lundi 22 avril 2024

Basilique Saint Urbain IV

 

Basilique Saint Urbain

Merveille de l’architecture ogivale, la basilique Saint-Urbain est un pur joyau de l’art gothique, qui rivalise avec la Sainte Chapelle de Paris, à laquelle la comparent de nombreuses personnalités. Tous les amateurs d’art n’hésitent pas à la qualifier de " joyau d’architecture ", de " véritable châsse de pierre ciselée comme un reliquaire géant ", c’est " le Parthénon de la Champagne ".

Jacques Pantaléon est né en 1185 à Troyes (un des rares papes français). Fils d’un savetier troyen, il connaît une brillante carrière ecclésiastique. Archidiacre de Laon et de Liège, évêque de Verdun, il devient pape en 1261 sous le nom d’Urbain IV en hommage au pape martyr Urbain 1er (222-230). Créateur de la fête du Saint-Sacrement (Fête-Dieu), il réorganise le gouvernement de l’Église malgré son grand âge. Attaché à sa ville d’origine et soucieux de la valoriser, il fonde une collégiale composée d’un chapitre de douze chanoines à l’emplacement de sa maison natale. Il veut laisser à Troyes, une marque d’affection et de magnificence : bâtir en 1262 une somptueuse basilique, à l’emplacement de l’échoppe paternelle et aux frais du trésor romain. Il meurt 2 ans après, et les sommes qu’il envoyait à Troyes sont arrêtées. Heureusement, le Cardinal Ancher, son neveu, prend à cœur de ne pas laisser inachevée cette œuvre.

Une consécration est prévue le 25 mai 1266 car le chœur est achevé et les parties basses de l’édifice élevées. Cependant, l’abbesse de Notre-Dame-aux-Nonnains, Ode de Pougy, ne l’entend pas de cette manière et fait en sorte que le chantier soit saccagé par crainte de cet édifice situé sur son territoire et dépendant directement de la papauté. « Ainsi, elle fait envahir le chantier par une troupe qui arrache les portes, brise le maîtreautel, des colonnes, des chapiteaux et enlève le matériel des charpentiers. À peine de nouvelles portes sont-elles posées que la même troupe s’en revient les fracturer et les emporter ! Mais ce n’est pas tout. Quelques mois plus tard, un mystérieux incendie détruit une partie des murs, des voûtes et de la toiture de l’église. Enfin, le légat pontifical, venant bénir le nouveau cimetière en 1268, est accablé de coups, d’injures et se voit poursuivit dans les rues de Troyes. »

En conséquence, Ode de Pougy et ses complices sont excommuniés le 15 juillet 1268. Néanmoins la construction reprend vers 1267-1270. La partie haute du transept et ses deux porches sont alors édifiés. Seuls les bas-côtés de la dernière travée de la nef sont voûtés en 1286, date de la mort du cardinal Ancher.

La collégiale est consacrée en 1389, devant une foule considérable, et les reliques sont placées sur les 9 autels. Elle échappe miraculeusement à l’incendie qui ravage une partie de la ville en 1524, détruisant 3.000 maisons.

En 1565, 2 vols importants sont commis : 1 croix d’or, 2 d’argent et tous les reliquaires. Les coupables sont roués en place publique en 1574.

En 1761, la foudre tombe pour la 5ème fois sur le clocher. Les chanoines en réduisent la hauteur, en l’arrêtant au-dessus des cloches.

 La Révolution de 1789 en fait un magasin de blé, ce qui lui permet d’échapper à la rage de la destruction qui sévissait à cette époque. Un fonctionnaire municipal demande même au Conseil sa démolition, et celle des autres églises, sauf notre cathédrale ! Les 4 cloches, les cuivres du chœur, de la croix, du coq du clocher, sont fondus pour " sauver la patrie en danger " ! Les reliquaires contenant un bras de saint Urbain, la tête de saint Daniel et celle d’une des 11.000 vierges, une épine de la sainte couronne, la magnifique statue de cuivre de 4 pieds de haut de saint Urbain, datant du XIIIe siècle, sont détruits !

L’église devient paroissiale après la Révolution. A partir de 1850, la mairie démolit les maisons accolées à son abside. Paul Selmersheim, architecte diocésain, achève la nef de 1893 à 1905 après restauration du chœur et du transept de 1876 à 1886. Les maisons alentours sont, jusqu’alors, adossées aux murs de l’édifice. La flèche en bois, auparavant située sur la croisée et démontée en 1761, n’est pas restituée. L’église, classée au titre des monuments historiques en 1840, accueille en son chœur la dépouille d’Urbain IV en  1901 et devient basilique mineure en 1964 à la demande de l’évêque de Troyes, Monseigneur Julien Le Couëdic.

Le 20 février 1906, 200 fidèles et des personnalités troyennes opposés à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat occupent Saint-Urbain et résistent pendant des heures aux forces de police et militaires qui, sur ordre du maire Louis Mony (franc-maçon, tour à tour clérical, bonapartiste, conservateur, républicain modéré, radical et alors radical-socialiste), et conduites par le préfet Marais, sont venues faire l’inventaire des biens immobiliers et mobiliers de la paroisse. Ils sont finalement délogés, les portes de la collégiale défoncées à coups de hache par les pompiers. La police emprisonne des catholiques.



La basilique Saint-Urbain est un joyau de l’art gothique rayonnant se distinguant par son homogénéité et sa symétrie. Le visiteur peut appréhender l’ingéniosité des bâtisseurs de l’époque médiévale en admirant les nombreux gâbles et arcs-boutants d’une extrême finesse, véritable squelette de pierre permettant de répartir les forces des voûtes et ainsi de stabiliser l’édifice.

Une autre surprise réside dans les porches du transept maintenus par des « échafaudages » de pierre.

