jeudi 16 mai 2024

Abbaye de Fontenay

 


Située au nord de la Bourgogne à Marmagne en Côte d’Or (21),  l’Abbaye de Fontenay a été fondée en 1118 par Saint Bernard de Clairvaux, un des plus grands saints français, et est la plus ancienne abbaye cistercienne conservée au monde.

Classée monument historique français dès 1862, elle a été inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 1981. Elle a été l’un des premiers monuments français à figurer sur cette liste, qui a ainsi distingué la valeur exceptionnelle, tant de l’ensemble abbatial de Fontenay que de son environnement naturel.

Après la Révolution française qui entraîna le départ des moines, elle a été reprise comme bâtiment industriel, ce qui a permis de préserver l’ensemble des bâtiments de style roman : l’église abbatiale, le dortoir des moines, le cloître, la salle capitulaire, la salle des moines et la forge.

L’Abbaye est agrémentée d’un parc paysager qui a été classé « Jardin Remarquable » en 2004 par le Conseil National des Parcs et Jardins. Elle est nichée au creux d’un vallon entièrement préservé qui s’étend sur plus de 1 200 hectares.

L’Abbaye est depuis 1820 la propriété privée d’une même famille, qui poursuit la conservation de ce site exceptionnel en l’ouvrant à la visite toute l’année. Elle accueille chaque année plus de 100 000 visiteurs, qui viennent admirer la beauté et la pureté d’une architecture préservée depuis 900 ans, et goûter au calme d’un lieu profondément spirituel.


Quelques dates :

1098 Fondation de l'Abbaye de Cîteaux.

1118 Fondation de l'Abbaye par Saint Bernard dans un vallon marécageux à quelques kilomètres de Montbard (Bourgogne).

1130 Les religieux choisissent l'emplacement définitif de Fontenay, à l'intersection de deux combes.

1139 Ébrard, Évêque de Norwich, habite à Fontenay pour fuir les persécutions qu'il subissait en Angleterre. Sa fortune financera en partie la construction de l'église.

1147 Consécration de l'église par le Pape Eugène III.

1259 Saint Louis exempte Fontenay de tout droit fiscal.

En 1168 une bulle du pape Alexandre III confirme l'abbaye dans ses biens et permet aux moines d'élire un abbé. Aux XIIe et XIIIe siècles, l'abbaye est très prospère, les moines y développent des activités métallurgiques et sidérurgiques. À cette époque un hôtel particulier est bâti à Montbard pour l'abbé : le Petit Fontenet, qui sera plus tard occupé par Buffon.



cette bulle authentique est visible à l'abbaye

1269 Fontenay devient Abbaye Royale. Les rois Jean II, puis Charles VIII, et Louis XII confirmeront ce statut

1359 Pillage de Fontenay par les armées d'Edouard III, roi d'Angleterre.

1547 Établissement du régime de la Commende : le père Abbé de chaque abbaye est nommé par le roi et non plus élu par les moines.

1745 Démolition du Réfectoire.

1789 Révolution française.

1790 Les huit derniers moines quittent l'Abbaye.1791Vente de Fontenay par les révolutionnaires. L'Abbaye est transformée en papeterie par le premier acheteur, M. Hugot.

1820 Achat de Fontenay par Élie de Montgolfier, descendant des inventeurs des ballons, qui développe le manufacture.

1838 Le savant Marc Seguin, inventeur des ponts suspendus, habite Fontenay et y fait ses recherches.

1852 L'Abbaye de Fontenay est classée monument historique.

1903 Extension de la papeterie par la famille Montgolfier.

1906 Edouard Aynard, banquier lyonnais et gendre des Montgolfier, achète Fontenay. Il décide de démanteler tous les bâtiments industriels de la papeterie pour faire renaître Fontenay dans toute sa pureté médiévale et entame de grands travaux de restauration jusqu'en 1911.

1960 Restauration du dortoir par Pierre et Hubert Aynard.

1981 L'Abbaye de Fontenay est classée Patrimoine Mondial par l'Unesco.

1989 L'abbaye accueille plus de 100.000 visiteurs.

1995 Restauration des chapelles du chevet de l'Eglise.

1997 850e anniversaire de la fondation de Fontenay.

1998 9e centenaire de la fondation de Cîteaux.

2018 9e centenaire de la fondation de Fontenay.

retable mutilé 14e s.

 INSCRIPTION - UNESCO 1981


Notre Dame de la Salette à Villadin



Villadin est bâti sur le flanc d’une colline boisée qui marque la limite entre la plaine champenoise et le pays d’Othe.

