samedi 20 avril 2024

Eglise Saint Jean au Marché


L’église Saint-Jean est construite sur les ruines d’une autre ravagée par les Normands en 888. Son existence est attestée dès le VIIe siècle. Elle est placée sous le titre, de St-Jean-au-Marché, parce qu’elle se trouvait au centre du commerce troyen et les Foires du Moyen-âge se tenaient sous ses ailes. C’est pourquoi elle est la paroisse des forains.

En 878, lors d’un concile, le pape Jean VIII, couronne empereur et roi d’Aquitaine, Louis II le Bègue. Un vitrail du XVIe siècle l’atteste. C’est également au cours de ce siècle douloureux que l’église est pillée par les Normands.

En 1188, un violent incendie détruit une partie de l’église. Cette paroisse est restée longtemps la plus importante de Troyes, parmi les 9 autres églises intra-muros

Le 20 mai 1420,  Henri V Roi d’Angleterre, vient à Troyes pour se marier avec Catherine de France, fille de Charles VI (le roi fou) et d’Isabeau de Bavière. Ce mariage fait suite au « Traité de Troyes » signé à la cathédrale, cédant le royaume de France à Henri V. Henri V laisse à cette église la couronne de son mariage, et son manteau royal, brocart chargé d’aigles et de fleurs en or. Ce mariage scelle ce que l’on appelle "le honteux Traité de Troyes ", qui déshérite le dauphin Charles et livre la France aux Anglais.

Marguerite Bourgeoys qui a fondé Montréal est baptisée dans cette église le 17 avril 1620. Cette jeune femme décide de quitter la ville et sa famille en 1653 pour se rendre à Ville-Marie en Nouvelle-France et y fonde Montréal. Jean-Paul II la canonise en 1982. Une plaque commémorative est apposée à l’entrée du porche. Marguerite Bourgeois est régulièrement mise à l’Honneur grâce à la congrégation Notre-Dame de Montréal.


Plaque gravée à l'entrée de l'édifice

L’église actuelle date du XIIIe siècle, la tour du XIIe, étant la seule partie des constructions antérieures. C’est la plus vaste église, après la cathédrale et témoigne ainsi de son importance et de sa puissance à une époque où les marchands viennent du monde entier durant les foires de Champagne, nécessitant dès le XIIe s. des constructions que l’on nomme ‘logettes » aux abords du lieu de culte. Il y a une foire chaude à la St Jean (juillet-août) et une foire froide à la Saint Rémi (octobre-novembre) qui atteignent leur apogée au XIIIe siècle.

La nef est dominée par la tour de l’horloge, espèce de minaret, et par le toit obtus à 4 pans d’un massif clocher. La longueur de l’édifice est de 77 mètres, la hauteur du porche de 8 mètres sur 3, celle de la voûte du chœur, de 21 mètres. En 1392, 4 autels sont établis.

 Le chantier de l’église a progressé d’est en ouest, selon l’usage le plus répandu. Dès le XIVe s, le grand clocher et les portails latéraux de la nef sont érigés. A la fin du XVe et au cours du XVIe, les baies hautes de la nef sont élevées. La ville de Troyes connait un nouvel âge d’or à cette période. Elle compte parmi les villes les plus importantes du royaume et accueille six foires en 1521. La population atteint 30 000 habitants au milieu du XVIe siècle. Cela favorise les chantiers des églises. Les marguilliers avaient acquis des maisons au chevet de l’église dans le but de reconstruire un chœur plus vaste.  Ainsi, la fabrique décide d’élever un chœur avec déambulatoire et chapelles rayonnantes. Ce dernier est réalisé en beau calcaire du Tonnerrois, contrairement au reste de l’édifice, en craie. Martin de Vaulx, maître maçon d’origine picarde, en dessine le plan. Ce dernier, soumis à Martin Chambiges, est approuvé en 1519.

vendredi 19 avril 2024

Eglise saint Pantaléon

 

L’Eglise Saint Pantaléon

L’existence d’une église à cet endroit est mentionnées dès 1189 ; on croit qu’elle aurait été érigée à la place d’une synagogue détruite sous Philippe auguste (d’où le nom de la rue qui borde l’église au nord,  rue de la Synagogue). 