Quant au porche de la façade (à l’ouest), il comprend trois portails datés du 13e siècle dont le principal orné d’un tympan, en haut-relief représentant le Jugement dernier à la manière d’un vitrail. Ce même thème est traité différemment, en peinture, au revers de la façade à l’intérieur de l’édifice.


en haut : Christ en Majesté - juste en dessous : les douze apôtres
au registe intermédiaire : à gauche la Vierge - à droite saint jean
au registre inférieur : de gauche à droite :
Abraham, le Paradis, les Démons, l'Enfant


Les gargouilles de la basilique Saint-Urbain constituent une autre curiosité qui intrigue souvent le visiteur. En effet, elles révèlent des épisodes de la vie au Moyen Âge ou des scènes historiques et sont, à l’image des vitraux, des témoins du passé. A noter cinquante célèbres gargouilles, qui sont très pittoresques

La statuaire est aussi d’une grande richesse artistique. La Vierge au raisin, chef-d'œuvre de l’École Troyenne, a été choisie par la Mairie de Troyes comme médaille officielle.

 Les restes de notre illustre Pape reposent depuis 1935, dans le chœur de l’église. A l’occasion du VIIe centenaire de sa mort, en 1964, Paul VI érige l’église Saint-Urbain en Basilique.

BAS-RELIEF REPRÉSENTANT URBAIN IV DEVANT LE CHRIST


Ce bas-relief en pierre polychrome, daté de 1936, est l’œuvre d’Henry Charlier, artiste troyen. Depuis 1935, il recouvre l’espace dans lequel repose la dépouille d’Urbain IV. On peut y apercevoir le Christ au centre portant un ostensoir (symbole du SaintSacrement). Urbain IV se trouve à droite tandis que sainte Julienne est à gauche, à genoux, en prière.

Cette collégiale est dédiée au 17ème  pape martyr, Urbain 1er, pontife de 222 à 230, enterré au cimetière de Calliste, sur la Via Appia à Rome, fêté le 19 Mai (ou le 25 Mai dans certains diocèses de France).

La basilique Saint-Urbain est souvent comparée à la Sainte-Chapelle de Paris (érigée au 13e siècle) en raison de son plan et des vitraux du chœur occupant toute la surface disponible en hauteur et en largeur, donnant ainsi un élan vertical à l’édifice. On note l’absence de déambulatoire puisque les chapelles ne communiquent pas entre-elles. On remarque une coursière devant les fenêtres basses de l’abside qui paraît former devant elles un écran ajouré particulièrement élégant. Il s’agit là d’une autre particularité de la basilique Saint-Urbain.

LES VITRAUX

Certainement posés vers 1270, les vitraux du chœur s’intègrent merveilleusement à l’architecture et se distinguent par la clarté de leur composition en grisaille car leur fonction est de faire entrer abondamment la lumière pour éclairer l’église et mettre en valeur ses formes et ses volumes. Ces vitraux comportent des panneaux colorés représentant des personnages de profil dans les baies hautes, entourés d’une bordure héraldique sur laquelle on peut reconnaître les armes de France, de Navarre, de Troyes, du pape Urbain IV et du chapitre collégial. Nous ignorons leurs auteurs car les vitraux sont souvent anonymes entre le 12e et le 17e siècle.

PAVILLON (OU OMBRELLINO PONTIFICAL)

Insigne caractérisant une basilique. Sorte de parapluie à demi-ouvert, dont l’armature en bois est recouverte de bandes de soie alternativement rouges et jaunes, couleurs du gouvernement pontifical. Le pavillon est à moitié ouvert lorsqu’il s’agit d’une basilique mineure et totalement déployé pour les basiliques majeures.


Le choeur et ses baies de lumière du XIIIe - à gauche l'Ombelle


la Crucifixion XIIIe


VITRAIL DE LA VISITATION

Ce vitrail fait partie d’un ensemble de panneaux historiés relatant des épisodes du Nouveau Testament. Il s’agit ici de la Visitation, d’après l’Évangile selon saint Luc. Marie, enceinte du Christ, rend visite à sa cousine Élisabeth, enceinte de Jean-Baptiste. La représentation de la scène, sous forme de médaillon, est caractéristique du 13e siècle.

la Visitation et la Nativité


VERRIÈRE DES PATRIARCHES

Cette verrière est animée par de grands personnages, prophètes et figures bibliques sur fond bleu ou rouge. Tout comme les figures des vitraux du 13e siècle, celles-ci sont particulièrement expressives. Les bordures héraldiques très colorées sont larges, ce qui est extrêmement rare au 13e siècle car on a plutôt tendance à réduire les dimensions de l’encadrement. On peut y apercevoir Abraham, Zacharie, Isaïe..

 Joël, Noé, Abraham

Lévi, Cham et Samuel


Les verrières de la nef représentent vingt-quatre saints et saintes de la région troyenne témoignant du sentiment des aubois à l’égard de la religion et de leur patrimoine à la fin du 19e siècle. Ainsi, ces vitraux furent majoritairement financés par des habitants de la paroisse.