Le premier nom du village est Viler Adam mentionné en 1264 dans une charte de l’abbaye de Sellières.

En 1308, le curé de Villadin est le principal témoin à charge dans le procès de Guichard, évêque de Troyes accusé d’avoir fait mourir par ensorcellement la reine Jeanne de Navarre et tenté d’empoisonner le prince héritier Louis-le-Hutin.

Villadin est connu dans la région comme le Pays des Cruches et ses habitants portent allègrement le sobriquet de Cruchons. En effet, la présence sur place de gisements d’argiles de diverses qualités a permis le développement d’un important artisanat de poterie puis de tuilerie. Les potiers de Villadin produisaient essentiellement une poterie de bouche de faible valeur dont il n’en reste pratiquement rien. Par contre, il subsiste ici et là des épis de toiture en faïence du XVIIIe siècle qui représentent pour la plupart des soldats de Louis XV coiffés du tricorne.

L’église paroissiale de la Translation-de-Saint-Martin-et-de-Saint-Maur a été plusieurs fois remaniée. L’abside et le chœur, voûtés en ogives, datent du XVIe siècle. Dans le chœur, un vitrail du XVIe siècle représente l’Arbre de Jessé et un groupe sculpté en pierre polychrome montre saint Martin partageant son manteau. Ces deux œuvres sont classées.

retable de ND de Salette

La nef du XIIe siècle est couverte d’une voûte en berceau sous une charpente de chêne construite en 1802. Les fonts baptismaux et le maître-autel, œuvres du sculpteur baralbin Gabriel Chevaldin, sont du XIXe siècle. Le chemin de croix en panneaux peints date de 1863. Quant à la tour-clocher, elle a été érigée au XVIIIe siècle avec le concours du célèbre architecte Nicolas Ledoux en remplacement d’un clocher-flèche situé au-dessus de la nef qui menaçait ruine.

La chapelle de la Vierge, construite au XVIIIe siècle « au droit de la nef », a été réaménagée en 1860 en l’honneur de Notre-Dame de la Salette, notamment par la pose d’un nouveau retable de pierre, lui aussi dû à Chevaldin, reléguant la Piéta classée du XVIe siècle sur les marches de l’autel. Le vitrail de la Salette réalisé grâce à une souscription par André Vinum, maître verrier à Troyes, a été posé en 1993.

Le tertre de la Salette




La Salette est une petite commune de l’Isère où la Vierge Marie serait apparue en pleurs à deux enfants le 19 septembre 1846. L’endroit devient vite un lieu de pèlerinage où se rend en 1859 l’abbé Renault, curé de Villadin, atteint d’une infirmité rebelle à tous les traitements. Il en revient guéri et fait le vœu d’instaurer dans sa paroisse le culte de Notre-Dame de la Salette. 

Il crée une confrérie dont le but « est de fléchir par l’entremise de la Sainte Vierge la colère du Seigneur irrité par la violation des commandements et des lois de son Église, de prier pour la conversion des pécheurs, de travailler à sa propre sanctification. » Il transforme la chapelle de la Vierge de l’église paroissiale et institue chaque année un exercice spirituel le dimanche qui suit le 19 septembre. Ce « pèlerinage » ne prendra jamais une grande importance et restera strictement local.

Dans les années 1970, l’abbé Lebois, curé de Saint-Lupien desservant Villadin, entreprend de ressusciter le pèlerinage de Villadin tombé quelque peu en léthargie. Le diocèse acquiert un terrain où il fait dresser trois statues : la Conversation inaugurée le 19 septembre 1971 en présence de plus de 1000 personnes, la Vierge en pleurs en 1974, la Vierge de l'assomption" en 1976. La première est un tirage en pierre reconstituée d'un modèle créé vers 1898 par le Lyonnais Pierre Vermare, les deux dernières sont l’œuvre d’André Simon, de Mesnil-Saint-Loup.



Chaque année, les pèlerins se rendent en procession de l’église au tertre portant une petite statue en bois de N.-D. de la Salette, œuvre du même sculpteur.


Manoir de Montchevreuil

 

Montchevreuil, ancienne grange de Mores

A côté de la route qui conduit de Troyes à Chaource, au centre de la forêt d’Aumont, s’élève un vieux manoir seigneurial.

En 1151, l’illustre abbé de Clairvaux saint Bernard, reçoit en don des chanoines de Saint-Denis de Reims, le droit qu’ils possédent de présenter un curé pour desservir la paroisse de Mores (jadis village près de Bar-sur-Seine, sur les bords de l’Ource), et, trouvant cet endroit convenable pour l’établissement d’une abbaye, il y installe des religieux de Clairvaux.