Elle ne fut d'abord construite qu'en bois, avec moins d'étendue qu'aujourd'hui. La place qu'elle occupait faisait partie de l'hôtel de Vauluisant, qui devint de Mesgrigny, ou au moins en dépendait, puisque les religieux y percevaient une rente. 

A partir de 1482, pour entrer dans la corporation des bourreliers, un chef-d’œuvre est exigé (il se compose d’un travail exécuté avec 1 ou 2 peaux de vache tannées). Il est soumis à justice. Le droit d’entrée est fixé à 60 sous, destinés à l’entretien de 4 gros cierges de la confrérie qui s’est toujours fait à Saint-Pantaléon, le jour du Saint-Sacrement. 

Une partie est prise sur l'hôtel de Vauluisant qui leur appartenait, et dont la clôture fut retirée de quelques toises. On prit 15 pieds à la ruelle du Midi, appelée place du Marché aux noix. La rue des Ursulines fut redressée et ouverte pour la commodité des paroissiens. Les Molé et Jean Dorigny achètent également l'emplacement d'un jeu de boules, et le maçon en a conservé le souvenir en sculptant sur les murs de l'église quelques boules de pierre. Aujourd'hui, on en voit en effet encore un dans la petite rue du Marché-aux-Noix. Le vaisseau est alors agrandi du côté du portail. En effet l’église était devenue trop petite. Les familles Claude Molé et Dorigny font construire chacune une chapelle (Saint-Jacques pour les Dorigny). 

Un orage de grêle cause en 1644 de nombreux dégâts sur le portail et son porche qui est alors reconstruit. 

En 1719, Monseigneur Bossuet, évêque de Troyes, érige cette paroisse en cure.  M. Lefebvre, alors curé de Saint-Jean, s'y oppose. Mais le prélat termine l'affaire par une sentence où il fut mis que le curé de Saint-Jean serait regardé comme curé primitif de Saint-Pantaléon, pourrait y officier le jour de la fête patronale, et recevoir 10 francs avec la moitié des offrandes. Ce n’est qu’en 1745 que la construction est terminée. 

En 1780, un frère de Jean-Baptiste de la Salle ouvre une école à Saint-Pantaléon. En 1791, Augustin Sibille, curé de Saint-Pantaléon depuis 40 ans, troyen, est élu évêque constitutionnel du département.En 1795, avec la loi sur la liberté des cultes, c’est la réouverture de l’église.

Dès 1862, elle est classée au titre des Monuments Historiques. Lors de la loi de la séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, pour l’inventaire des biens de Saint-Pantaléon, l’inspecteur des Domaines, après la protestation du curé et sur l’invitation de quelques paroissiens, a « l’intelligence de se retirer paisiblement », évitant ainsi les manifestations brutales de Saint-Urbain.

A la Révolution, l’église collégiale Saint-Etienne est dépouillée de son mobilier, de ses statues et tableaux, et est démolie en 1789. 

Par bonheur ont survécu à ce désastre les statues de la Foi et de la Charité de Dominique Florentin (1550-1551), qui sont transportées à Saint-Pantaléon. Il y a une remarquable statue de Sainte-Barbe (1530), située sur le deuxième pilier sud de la nef. Les détails de son costume et de sa coiffure, caractéristiques de l'époque de François 1er, en font un des bijoux de la statuaire du Beau XVIe siècle.