 ÉPISODES DE LA VIE D’URBAIN IV

Situés dans les bas-côtés nord de la nef, seize panneaux, restaurés par Didron (peintre-verrier) en 1897, représentent des épisodes de la vie d’Urbain IV et de son neveu, le cardinal Ancher. Parmi ceux-ci, citons Jacques Pantaléon à la maîtrise de la cathédrale, Jacques de Troyes prêchant, l’échoppe paternelle, le baptême de Jacques Pantaléon, sa première communion, le cardinal Ancher et Urbain IV…

Vitrail de la façade (Didron, 1901)

De gauche à droite : Saint Valérien, saint Louis, saint Urbain Ier, Urbain IV, saint Thomas d'Aquin, sainte Cécile



STATUAIRE 

VIERGE AUX RAISINS, (classée MH en 1894)

Cette œuvre, autrefois polychrome, représente Marie portant Jésus, debout sur un croissant de lune symbolisant l’Immaculée Conception. Posé sur la main de Marie, un oiseau, apparenté à la colombe du Saint-Esprit, picore du raisin en référence à l’épisode de la Passion. Il est aussi fait allusion à l’Incarnation lorsque Marie tient le pied gauche de son fils. On remarque de nombreux éléments caractéristiques de la statuaire champenoise des années 1520 : traits du visage, longue chevelure dénouée, simplicité du vêtement, robe couverte d’un manteau ramené « en tablier » et chaussures à bout carré dit « en gueule de vache ». La bordure du manteau est digne d’un travail d’orfèvre.

 Une estampe de Dürer (1516) a pu servir de modèle à ce groupe. L’Enfant bénit de la main droite, reliée à l’origine par un ruban à la patte de l’oiseau, lequel picore le pampre de vigne en référence à la Passion. La Vierge tient le pied gauche de son Fils, allusion à l’Incarnation. Les traits du visage et la longue chevelure dénouée sont caractéristiques de la statuaire champenoise des années 1520, ainsi que la simplicité du vêtement, une robe couverte d’un manteau ramené « en tablier » et des chaussures à bout carré dit « en gueule de vache ». Le drapé nerveux ménage des effets de lumière qui résonnent dans la bordure orfévrée du manteau. La disparition de la polychromie, grattée au XIXe siècle, ne permet pas une juste appréciation de l’œuvre. Cette statue provient du même atelier que la Sainte Agnès de Saint-Nicolas à Troyes et a dû servir de modèle pour les Vierge de Pougy et de Périgny-la-Rose.

 VIERGE ET SAINT JEAN

Ces deux sculptures, à la manière de Dominique Florentin, pourraient dater de la seconde moitié du « Beau XVIe siècle troyen » en raison de leur style et des plis amples et moelleux du drapé. Elles proviendraient de l’ancien couvent des cordeliers et auraient fait partie d’un Calvaire car destinées à être situées au pied du Christ sur la croix. On note la différence de mouvement entre les deux personnages : saint Jean semble très vivant tandis que la Vierge est accablée de douleur.

 



SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX

Saint Bernard de Clairvaux est souvent représenté dans les églises de la région troyenne car il s’agit d’une figure locale emblématique au 12e siècle. Théologien et auteur de nombreux ouvrages, il impose rapidement son autorité sur toute la chrétienté et fonde le monastère de Clairvaux. Il prêche la deuxième croisade sur la montagne de Vézelay en 1146. Vêtu de la robe blanche des cisterciens, saint Bernard porte, dans sa main droite, une petite église symbolisant le monastère de Clairvaux.

 


SAINT ROCH

Ce groupe de statues en pierre polychrome fait référence au miracle de saint Roch, pèlerin du 14esiècle, guéri de la peste, fléau de cette époque qui perdure au 16e siècle. Saint Roch est invoqué pour la protection des pestiférés, c’est la raison pour laquelle on le retrouve fréquemment dans l’iconographie locale. Ses attributs permettent de l’identifier : il porte la tenue caractéristique du pèlerin (chapeau, pèlerine, panetière et bourdon) ; il montre un bubon pesteux situé sur sa cuisse ; il est en compagnie de l’ange salvateur et du chien qui tient dans sa gueule le pain qu’il lui apporte quotidiennement durant sa maladie.

Saint Roch, l'ange et son chien tenant un pain - XVIe


Saint Odilon de Cluny - pierre polychrome et dorure - XIVe siècle



Sainte Barbe - calcaire polychorme XVIe


l'Education de la Vierge - calcaire polychrome XVIe

Vierge Marie - pierre  XVe


LAVABO

Situé dans l’abside, ce lavabo date du 13e siècle et figure parmi les éléments les plus remarquables de ce type. Le travail de la pierre en haut-relief y est très habile car les détails sont représentés avec une grande précision. Il évoque l’histoire de la basilique et représente différents épisodes et personnages : le Couronnement de la Vierge au centre, le pape Urbain IV portant le chœur de l’église à gauche, le cardinal Ancher soutenant le transept non couvert à droite.




Saint Jacques le Majeur ; une des plus belles statues de l'art troyen du XVIe

 CUVE BAPTISMALE

Cet élément de mobilier, datant du 15e siècle, se trouve dans la basilique depuis le début du 19e siècle. En effet, cette cuve était autrefois dans l’église paroissiale Saint-Jacques-aux-Nonnains vendue sous la Révolution puis détruite. Son mobilier fut lui aussi vendu. Ce fut le cas de cette cuve baptismale octogonale retrouvée dans une cour troyenne, faisant office de margelle de puits ayant subi des dégradations, ce qui explique son état actuel. Il est difficile d’identifier l’ensemble des personnages mais on reconnaît saint Thomas, patron des architectes, des arpenteurs, des charpentiers et des tailleurs de pierre, tenant

 


DALLE FUNÉRAIREDE JACQUES JULIOT L’AÎNÉ

Cette dalle funéraire est, cas rare, celle d’un sculpteur, Jacques Juliot l’Aîné, le mieux connu d’une dynastie d’imagiers champenois du XVIe siècle, décédé en août 1562 (et non 1567 comme l’indique l’épitaphe) et enterré dans l’église. Juliot habitait rue Moyenne, près de Saint-Urbain. Il fut une personnalité importante dans la société troyenne. Marchand de pierre et de vin, il jouissait d’une situation financière aisée. En 1558, il était « marguillier à verge » de Saint-Urbain. Il obtint le privilège d’être enterré dans l’église avec sa femme en échange de la sculpture d’un grand retable en albâtre qui n’était pas achevé à sa mort. Les entrelacs gravés et dorés sur le marbre noir, qui servent de cadre à l’épitaphe, sont inspirés de motifs bellifontains. Seraient-ils dus à Jacques le Jeune, peut-être le fils de l’Aîné, qui avait travaillé à la galerie François Ier au château de Fontainebleau, et Jean l’Auvergnat, son beau-fils, lesquels s’engagèrent à terminer le retable promis ?


