui-même qui se fait connaître par deux fois aux policiers, qui, effrayés, tombent par terre. (Jn 18/4,7). Judas est seulement mentionné en passant comme « étant avec eux » (Jn 18/5).

 1. Mt 27/5.

2. Ac 1/18.

3. Mt 26/14.

4. Mc 14/10.

5. Le 22/3.

6. Jn 13/27.

7. Mt 26/14

8. Le 22/3.

9. Jn 13/27.

H). Mt 26/15.

11. Mc 14/11.

12. Le 22/5.

13. Ac 1/18.

* * * *


 

Confessio Evangelica - Cathares

 

LA «CONFESSIO EVANGELICA» DU CATHARISME OCCITAN

 

NOUVEAUX ASPECTS DU CATHARISME,  LE CATHARISME VU PAR LUI-MÊME


Montségur


 II serait absurde de vouloir fonder une histoire du peuple juif sur le livre «Mein Kampf» d’Adolf Hitler ou sur les registres de Torquemada. C’est pourtant exactement ce que nous faisons dans notre appréciation des Cathares. Elle est fondée sans la moindre critique, sur les registres des Inquisiteurs et sur leur manière de les voir. Cette méthode est fausse. Elle a été fausse depuis huit siècles. Audietur atque altera pars.  Il faut donner la parole aux documents écrits par les Cathares eux-mêmes.

Depuis le XIIe siècle l’Inquisition et ceux qui ont utilisé ses documents, ont caractérisé le Catharisme comme une hérésie radicalement opposée au Christianisme traditionnel. On l’a décrite comme une hérésie manichéenne 1,  comme un mouvement gnostique 2 et une église étrange dans laquelle la cérémonie la plus fréquente était l’adoration des Anciens comme porteurs du. Saint Esprit 3.

Notre livre de base sur le Catharisme est encore, à l’heure actuelle, le livre de Charles Schmidt, écrit en 1848. Réédité en 1983, il a été décrit par Jean Duvernoy dans son Introduction comme «un travail essentiel... qui a ouvert presque toutes les portes » 4. Or, les sources de Schmidt sont exclusivement celles de l’Inquisition. Le Rituel Occitan ne fut découvert à Lyon qu’en 1887 et le Père Dondaine ne publia le Rituel de Florence qu’en 1939. Nos livres modernes n’ont rien changé à cette perspective. Ils emboîtent le pas à Schmidt. Ils citent les Registres de l’Inquisition et ils ne différencient en rien le Catharisme Occitan de celui de la Lombardie. Un parfait exemple de cette perspective est le récent article du duc de Lévis-Mirepoix de l’Académie Française dans la revue Historia de Septembre 1985.

 

1. René Neli i : «Système du Catharisme», dans Heresis, 1983/1 p. 7.

2. Déodat Roché : Le Catharisme, vol. 1. (Cahiers d’Etudes Cathares.) Narbonne 1957, p.17 ss.

3. Jean Duvernoy : La religion des Cathares, Privât 1976, p. 208.

4. Charles Schmidt : Histoire et doctrine des Cathares, (réimpression) Bayonne 1983. Introd. par Jean Duvernoy et commentaires divers sur le dos de l’ouvrage.

 

 Or, même une étude rapide de l’herméneutique de l’Inquisition nous montre que celle-ci ne s’est jamais donné comme tâche de fournir une image impartiale ou même équilibrée des hérésies qu’elle cherchait à exterminer. Elle ne cherchait nulle part et aucunement la Vérité. Elle était là pour stigmatiser l’Erreur et pour l’extirper. Ses registres mettaient en évidence exclusivement ce qui n’était pas congruent avec la foi de l’Eglise de Rome.

La méthode de l’Inquisition était le lit de Procruste des chasseurs d’hérésies, employé depuis Eusèbe de Césarée et même bien avant lui : ce procédé consistait à comparer le mouvement en question avec le modèle le plus stricte de l’orthodoxie la plus étroite. Ce qui dépasse ce «canon » est l’hérésie. La recette veut que l’on prenne ensuite ces déchets, qu’on les coupe en rondel¬ les fines et que l’on en fasse, alors, le «portrait» de l’hérésie. Le Catharisme devenait ainsi un conglomérat d’erreurs et de contre-vérités. Il devint une chimère, un épouvantail, un Frankenstein. Quant à la véritable foi des Cathares, les Inquisiteurs ne s’y intéressaient absolument pas.

Or, une telle méthode est strictement aux antipodes de l’historiographie actuelle, qui cherche précisément une image équilibrée et complète selon les témoignages aussi impartiaux que possible et, surtout, d’après les témoignages des Cathares eux-mêmes. Nous, possédons, en effet, pour pouvoir juger les opinions et la foi des Cathares Occitans, leur Rituel qui leur servit de liturgie et de livre de prières. Toute affirmation des registres de l’Inquisi tion devrait de ce fait être utilisée avec une extrême circonspection, alors que bien plus de poids devrait être attaché au document de Lyon. Car, selon ce manuscrit, le Catharisme était ni gnostique, ni manichéen. Il n’était en fait jamais question d’une adoration des Anciens.

Cela ne veut pas encore dire que nous devons mettre à la poubelle tous les livres écrits sur les Cathares entre 1848 et 1986. Cela serait vider l’enfant avec le bain. Car si l’Inquisition et ses documents ont décrit les Cathares avec des préjugés monumentaux, ils n’ont pas tout inventé de toute pièce. Il y a des éléments qui sont vrais. Ils sont seulement vus par le mauvais bout de la lunette.

Notre travail d’historien moderne doit en fait consister à délimiter d’abord quelles sont les sources directes qui nous permettent de savoir quel était le message vrai des Cathares, selon leurs propres documents. Notre tâche sera en effet de soumettre les textes cathares à un examen minutieux, pour y chercher le centre vrai et les racines profondes du Catharisme occitan. Cela nous permettra de rectifier le tir, de pouvoir analyser les critères selon lesquels les Cathares essayaient de se faire juger eux-mêmes.

Une telle étude sera pleine de surprises. Elle nous montrera les Cathares sous un angle nouveau. Non pas comme des Manichéens à tout crin, des crypto-gnostiques ou des farfelus en tout genre. Nous découvrirons en eux en fait des Evangéliques fondamentalistes, des Montanistes épris de l’Esprit Saint, des Puritains hantés par l’idée de la pureté morale, des hommes et des femmes imbus d’un idéal de la vie chrétienne.

La Mise au tombeau 1ère partie

  Crypte de l'Église Saint Jean-Baptiste de Chaource - XVIe siècle La Mise au tombeau se situe à la fin de la Passion du Christ et est r...