 Le trésor de cette église possède un reliquaire de bois enrichi de plusieurs ornements, où est la tête de saint Victoric, martyr, qu'Antoine Barolet, bourgeois de Troyes, a rapporté de Rome, et qui fut embelli par les religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains. On y voit aussi un os du bras de saint Pantaléon, dans un reliquaire de la façon du célèbre Papillon qui a fait le chef de saint Loup, et un reliquaire très estimé, qui renferme des reliques de saint Sébastien. 

jeudi 18 avril 2024

Hôtel de Vauluisant

 

L’Hôtel de Vauluisant

 

Il occupe l’emplacement d’un couvent appartenant à l’abbaye cistercienne Notre Dame de Vauluisant (Valée Luisante), dans le diocèse de Sens. Les religieuses de cette abbaye s’installèrent à Troyes dès le XIIe siècle pour se rapprocher des Comtes de Champagne, leurs bienfaiteurs. L’incendie de 1524 consuma la maison en grande partie.

L’hôtel actuel comporte deux périodes bien distinctes :

- un pavillon à tourelles construit dès 1559 par Antoine Hennequin, receveur de tailles

- un corps de bâtiment en retour d’équerre élevé au XVIIe siècle par la famille de Mesgrigny qui le prolongea par des communs et ferma la cour ainsi formée, par un portail monumental.

Le pavillon central est flanqué de deux tours d’inégales grosseurs : celle de gauche, la plus grosse, renferme l’escalier qui dessert les étages ; celle de droite abrite des oratoires ; toutes deux sont terminées par un épi de faitage en plomb décoré de la lune et du soleil.

La façade de ce pavillon est composée d’un rez-de-chaussée élevé sur une cave voûtée et d’un premier étage surmonté d’une lucarne triangulaire. Un escalier en fer à cheval à double évolution, d’époque Louis XVI, permet d’accéder à l’entrée de l’hôtel, qui est surmonté des armes de la famille de Mesgrigny et d’un fronton triangulaire. Elle est encadrée de part et d’autre d’une fenestrelle et d’une croisée. Le premier étage est percé de quatre baies, dont deux jumelles au centre ; dessous chacune d’elles est un cartouche encadré de cuirs enroulées ; au-dessus, un entablement décoré de quatre frontons triangulaires alternés de vases déchiquetés et fleuris. Ce décor typiquement Renaissance contraste avec la sobriété toute classique du corps de logis du XVIIe siècle qui prolonge le pavillon du sud.

A l’intérieur, le rez-de-chaussée comporte en particulier une grande salle de neuf mètres sur sept. Son principal ornement est une monumentale et splendide cheminée composée de deux colonnes corinthiennes supportant un riche entablement qui s’élève jusqu’au plafond.


Cheminée de l’annonciation

Première moitié du 16e siècle, vers 1520-30

Pierre anciennement polychromée (H 3,70m – L 2,58m)

Provient d’une maison, angle rues Turenne et de la synagogue, Troyes. Dissimulée derrière une cloison jusqu’en 1910, découverte lors d’une restauration, remontée dans une autre maison, léguée ensuite au musée.

La partie inférieur de cette cheminée monumentale, très sobre, dirige toute l’attention du spectateur vers la scène représentée au registre supérieur (ou « manteau ») : l’annonciation. Dans cette scène du Nouveau Testament, l’Ange vient annoncer à la Vierge Marie qu’elle porte en elle le futur Messie.

L’évènement se déroule sur trois compartiments. A gauche, la Vierge porte la main à son cœur à l’annonce de la nouvelles. A droite, l’Ange tend les bras vers la vierge en prononçant les paroles dont les mots devaient être peints sur le phylactère qui s’envole de sa bouche. Au-dessus de Marie s’échappe un même phylactère porteur de sa réponse. Au centre, se tient un vase de fleurs de lys, symbole de la virginité de Marie.

Les personnages sont encore d’inspiration traditionnelle gothique, mais le décor relève du répertoire de la Renaissance : coquille, pilastres avec médaillons, têtes d’angelots.

Dans l’angle gauche, en bas du manteau, figure le blason de la famille Molé : dans l’angle droit, deux belles figures d’angelots.