Transcription : Cy gist noble home jacques juliot / maistre sculpteur et margr (marguillier ?) de / céans lequel a donné la table du grad (grand) holtel (autel) il décéda le XII jo (12e jour) de / novèbre (novembre) 1567 priez dieu por (pour) les trespassez.

 

RELIEF FUNÉRAIRE, GISANT

Ce relief se distingue par son originalité. Daté de 1570, il représenterait un membre de la famille Cauchon-Maupas. La représentation du défunt évoque la typologie des tombeaux de la Renaissance italienne. On remarque la sinuosité du drapé animé à la manière de Dominique Florentin faisant référence au suaire. Une femme est voluptueusement étendue sur une dalle funéraire. Son bras gauche soutient sa tête. Son corps, ses membres et sa tête sont recouverts, selon toute vraisemblance d’un linceul. Dans le phylactère est inscrit en latin un passage de l’Ancien Testament (job, 14,6) suivi d’une date : « Laissez-moi reposer un peu jusqu’à ce que vienne le jour désiré. 1570 ».

 

Huile sur toile « La Sainte Famille » - début du XVIIIe 

Cette toile est peut-être l'œuvre de Jacques Carrey, élève de Lebrun

La Sainte Famille - XVIIIe



voir l'article : Le Pape Urvain IV


Église Sainte Madeleine

 

Église Sainte Madeleine


La réalité historique de Sainte Madeleine est difficile à discerner. Trois femmes portent ce nom : Marie de Magdala, une des témoins de la Résurrection ayant participé à l’ensevelissement du Christ, nommée Marie-Madeleine, Marie de Béthanie, sœur de Lazare et de Marthe (parfumant les pieds de Jésus et les essuyant avec ses cheveux quelques jours avant sa mort), parfois assimilée à une pécheresse anonyme, et Marie Jacobée l’épouse de Clopas, mère de Jacques le Mineur et de Joset, figurant parmi les témoins de la Résurrection et placée à proximité du Calvaire. La légende a réuni ces trois personnages en un seul portant le nom de Marie-Madeleine, souvent représentée portant son principal attribut : le vase à parfum.

L’église Sainte Madeleine est une des plus anciennes de Troyes, mentionnée dès 1157

Elle mesure 48 mètres de long et 29,30 mètres de large. La belle porte latérale nord,  est du XIIe siècle. L’église a la forme symbolique d’une croix encadrée de 4 collatéraux qui se prolongent par un déambulatoire à l’entour du chœur.

Porte nord de l'édifice XIIe siècle

Le transept est séparé du chœur par le magnifique jubé de pierre construit en 1508, achevé en 1517 et inauguré le jour de Noël. Il figure parmi les sept restants en France, et reste toujours le plus célèbre en Europe. Dans l’Aube, nous avons également le jubé en bois de Villemaur-sur-Vanne.

Le nom jubé provient de la formule latine « Jube, Domine, me benedicere » qui signifie : « Voulez-vous Père, me bénir » prononcée par le diacre du haut de la tribune face aux fidèles. 

Le jubé permet de séparer l’espace sacré, réservé au clergé (le chœur), des fidèles. Il est construit en pierre de Tonnerre (Yonne). Véritable dentelle ciselée, il a été sculpté par Jehan Gailde, maître-maçon et architecte troyen de renom dans le style flamboyant et ses collaborateurs Huguenin Bailly, Martin de Vaulx, Nicolas Havelin et Simon Mauroy. Commandé par les marguilliers vers 1503-1505. Jean Gailde qui est inhumé en-dessous, avec pour épitaphe « qu’il attendait la résurrection bienheureuse, sans peur d‘être écrasé ». 

Jubé dentelle de pierre du XVIe siècle

Ce jubé est considéré comme un chef-d’œuvre d’élégance, de grâce, de fantaisie, en même temps qu’un tour de force, car d’une virtuosité étonnante. Il paraît suspendu dans le vide. 

L’escalier du jubé réalisé entre 1514-1515, a sa rampe garnie d’animaux fantastiques. Sur elle s’élève un Christ en Croix entre la Vierge et Saint Jean, statues du XVIe s. Deux vantaux en bois de l'ancienne clôture ont été déposés au musée de Vauluisant de Troyes. Autrefois, le jubé était polychrome comme en témoigne la couleur verte des tentures de pierre et orné de statues disparues à la Révolution.

la rampe d'escalier du Jubé et ses animaux fantastiques

détail : les armes de France


détail : le dessous du Jubé

Outre le maître-autel, douze autels sont consacrés à saint Jean-Baptiste, saint Christophe, sainte Catherine, saint Nicolas, la Sainte Vierge et sainte Barbe, saint Claude, saint Thibaud, saint Thomas de Cantorbéry, saint Antoine, tous les saints, saint Jean l’évangéliste et saint Michel.

Le Chambellan de Charles VII fait bâtir la chapelle de Saint-Blaise, et fonde une messe quotidienne, qui doit être dite par « un prêtre idoine, bon homme, ni vicieux, ni concubinaire ».

samedi 20 avril 2024

Eglise Saint Jean au Marché


L’église Saint-Jean est construite sur les ruines d’une autre ravagée par les Normands en 888. Son existence est attestée dès le VIIe siècle. Elle est placée sous le titre, de St-Jean-au-Marché, parce qu’elle se trouvait au centre du commerce troyen et les Foires du Moyen-âge se tenaient sous ses ailes. C’est pourquoi elle est la paroisse des forains.