La dotation de la nouvelle communauté ne se fait pas attendre : tous les hauts personnages des environs, les seigneurs de Bar-sur-Seine, de Briel, de Chacenay, de Chappes, de Chervey, de Magnant et de beaucoup d’autres, répondant à l’appel du saint abbé, s’empressent de lui offrir des terres, des bois, des prés et des vignes.

Le comte de Champagne Henri Le Libéral, figure aussi au nombre des bienfaiteurs de cette abbaye. Dès l’année 1170, il donne une maison sise à Troyes, faubourg Croncels. En 1171, il complète ses largesses par l’abandon d’un canton de sa forêt d’Isle, portant le nom de Montchevreuil.

Voici quelques extraits de la donation : « Nous Henri, comte palatin, avons donné à Dieu et à la maison de Mores (jadis village près de Bar-sur-Seine, sur les bords de l’Ource), dans nos bois d’Isle, dans l’endroit qu’on nomme Montchevreuil, une terre pour bâtir une grange avec 300 arpents de terre, et, pour la cultiver, les frères de la dite maison ne pourront avoir que 2 charrues. Il leur sera permis d’avoir 500 brebis et 200 porcs, des bœufs, des vaches, de quelqu’âge que ce soit, sans qu’ils puissent y mêler des chèvres. Nous leur permettons aussi d’avoir des chevaux, pour charroyer et faire leurs ouvrages. J’ai abandonné aussi au même endroit, aux frères, 60 arpents de prés, des pâtures et le pacage. Je consens aussi qu’ils aient tout l’usage des bois tant pour la construction de leurs maisons que pour leur chauffage… Afin que cette donation demeure ferme et stable, j’y ai fait apposer le sceau de mes armes…».

Telle est l’origine du domaine de Montchevreuil. 


De nouveaux dons viennent successivement accroître l’importance de cette terre. La comtesse Blanche donne en 1206, l’étang de Montchevreuil, et l’abbé de Mores, en témoignage de reconnaissance, déclare que cette illustre Princesse ou son fils, pourront faire pêcher dans cet étang pour leurs besoins, quand bon leur semblera, mais à la condition de ne pas le mettre à sec.

En 1223, Thibaut IV donne à la grange de Montchevreuil le droit d’usage dans la forêt de Jeugny et le droit de passage et de pâturage dans l’étendue du finage de Chaource et de plusieurs finages voisins. Pour que les moines n’abusent pas de ce droit de couper du bois dans les usages de Jeugny, il décide « qu’ils ne pourront y vendre ni donner la tuile fabriquée dans leur tuilerie de Montchevreuil ».

Comme nous l’avons vu dans la donation, le comte Henri détache de son domaine 30 arpents de terre, pour les donner à l’abbaye. Le surplus de ce territoire qui consiste en bois, demeure la propriété des comtes de Champagne jusqu’à l’époque où il est en même temps que tous leurs biens, incorporé à la couronne de France. Il passe ensuite à la Maison de Bourgogne, en vertu de « la reconnaissance de 3333 livres de rente assise sur les châtellenies de Vilmaur, Chaource, Isle, Vauchassis et Payns, qui est souscrite au profit d’Eudes IV, duc de Bourgogne, par le roi de France Philippe VI de Valois, lors de son avènement au trône en 1293 ».

En 1527, l’abbaye de Mores doit contribuer à la délivrance des enfants de François 1er et, pour réunir les fonds nécessaires au paiement de cette nouvelle imposition, elle doit aliéner la grange de Montchevreuil. Deux amateurs se présentent : Guillaume Hennequin, bourgeois de Troyes, et Louis de Vienne, écuyer, sieur de Presle, bailli et gruyer du marquisat d’Isle. Ce dernier prend Montchevreuil en emphytéose perpétuelle, s’engageant à payer, outre un prix « une fois donné, une rente annuelle et perpétuelle de 5 sols par arpent et 1 denier de censive. Il doit, de plus, faire construire à ses frais une maison d’habitation, des granges et d’autres bâtiments de ferme ». Il semble que les religieux n’exploitaient plus ces terres depuis 25 ou 30 ans, car elles sont en friches au moment de la vente.