La façade de cheminé date du 17e siècle. Elle porte deux blasons armoriés surmontés d’initiales enlacées et d’une couronne de marquis. Le blason de gauche, tenu par deux licornes, porte les armes d’Edouard Colbert, marquis de Villacerf (Aube), surintendant général des Bâtiments du Roi (Louis XVI), mort en 1699. Le blason de droite orné d’un chevron, de roses et d’une croix, entouré de branches d’olivier, est celui de son épouse Marie-Geneviève Larcher. (Provient de la ferme de Tibergeon, près de Lusigny. Don Salietti 1893).

Don de Mme Pierre Salet en 1959, Inv.59.1


détail

Le Conservateur du Musée de Cluny à Paris a dit de cette cheminée :

«  Il s’agit là d’une des plus belles cheminées que je connaisse : les deux personnages de l’Annonciation qui se profilent derrière un jeu de pilastres sont une de ces inventions exquises dont s’enchantent les amateurs d’art... Cette œuvre manifeste avec éclat le talent des imagiers troyens de XVIe siècle... ».

L’impératrice Marie-Louise et son fils, le petit roi de Rome, quittant la France pour l’Autriche, passèrent la nuit du 26 au 27 avril 1814 dans cette demeure.


L’on y trouve également la Mise au tombeau de l'abbaye Montier-la-Celle à St André-les-Vergers (10) 

 Claude Bornot (vers 1480-1545)  la grande Mise au Tombeau de 1534 de l’ancienne abbaye de Montier-la-Celle, où les détails des vêtements, nœuds raffinés et plis « mouillés », les expressions des visages aux sourcils froncés expriment les émotions dans un style tout différent. Et l’auteur, anonyme, des deux Sibylles énigmatiques (les autres du même ensemble se trouvent aux musées du Louvre et d’Écouen), aux postures savantes et vêtements recherchés, finement ciselées dans la pierre calcaire de la région.

Le Christ instituant l’Eucharistie

Entourage du Maître de Chaource

Première moitié du XVIe, vers 1520-1530

 

Le Christ debout derrière un Autel, fait face au fidèle. De sa main gauche il tient au-dessus d’un calice une hostie disparue. Sa main droite esquisse un geste de bénédiction.

Est ici représenté l’instant de la première Eucharistie, issue de la Cène, dernier repas de jésus avec ses apôtres.

Son visage présente les caractéristiques de ceux des personnages sculptés par le Maître de Chaource : nez droit, à méplat, arcades sourcilières rectilignes.

Le Christ instituant l’Eucharistie est un sujet rarement représenté en sculpture, mais plutôt sur des panneaux peints.

 

mercredi 17 avril 2024

L'écrivain Pierre de Larivey

 

L’écrivain Pierre de Larivey (le père)

 

En 1430, il y a à Troyes, une rue devant le Pilori (c‘était le pilori du prévôt). A la même époque, on l’appelle aussi de la Tête Noire, car il s’y trouve un logis de ce nom, puis rue de l’Ecritoire, rue de la tête Noire, rue du Papegay (oiseau ou perroquet servant de cible aux arbalétriers). Ensuite, du XVIe au XIXe siècle, elle s’appela rue de la Limace (enseigne représentant un escargot)). Après délibération du Conseil municipal du 26 novembre 1875, un arrêté du maire du 8 avril 1876, donne à la rue de la Limace, le nom de rue de Larivey.

 C’est dans le domaine de la littéraire, une des principales illustrations de la ville que nous trouvons notre Pierre de Larivey. Son nom est peu connu, pourtant il n’est pas réservé aux chercheurs universitaires puisqu’il est joué encore de temps en temps, (en 1953 au Festival d’Angers dans une adaptation d’Albert Camus, puis à Paris plus récemment).

 Il  nait vers 1541 à Troyes. Il serait le fils d’un italien Giunto (en français l’arrivé), florentin venu à Troyes, soit pour y suivre, à l’exemple de plusieurs de ses compatriotes, des affaires de commerce ou de banque.