En 878, lors d’un concile, le pape Jean VIII, couronne empereur et roi d’Aquitaine, Louis II le Bègue. Un vitrail du XVIe siècle l’atteste. C’est également au cours de ce siècle douloureux que l’église est pillée par les Normands.

En 1188, un violent incendie détruit une partie de l’église. Cette paroisse est restée longtemps la plus importante de Troyes, parmi les 9 autres églises intra-muros

Le 20 mai 1420,  Henri V Roi d’Angleterre, vient à Troyes pour se marier avec Catherine de France, fille de Charles VI (le roi fou) et d’Isabeau de Bavière. Ce mariage fait suite au « Traité de Troyes » signé à la cathédrale, cédant le royaume de France à Henri V. Henri V laisse à cette église la couronne de son mariage, et son manteau royal, brocart chargé d’aigles et de fleurs en or. Ce mariage scelle ce que l’on appelle "le honteux Traité de Troyes ", qui déshérite le dauphin Charles et livre la France aux Anglais.

Marguerite Bourgeoys qui a fondé Montréal est baptisée dans cette église le 17 avril 1620. Cette jeune femme décide de quitter la ville et sa famille en 1653 pour se rendre à Ville-Marie en Nouvelle-France et y fonde Montréal. Jean-Paul II la canonise en 1982. Une plaque commémorative est apposée à l’entrée du porche. Marguerite Bourgeois est régulièrement mise à l’Honneur grâce à la congrégation Notre-Dame de Montréal.


Plaque gravée à l'entrée de l'édifice

L’église actuelle date du XIIIe siècle, la tour du XIIe, étant la seule partie des constructions antérieures. C’est la plus vaste église, après la cathédrale et témoigne ainsi de son importance et de sa puissance à une époque où les marchands viennent du monde entier durant les foires de Champagne, nécessitant dès le XIIe s. des constructions que l’on nomme ‘logettes » aux abords du lieu de culte. Il y a une foire chaude à la St Jean (juillet-août) et une foire froide à la Saint Rémi (octobre-novembre) qui atteignent leur apogée au XIIIe siècle.

La nef est dominée par la tour de l’horloge, espèce de minaret, et par le toit obtus à 4 pans d’un massif clocher. La longueur de l’édifice est de 77 mètres, la hauteur du porche de 8 mètres sur 3, celle de la voûte du chœur, de 21 mètres. En 1392, 4 autels sont établis.

 Le chantier de l’église a progressé d’est en ouest, selon l’usage le plus répandu. Dès le XIVe s, le grand clocher et les portails latéraux de la nef sont érigés. A la fin du XVe et au cours du XVIe, les baies hautes de la nef sont élevées. La ville de Troyes connait un nouvel âge d’or à cette période. Elle compte parmi les villes les plus importantes du royaume et accueille six foires en 1521. La population atteint 30 000 habitants au milieu du XVIe siècle. Cela favorise les chantiers des églises. Les marguilliers avaient acquis des maisons au chevet de l’église dans le but de reconstruire un chœur plus vaste.  Ainsi, la fabrique décide d’élever un chœur avec déambulatoire et chapelles rayonnantes. Ce dernier est réalisé en beau calcaire du Tonnerrois, contrairement au reste de l’édifice, en craie. Martin de Vaulx, maître maçon d’origine picarde, en dessine le plan. Ce dernier, soumis à Martin Chambiges, est approuvé en 1519.

vendredi 19 avril 2024

Eglise saint Pantaléon

 

L’Eglise Saint Pantaléon

L’existence d’une église à cet endroit est mentionnées dès 1189 ; on croit qu’elle aurait été érigée à la place d’une synagogue détruite sous Philippe auguste (d’où le nom de la rue qui borde l’église au nord,  rue de la Synagogue). 

Elle ne fut d'abord construite qu'en bois, avec moins d'étendue qu'aujourd'hui. La place qu'elle occupait faisait partie de l'hôtel de Vauluisant, qui devint de Mesgrigny, ou au moins en dépendait, puisque les religieux y percevaient une rente. 

A partir de 1482, pour entrer dans la corporation des bourreliers, un chef-d’œuvre est exigé (il se compose d’un travail exécuté avec 1 ou 2 peaux de vache tannées). Il est soumis à justice. Le droit d’entrée est fixé à 60 sous, destinés à l’entretien de 4 gros cierges de la confrérie qui s’est toujours fait à Saint-Pantaléon, le jour du Saint-Sacrement. 

Une partie est prise sur l'hôtel de Vauluisant qui leur appartenait, et dont la clôture fut retirée de quelques toises. On prit 15 pieds à la ruelle du Midi, appelée place du Marché aux noix. La rue des Ursulines fut redressée et ouverte pour la commodité des paroissiens. Les Molé et Jean Dorigny achètent également l'emplacement d'un jeu de boules, et le maçon en a conservé le souvenir en sculptant sur les murs de l'église quelques boules de pierre. Aujourd'hui, on en voit en effet encore un dans la petite rue du Marché-aux-Noix. Le vaisseau est alors agrandi du côté du portail. En effet l’église était devenue trop petite. Les familles Claude Molé et Dorigny font construire chacune une chapelle (Saint-Jacques pour les Dorigny). 

Un orage de grêle cause en 1644 de nombreux dégâts sur le portail et son porche qui est alors reconstruit. 

En 1719, Monseigneur Bossuet, évêque de Troyes, érige cette paroisse en cure.  M. Lefebvre, alors curé de Saint-Jean, s'y oppose. Mais le prélat termine l'affaire par une sentence où il fut mis que le curé de Saint-Jean serait regardé comme curé primitif de Saint-Pantaléon, pourrait y officier le jour de la fête patronale, et recevoir 10 francs avec la moitié des offrandes. Ce n’est qu’en 1745 que la construction est terminée. 

En 1780, un frère de Jean-Baptiste de la Salle ouvre une école à Saint-Pantaléon. En 1791, Augustin Sibille, curé de Saint-Pantaléon depuis 40 ans, troyen, est élu évêque constitutionnel du département.En 1795, avec la loi sur la liberté des cultes, c’est la réouverture de l’église.

Dès 1862, elle est classée au titre des Monuments Historiques. Lors de la loi de la séparation des Eglises et de l’Etat en 1905, pour l’inventaire des biens de Saint-Pantaléon, l’inspecteur des Domaines, après la protestation du curé et sur l’invitation de quelques paroissiens, a « l’intelligence de se retirer paisiblement », évitant ainsi les manifestations brutales de Saint-Urbain.

A la Révolution, l’église collégiale Saint-Etienne est dépouillée de son mobilier, de ses statues et tableaux, et est démolie en 1789. 

Par bonheur ont survécu à ce désastre les statues de la Foi et de la Charité de Dominique Florentin (1550-1551), qui sont transportées à Saint-Pantaléon. Il y a une remarquable statue de Sainte-Barbe (1530), située sur le deuxième pilier sud de la nef. Les détails de son costume et de sa coiffure, caractéristiques de l'époque de François 1er, en font un des bijoux de la statuaire du Beau XVIe siècle.

 Le trésor de cette église possède un reliquaire de bois enrichi de plusieurs ornements, où est la tête de saint Victoric, martyr, qu'Antoine Barolet, bourgeois de Troyes, a rapporté de Rome, et qui fut embelli par les religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains. On y voit aussi un os du bras de saint Pantaléon, dans un reliquaire de la façon du célèbre Papillon qui a fait le chef de saint Loup, et un reliquaire très estimé, qui renferme des reliques de saint Sébastien. 

jeudi 18 avril 2024

Hôtel de Vauluisant

 

L’Hôtel de Vauluisant

 

Il occupe l’emplacement d’un couvent appartenant à l’abbaye cistercienne Notre Dame de Vauluisant (Valée Luisante), dans le diocèse de Sens. Les religieuses de cette abbaye s’installèrent à Troyes dès le XIIe siècle pour se rapprocher des Comtes de Champagne, leurs bienfaiteurs. L’incendie de 1524 consuma la maison en grande partie.

L’hôtel actuel comporte deux périodes bien distinctes :

- un pavillon à tourelles construit dès 1559 par Antoine Hennequin, receveur de tailles

- un corps de bâtiment en retour d’équerre élevé au XVIIe siècle par la famille de Mesgrigny qui le prolongea par des communs et ferma la cour ainsi formée, par un portail monumental.

Le pavillon central est flanqué de deux tours d’inégales grosseurs : celle de gauche, la plus grosse, renferme l’escalier qui dessert les étages ; celle de droite abrite des oratoires ; toutes deux sont terminées par un épi de faitage en plomb décoré de la lune et du soleil.

La façade de ce pavillon est composée d’un rez-de-chaussée élevé sur une cave voûtée et d’un premier étage surmonté d’une lucarne triangulaire. Un escalier en fer à cheval à double évolution, d’époque Louis XVI, permet d’accéder à l’entrée de l’hôtel, qui est surmonté des armes de la famille de Mesgrigny et d’un fronton triangulaire. Elle est encadrée de part et d’autre d’une fenestrelle et d’une croisée. Le premier étage est percé de quatre baies, dont deux jumelles au centre ; dessous chacune d’elles est un cartouche encadré de cuirs enroulées ; au-dessus, un entablement décoré de quatre frontons triangulaires alternés de vases déchiquetés et fleuris. Ce décor typiquement Renaissance contraste avec la sobriété toute classique du corps de logis du XVIIe siècle qui prolonge le pavillon du sud.

A l’intérieur, le rez-de-chaussée comporte en particulier une grande salle de neuf mètres sur sept. Son principal ornement est une monumentale et splendide cheminée composée de deux colonnes corinthiennes supportant un riche entablement qui s’élève jusqu’au plafond.


Cheminée de l’annonciation

Première moitié du 16e siècle, vers 1520-30

Pierre anciennement polychromée (H 3,70m – L 2,58m)

Provient d’une maison, angle rues Turenne et de la synagogue, Troyes. Dissimulée derrière une cloison jusqu’en 1910, découverte lors d’une restauration, remontée dans une autre maison, léguée ensuite au musée.

La partie inférieur de cette cheminée monumentale, très sobre, dirige toute l’attention du spectateur vers la scène représentée au registre supérieur (ou « manteau ») : l’annonciation. Dans cette scène du Nouveau Testament, l’Ange vient annoncer à la Vierge Marie qu’elle porte en elle le futur Messie.

L’évènement se déroule sur trois compartiments. A gauche, la Vierge porte la main à son cœur à l’annonce de la nouvelles. A droite, l’Ange tend les bras vers la vierge en prononçant les paroles dont les mots devaient être peints sur le phylactère qui s’envole de sa bouche. Au-dessus de Marie s’échappe un même phylactère porteur de sa réponse. Au centre, se tient un vase de fleurs de lys, symbole de la virginité de Marie.

Les personnages sont encore d’inspiration traditionnelle gothique, mais le décor relève du répertoire de la Renaissance : coquille, pilastres avec médaillons, têtes d’angelots.

Dans l’angle gauche, en bas du manteau, figure le blason de la famille Molé : dans l’angle droit, deux belles figures d’angelots.