Auteur dramatique, poète comique, traducteur, il est d’abord prêtre et scribe. Il publie en 1572 Les facétieuses nuits du seigneur Staparole (traduit de l’Italien), plusieurs fois réimprimé.

En 1577, deux livres de la Filosofie fabuleuse: le premier Prins des discours de M. Ange Firenzwola, florentin... le second Extraict des traictez de Sandebar, indien.

En 1579, il aborde le théâtre avec 6 comédies facétieuses, à l’imitation des anciens grecs, Latins et modernes italiens: le Laquais, les Esprits, les Jaloux, la Veuve, le Morfondu et les Escolliers.

Ces pièces obtiennent un énorme succès à Paris, et sont plusieurs fois réimprimées.

En 1581, il écrit pour le théâtre de nombreuses comédies, elles aussi rééditées. " Elles exercent sur notre théâtre une influence si considérable, que l’incomparable Molière ne rougit point de leur faire de nombreux emprunts ", comme le remarque M. de Saint-Marc Girardin, dans son discours de poésie française.

En effet, on dit de lui qu’il est le précurseur de Molière dont le personnage d’Harpagon est tiré de son œuvre.

Il est nommé chanoine du Chapitre de la Collégiale de Saint Etienne de Troyes, le 21 février 1587.

Dès le 1er juillet 1599, et jusqu’au 10 juillet 1607, il tient le registre des délibérations et conclusions capitulaires de l’église de Saint-Etienne, et malgré cela, n’en écrit pas moins de 871 feuillets.

 C’est un auteur comique fécond. Il comprend de bonne heure que la comédie doit être la peinture des mœurs réelles et que son but doit être de corriger par le ridicule.

En 1604, il écrit (traduit de l’italien) Les trois livres de l’humanité de Jésus-Christ, et en 1611 sont imprimées trois pièces: la Constance, le Fidelle et les Tromperies.

En 1608, il écrit Les veilles de Barthélemy Arnigio.

Guillaume Chasble appelle Larivey  " l’honneur de la Champagne ".

Il avait d’immenses connaissances et reçut les louanges de beaucoup d’écrivains et de personnes distinguées.

Ce qui fait sa gloire, ce sont ses comédies, les premières pièces régulières que la France ait eues, dans lesquelles il mit sur la scène française les caractères, les intrigues et les travaux de mœurs de la comédie italienne. Il eut le mérite d’avoir attiré l’attention des auteurs dramatiques contemporains sur le théâtre italien et que ses comédies exercèrent une influence considérable sur notre théâtre.

Pierre de Larivey sait de bonne heure, s’attirer les faveurs de personnages recommandables, car nous le voyons dédier ses ouvrages au vicomte de Paulmy seigneur d‘Argensob, à monseigneur de Luxembourg, duc de Piney, à Jean Vilevailt, procureur au parlement de Paris, à Louis Largentier, bailli de Troyes, et à M. de Pardessus, conseiller du roi.

Pierre de Larivey décède à Troyes le mardi 12 février 1619, ayant demandé à être enterré dans l‘église Saint-Étienne. Le service célébré pour son enterrement ne coûta que 5 sous 8 deniers, la messe du lendemain 4 sous et le service du bout du mois, la même somme.

collégiale st Etienne au XVIIe siècle 

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Hôtel Jean de Mauroy


Hôtel Jean de Mauroy

Anciennement Hôtel de l’Aigle, puis Hôpital de la Trinité



 Aujourd’hui Maison de l’Outil et de la Pensée Ouvrière, l’histoire de cet hôtel remonte en 1409.

Le premier propriétaire connu est Pierre Dauvet, seigneur des Marest. Nous en avons connaissance par un acte de vente de la maison voisine ayant appartenue à Guiot le Peley, changeur (banquier). Ce dernier sera Maître particulier de la Monnaie de Troyes en 1422 durant l’occupation anglo-bourguignone.

Un deuxième acte du 23 juillet 1485, indique que la propriété est aux héritiers de Jean Pavye, seigneur de Villechértif. Détruit par le grand incendie de 1524, l’Hôtel de l’Aigle est reconstruit sur deux périodes.

Antoine Hennequin, Receveur du roi, déjà propriétaire d’une partie de l’Hôtel de Vauluisant, réalise une première tranche de travaux du nouvel hôtel – où pend l’enseigne de l’Aigle – qu’il « loue » en 1551 à Claude Berthier, marchand épicier.

Jean de Mauroy, Contrôleur des aides et tailles du royaume, Capitaine des Arquebusiers et son épouse Loyse de Pleurre, acquièrent cette maison de Claude Berthier en 1556. Ils vont poursuivre les travaux avec la construction de la grande galerie italienne ; cette architecture renaissance dont l’aspect n’a pas été modifié est sans équivalence à Troyes. Elle peut sans doute avoir été marquée par l’influence de Dominique le Florentin et celle de l’école de Fontainebleau. Le rez-de-chaussée est en maçonnerie, avec alternance de briques et de carreaux de craies, appelés damier champenois. Il y a un péristyle composé de six colonnes composites d’inspiration corinthienne, ornées de lierre. L’étage est revêtu en bardeaux de châtaignier. Le mur de façade est composé de pierres crayeuses et de briques en damier champenois. Dans la cour, l’étage supérieur est composé de châssis recouverts de tuiles de chêne, et il y a une tour hexagonale. C’est une demeure princière. La maison très spacieuse comprend des appartements luxueusement meublés, une chapelle surmontée d’un clocher, et aussi des locaux pour le commerce. Les appartements sont décorés de tapisseries, de tableaux peints à l’huile, de gravures, de statues. Enfin, une petite bibliothèque montre assez nettement l’orientation prise par les époux aux luttes religieuses de l’époque. Jean Mauroy avait été un temps proche de la religion réformée. Ce sont des humanistes protecteurs des artistes. Loyse de Pleurre dans son testament « laisse à Louis que j’ai fait apprendre à peindre la somme de six écus deux tiers ».

Sans enfant, Jean de Mauroy et son épouse s’intéressent également à l’enfance abandonnée. Ils pratiquent la charité et lèguent l’Hôtel de l’Aigle pour en faire « un collège de jeunes enfants pauvres tant fils que filles sur le modèle du collège des enfants de la Trinité de Paris, afin qu’ils soient instruits ès lettres. Ils apprendront un métier ». Les enfants entrèrent le jour de la Pentecôte 1582 pour recevoir une éducation professionnelle. Cet apprentissage dura jusqu’à la Révolution. Au début, ils étaient occupés nous dit Jeans Darbot, principalement à la filature du rouet.

Plus tard, après 1746, date à laquelle une manufacture de métiers à tricot est installée dans la grande galerie, les enfants reçoivent un apprentissage adapté à la mécanisation de la fabrication du tricot et des bas.

Entre-temps, en 1630, des lettres patentes de Louis XIII avaient prescrit la réunion des hôpitaux, dont celui de la Trinité. Une seule administration va, à partir de cette période assumer la gestion de l’œuvre de Jean Mauroy. Puis, en 1670 l’hôpital de la Trinité reçoit une affectation supplémentaire. Par ordonnance des « Maire et Echevins », juges de police des manufactures de la ville de Troyes, il est prescrit que tous les maitres façonniers et ouvriers doivent porter les étoffes qu’ils auront fabriquées en la halle des drapiers-drapants, rue de la Limace (Larivey). Il s’agit de L’Hôpital de la Trinité.

mardi 16 avril 2024

l'Hôtel de Chapelaines

 

L’Hôtel de Chapelaines

 

dessin de 1889

Avant la construction de ce bâtiment, le terrain est occupé depuis le XIIIe siècle par des bouchers, des teinturiers et des drapiers et appartient pour partie à l'abbaye de Clairvaux, et pour partie à l'abbaye Notre-Dame des Prés.