La façade de cheminé date du 17e siècle. Elle porte deux blasons armoriés surmontés d’initiales enlacées et d’une couronne de marquis. Le blason de gauche, tenu par deux licornes, porte les armes d’Edouard Colbert, marquis de Villacerf (Aube), surintendant général des Bâtiments du Roi (Louis XVI), mort en 1699. Le blason de droite orné d’un chevron, de roses et d’une croix, entouré de branches d’olivier, est celui de son épouse Marie-Geneviève Larcher. (Provient de la ferme de Tibergeon, près de Lusigny. Don Salietti 1893).

Don de Mme Pierre Salet en 1959, Inv.59.1


détail

Le Conservateur du Musée de Cluny à Paris a dit de cette cheminée :

«  Il s’agit là d’une des plus belles cheminées que je connaisse : les deux personnages de l’Annonciation qui se profilent derrière un jeu de pilastres sont une de ces inventions exquises dont s’enchantent les amateurs d’art... Cette œuvre manifeste avec éclat le talent des imagiers troyens de XVIe siècle... ».

L’impératrice Marie-Louise et son fils, le petit roi de Rome, quittant la France pour l’Autriche, passèrent la nuit du 26 au 27 avril 1814 dans cette demeure.


L’on y trouve également la Mise au tombeau de l'abbaye Montier-la-Celle à St André-les-Vergers (10) 

 Claude Bornot (vers 1480-1545)  la grande Mise au Tombeau de 1534 de l’ancienne abbaye de Montier-la-Celle, où les détails des vêtements, nœuds raffinés et plis « mouillés », les expressions des visages aux sourcils froncés expriment les émotions dans un style tout différent. Et l’auteur, anonyme, des deux Sibylles énigmatiques (les autres du même ensemble se trouvent aux musées du Louvre et d’Écouen), aux postures savantes et vêtements recherchés, finement ciselées dans la pierre calcaire de la région.

Le Christ instituant l’Eucharistie

Entourage du Maître de Chaource

Première moitié du XVIe, vers 1520-1530

 

Le Christ debout derrière un Autel, fait face au fidèle. De sa main gauche il tient au-dessus d’un calice une hostie disparue. Sa main droite esquisse un geste de bénédiction.

Est ici représenté l’instant de la première Eucharistie, issue de la Cène, dernier repas de jésus avec ses apôtres.

Son visage présente les caractéristiques de ceux des personnages sculptés par le Maître de Chaource : nez droit, à méplat, arcades sourcilières rectilignes.

Le Christ instituant l’Eucharistie est un sujet rarement représenté en sculpture, mais plutôt sur des panneaux peints.

 

mercredi 17 avril 2024

L'écrivain Pierre de Larivey

 

L’écrivain Pierre de Larivey (le père)

 

En 1430, il y a à Troyes, une rue devant le Pilori (c‘était le pilori du prévôt). A la même époque, on l’appelle aussi de la Tête Noire, car il s’y trouve un logis de ce nom, puis rue de l’Ecritoire, rue de la tête Noire, rue du Papegay (oiseau ou perroquet servant de cible aux arbalétriers). Ensuite, du XVIe au XIXe siècle, elle s’appela rue de la Limace (enseigne représentant un escargot)). Après délibération du Conseil municipal du 26 novembre 1875, un arrêté du maire du 8 avril 1876, donne à la rue de la Limace, le nom de rue de Larivey.

 C’est dans le domaine de la littéraire, une des principales illustrations de la ville que nous trouvons notre Pierre de Larivey. Son nom est peu connu, pourtant il n’est pas réservé aux chercheurs universitaires puisqu’il est joué encore de temps en temps, (en 1953 au Festival d’Angers dans une adaptation d’Albert Camus, puis à Paris plus récemment).

 Il  nait vers 1541 à Troyes. Il serait le fils d’un italien Giunto (en français l’arrivé), florentin venu à Troyes, soit pour y suivre, à l’exemple de plusieurs de ses compatriotes, des affaires de commerce ou de banque.

Auteur dramatique, poète comique, traducteur, il est d’abord prêtre et scribe. Il publie en 1572 Les facétieuses nuits du seigneur Staparole (traduit de l’Italien), plusieurs fois réimprimé.

En 1577, deux livres de la Filosofie fabuleuse: le premier Prins des discours de M. Ange Firenzwola, florentin... le second Extraict des traictez de Sandebar, indien.

En 1579, il aborde le théâtre avec 6 comédies facétieuses, à l’imitation des anciens grecs, Latins et modernes italiens: le Laquais, les Esprits, les Jaloux, la Veuve, le Morfondu et les Escolliers.

Ces pièces obtiennent un énorme succès à Paris, et sont plusieurs fois réimprimées.

En 1581, il écrit pour le théâtre de nombreuses comédies, elles aussi rééditées. " Elles exercent sur notre théâtre une influence si considérable, que l’incomparable Molière ne rougit point de leur faire de nombreux emprunts ", comme le remarque M. de Saint-Marc Girardin, dans son discours de poésie française.

En effet, on dit de lui qu’il est le précurseur de Molière dont le personnage d’Harpagon est tiré de son œuvre.

Il est nommé chanoine du Chapitre de la Collégiale de Saint Etienne de Troyes, le 21 février 1587.

Dès le 1er juillet 1599, et jusqu’au 10 juillet 1607, il tient le registre des délibérations et conclusions capitulaires de l’église de Saint-Etienne, et malgré cela, n’en écrit pas moins de 871 feuillets.

 C’est un auteur comique fécond. Il comprend de bonne heure que la comédie doit être la peinture des mœurs réelles et que son but doit être de corriger par le ridicule.

En 1604, il écrit (traduit de l’italien) Les trois livres de l’humanité de Jésus-Christ, et en 1611 sont imprimées trois pièces: la Constance, le Fidelle et les Tromperies.

En 1608, il écrit Les veilles de Barthélemy Arnigio.