Il est limité à l’est par le Grand-Ru de la Seine, à l’ouest par la rue de Croncels, et au nord par une maison qui faisait partie d’un hôtel dit du Château, maison devenue Hôtel de Noël. Il semble qu'il y ait eu à cet emplacement un bâtiment dit « maison de Clairvaux » dès la fin du XIIe siècle, situé sur le côté Est de la rue de Croncels - voie menant vers le bourg de Croncels à l'extérieur des murs de la ville. La porte de Croncels (une des portes de la ville) se trouvait à une centaine de mètres au sud du futur hôtel.

En 1470, l'abbaye de Clairvaux loue par bail emphytéotique les terrains lui appartenant à Pierre Largentier, teinturier de draps faisant partie de la noblesse marchande, et à sa femme Gilette Festuot. Trois ans après, en 1473, Pierre Largentier et sa femme prennent également à bail emphytéotique de l'abbaye de Notre-Dame des Prés un terrain avec un jardin et une maison dont la façade donnait sur la rue du Gros-Raisin. La location de ces biens passe en 1487 au fils du couple, Nicolas Largentier (II), également teinturier de draps, et à sa femme Babelette (Élisabeth) Le Tartier.

Survient le grand incendie de Troyes en 1524, à la suite de quoi les baux consentis par les deux abbayes sont convertis en une vente à titre perpétuel. Nicolas Largentier (II) fait alors construire l'hôtel en pierre au n° 9 de la rue Turenne.

En 1535 cet hôtel est appelé « Grand hôtel de Clairvaux » et son propriétaire est Nicolas Largentiern, petit-fils du précédent et époux de Simonette Maillet. Il prend vis-à-vis de l'abbaye de Clairvaux l'engagement de parachever les travaux, « si parachevez ne sont ». Le gros œuvre est vraisemblablement terminé l'année suivante, 1536.


A la mort de Nicolas Largentier (V) et de sa femme, la propriété passe à l'un de leurs enfants, Nicolas Largentier (VI) (†1610) et sa femme Marie Le Mairat (†1628). C'est l'époque des guerres de religion, et il quitte femme, commerce et maison pour se mettre au service du roi Henri IV en combattant la Ligue.

Pendant son absence, la maison est pillée en 1586 par les corps de métiers ameutés contre les commissaires chargés de lever un impôt sur les métiers ; mais après la fin des hostilités, le roi le dédommage avec un don de 20 000 livres en assignations. Il devient seigneur de Vaucemin, baron de Chapelaines, seigneur de Vassimont et Haussimont, de Vaurefroy, de Lenharée en partie, de Vauchassis et Thennelières en partie, etc., vicomte de Neufchâtel-sur-Aisne, seigneur de Ternon et de Léguillon. Il devient seul adjudicataire des fermes de France et s'en enrichit considérablement.

Il achète en 1597 de Catherine de Clèves, duchesse de Guise, la terre de Chapelaines à Vassimont dans la Marne, et y fait construire un vaste château. A cette époque, la maison de la rue de Turenne prend le nom de Chapelaines.

À la mort de Marie Le Mairat en 1628, l'hôtel passe à l'un de leurs fils, Louis Largentier (1581-1639), qui dissipe toute sa fortune dans des recherches d'alchimie - y compris de faire exploser le château de Chapelaine.

Le roi Louis XIII, en chemin vers le Dauphiné pour y secourir le duc Charles Ier de Mantoue (guerre de succession de Mantoue), y est reçu le 23 janvier 1629 par Louis Largentier et sa femme Marguerite d'Aloigny. Il y reste jusqu'au 26 janvier. Son choix de logis est un choix politique : Louis Largentier est son bailli et le roi réaffirme ainsi la préséance de son officier sur les autres corps de la ville.

Monnaies, Banquiers, Foires de Champagne...

  Monnaie frappée à Troyes  

Les troyens Banquiers de France   

Foires de Champagne

Tout d’abord, pour ceux qui l’ignoreraient, je rappellerai que le plus important dépôt monétaire de l’empire romain d’occident mis à jour dans le monde, est le trésor monétaire de la villa gallo-romaine de Chaillouet, découvert à Troyes en 1995, lors de fouilles : une amphore remplie de 186.200 pièces de monnaie : 102 kilos de pièces de cuivre de type Antoniniami, de 11 à 19 m/m de diamètre et de 0.3 à 2 m/m d’épaisseur, à l’état de conservation excellent et degré d’usure limité.

[Trésor de Chaillouet

Les fouilles archéologiques préventives menées à Troyes sur le site des anciens abattoirs municipaux ont mis au jour, en 1994, dans les ruines de la domus dite de Chaillouet, un dépôt monétaire d’environ 186 000 monnaies gallo-romaines en bronze contenues dans une amphore. Par le nombre de pièces, c’est le trésor le plus important trouvé jusqu’à aujourd’hui.

Il est composé de petites pièces en bronze datant de la seconde moitié du 3e siècle après J.C. Ces monnaies sont pour la plupart des imitations de la monnaie officielle de l’époque (antoninien), frappées à l’effigie de l’empereur gaulois et usurpateur, Tétricus 1er. En quelque sorte une fausse-monnaie « officielle ». 186 000 pièces ! De quoi payer toute une armée. C’est d’ailleurs une des hypothèses qui est retenue : une banque mobile destinée à payer les légions romaines et située en retrait des zones de conflits telle la bataille de Châlons-en-Champagne opposant l’empereur légitime, Aurélien, au dissident Tétricus. L’amphore, remplie de pièces, a été ensevelie volontairement lors de ces troubles qui poussent à cacher les biens les plus précieux dans le sol. Pourquoi celui-ci n’a-t-il pas été récupéré par ses propriétaires une fois le danger écarté ? Ont-ils disparu en emportant le secret dans leur tombe ? Les constructions successives n’ont pas dérangé la cachette. Même au 19e siècle lors de la construction des abattoirs, les fondations n’ont pas atteint l’amphore. Ce n’est qu’en 1994, lors de la démolition de ces abattoirs, que le trésor sortit de l’oubli où il était tombé.]  (source Musée saint Loup- Troyes)

Trésor de Chaillouet - Musée st Loup - Troyes (Aube)

 Peu de lieux ont fourni une nomenclature aussi longue et aussi variée depuis Pline (1er siècle) jusqu’à nos jours, comme nom sur les monnaies mérovingiennes et carolingiennes appliqués à la ville de Troyes, au pays tricasse ou troyen. La liste est longue et variée : Tricas, Tiecas civitas, Trecens, Trecasi civi, Tricas civitate, Trecasse, Tricis…

Ces monnaies conservèrent le nom de « Triens », nom d’un poids romain et d’une monnaie romaine valant le tiers de l’as. On les appelait aussi « tiers de sou ». Le nombre des types des « Triens » d’or portant le nom de la ville de Troyes est très grand. La fabrication de la monnaie, pendant la période franque, se faisait surtout en or. On frappa aussi des deniers ou « saïgas » d’argent : Tricas Civi. Il y avait encore, aux temps mérovingiens, à Arcis, à Brienne, à Riceys, à Vendeuvre et à Virey-sous-Bar, des ateliers monétaires : Arciaca, Brienna, Riciago, Vindovera, Vriaco vico.

L’activité de la Monnaie de Troyes est restée ouverte pendant 18 siècles, dont 12 pour les rois, de l’époque mérovingienne (du Ve au VIIIe siècle) à la veille de la Révolution, en 1772.

La Mise au tombeau 1ère partie

  Crypte de l'Église Saint Jean-Baptiste de Chaource - XVIe siècle La Mise au tombeau se situe à la fin de la Passion du Christ et est r...