Guillaume Chasble appelle Larivey  " l’honneur de la Champagne ".

Il avait d’immenses connaissances et reçut les louanges de beaucoup d’écrivains et de personnes distinguées.

Ce qui fait sa gloire, ce sont ses comédies, les premières pièces régulières que la France ait eues, dans lesquelles il mit sur la scène française les caractères, les intrigues et les travaux de mœurs de la comédie italienne. Il eut le mérite d’avoir attiré l’attention des auteurs dramatiques contemporains sur le théâtre italien et que ses comédies exercèrent une influence considérable sur notre théâtre.

Pierre de Larivey sait de bonne heure, s’attirer les faveurs de personnages recommandables, car nous le voyons dédier ses ouvrages au vicomte de Paulmy seigneur d‘Argensob, à monseigneur de Luxembourg, duc de Piney, à Jean Vilevailt, procureur au parlement de Paris, à Louis Largentier, bailli de Troyes, et à M. de Pardessus, conseiller du roi.

Pierre de Larivey décède à Troyes le mardi 12 février 1619, ayant demandé à être enterré dans l‘église Saint-Étienne. Le service célébré pour son enterrement ne coûta que 5 sous 8 deniers, la messe du lendemain 4 sous et le service du bout du mois, la même somme.

collégiale st Etienne au XVIIe siècle 

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Hôtel Jean de Mauroy


Hôtel Jean de Mauroy

Anciennement Hôtel de l’Aigle, puis Hôpital de la Trinité



 Aujourd’hui Maison de l’Outil et de la Pensée Ouvrière, l’histoire de cet hôtel remonte en 1409.

Le premier propriétaire connu est Pierre Dauvet, seigneur des Marest. Nous en avons connaissance par un acte de vente de la maison voisine ayant appartenue à Guiot le Peley, changeur (banquier). Ce dernier sera Maître particulier de la Monnaie de Troyes en 1422 durant l’occupation anglo-bourguignone.

Un deuxième acte du 23 juillet 1485, indique que la propriété est aux héritiers de Jean Pavye, seigneur de Villechértif. Détruit par le grand incendie de 1524, l’Hôtel de l’Aigle est reconstruit sur deux périodes.

Antoine Hennequin, Receveur du roi, déjà propriétaire d’une partie de l’Hôtel de Vauluisant, réalise une première tranche de travaux du nouvel hôtel – où pend l’enseigne de l’Aigle – qu’il « loue » en 1551 à Claude Berthier, marchand épicier.

Jean de Mauroy, Contrôleur des aides et tailles du royaume, Capitaine des Arquebusiers et son épouse Loyse de Pleurre, acquièrent cette maison de Claude Berthier en 1556. Ils vont poursuivre les travaux avec la construction de la grande galerie italienne ; cette architecture renaissance dont l’aspect n’a pas été modifié est sans équivalence à Troyes. Elle peut sans doute avoir été marquée par l’influence de Dominique le Florentin et celle de l’école de Fontainebleau. Le rez-de-chaussée est en maçonnerie, avec alternance de briques et de carreaux de craies, appelés damier champenois. Il y a un péristyle composé de six colonnes composites d’inspiration corinthienne, ornées de lierre. L’étage est revêtu en bardeaux de châtaignier. Le mur de façade est composé de pierres crayeuses et de briques en damier champenois. Dans la cour, l’étage supérieur est composé de châssis recouverts de tuiles de chêne, et il y a une tour hexagonale. C’est une demeure princière. La maison très spacieuse comprend des appartements luxueusement meublés, une chapelle surmontée d’un clocher, et aussi des locaux pour le commerce. Les appartements sont décorés de tapisseries, de tableaux peints à l’huile, de gravures, de statues. Enfin, une petite bibliothèque montre assez nettement l’orientation prise par les époux aux luttes religieuses de l’époque. Jean Mauroy avait été un temps proche de la religion réformée. Ce sont des humanistes protecteurs des artistes. Loyse de Pleurre dans son testament « laisse à Louis que j’ai fait apprendre à peindre la somme de six écus deux tiers ».

Sans enfant, Jean de Mauroy et son épouse s’intéressent également à l’enfance abandonnée. Ils pratiquent la charité et lèguent l’Hôtel de l’Aigle pour en faire « un collège de jeunes enfants pauvres tant fils que filles sur le modèle du collège des enfants de la Trinité de Paris, afin qu’ils soient instruits ès lettres. Ils apprendront un métier ». Les enfants entrèrent le jour de la Pentecôte 1582 pour recevoir une éducation professionnelle. Cet apprentissage dura jusqu’à la Révolution. Au début, ils étaient occupés nous dit Jeans Darbot, principalement à la filature du rouet.

Plus tard, après 1746, date à laquelle une manufacture de métiers à tricot est installée dans la grande galerie, les enfants reçoivent un apprentissage adapté à la mécanisation de la fabrication du tricot et des bas.

Entre-temps, en 1630, des lettres patentes de Louis XIII avaient prescrit la réunion des hôpitaux, dont celui de la Trinité. Une seule administration va, à partir de cette période assumer la gestion de l’œuvre de Jean Mauroy. Puis, en 1670 l’hôpital de la Trinité reçoit une affectation supplémentaire. Par ordonnance des « Maire et Echevins », juges de police des manufactures de la ville de Troyes, il est prescrit que tous les maitres façonniers et ouvriers doivent porter les étoffes qu’ils auront fabriquées en la halle des drapiers-drapants, rue de la Limace (Larivey). Il s’agit de L’Hôpital de la Trinité.

La Mise au tombeau 1ère partie

  Crypte de l'Église Saint Jean-Baptiste de Chaource - XVIe siècle La Mise au tombeau se situe à la fin de la Passion du Christ et est r...