Le vieux manoir que nous voyons sur la reproduction, a dû être construit par un descendant de Vienne, vers 1631. Cette habitation donne une idée de ce qu’étaient, en ce temps là, les demeures des gentilshommes campagnards. Pour se mettre à l’abri d’une surprise, et pour pouvoir résister au moins temporairement aux bandes de brigands qui couraient la campagne, ils entouraient leurs maisons de fossés larges et profonds. Pour leur donner l’aspect des anciennes forteresses féodales, ils les flanquaient, dans les angles, de petites tourelles surmontées de toits aigus sur lesquels, usant de leur privilège, ils n’oubliaient jamais de placer des girouettes en bannières et en pennon, indices de leurs droits seigneuriaux. A l’intérieur des fossés, ils réservaient une petite pièce qu’ils surmontaient d’un clocher miniature : « c’était leur chapelle domestique, dans laquelle, un prêtre du voisinage venait officier de temps à autre ». Montchevreuil a gardé ses tourelles et sa chapelle avec son clocher, mais il n’a plus ses fossés qui ont été comblés depuis plus de deux siècles.

Aujourd'hui propriété privée.



Description architecture

Montchevreuil  (Les Loges-Margueron) D444 en direction de Chaource venant de Troyes,  a été l’une des deux granges les plus éloignées de Mores. Hors de la sphère barséquanaise, son milieu et ses aptitudes étaient différents. De fait, située en plein cœur de la forêt de Chaource, elle dut représenter une opportunité intéressante non seulement pour l’exploitation du bois (dont l’abbaye ne manquait pas par ailleurs) mais plus encore pour l’élevage, la forêt étant un espace de pâturage et de pacage de première importance.

C’est le comte de Champagne Henri Ier le Libéral qui serait à l’origine de cette grange, en cédant un canton entier de forêt en 1171, comme le relate la copie de l’acte perdu suivant : « Moi Henri, comte palatin, fais savoir à tous présent et à venir que j’ai donné à Dieu et à la maison de Mores dans mes bois d’Isle, au lieu nommé Montchevreuil (Mons caprarium), une terre pour bâtir une grange avec trois cents jugères de terre et, pour la cultiver, les frères de la dite maison ne pourront avoir que deux charrues. Il leur sera permis d’avoir cinq cents moutons et deux cents porcs, des bœufs, des vaches, de quelque âge que ce soit, sans qu’ils puissent y mêler les chèvres. (…) J’ai donné aussi au même endroit, aux dits frères, soixante arpents de prés ; je leur ai aussi accordé les pâtures et le pacage, et tout l’usage des bois tant pour la construction que pour le chauffage dans la limite d’une demi-lieue autour de leur grange (…) ». Pour conséquente qu’elle fût, cette donation fut augmentée en 1183 par Simon de Lantages de droits d’usages étendus dans ses bois d’Ervy [-le-Châtel] et de Lantages, sous le sceau de l’évêque de Langres Manassès de Bar [-sur-Seine], et avec l’assentiment de barons locaux et de moines de Molesme (d’après Louis Le Clert, "Montchevreuil", Annuaire administratif et statistique du département de l'Aube, 1893, p. 134-142 et "Deux chartes de l’abbaye de Mores", Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts du département de l'Aube, t. LVII, 1893, p. 97-99). En 1206, le domaine reçut de la comtesse de Champagne l’étang éponyme. En 1223 encore, Thibaut IV vient augmenter l’aire de droits d’usages et pâturage de Montchevreuil en l’étendant à tout le bois de Jeugny, aux finages de Chaource et plusieurs autres contigus. On apprend par le même acte qu’une tuilerie existe alors dans la grange, mais le comte en interdit la commercialisation des tuiles (sans doute déjà développée) (Arbois de Jubainville, Hist. comtes Champ., 1863, cat. n°1608, p. 211).

Ces quelques actes sont significatifs. Les orientations économiques de la grange de Montchevreuil sont clairement énoncées dès avant sa création : l’activité pastorale sera dominante en milieu forestier et au-delà, la clairière formera l’espace cultural et, enfin, le milieu incitera à en exploiter les ressources (bois d’œuvre, étangs de pisciculture, argile tuilière) pour les besoins de l’abbaye tout d’abord, selon les opportunités commerciales ensuite.

Mores fut contrainte d’aliéner sa grange vers 1527-30 pour s’acquitter d’un impôt royal exceptionnel. Louis de Vienne, bailli et gruyer du marquisat d’Isle, s’en porta acquéreur en 1608 (A. Roserot, Dict. hist. Champ. mérid., p. 931) à charge d’y élever de nouveaux bâtiments tant d’habitation que d’exploitation. Car à cette date, le domaine était dit « en friches » et nécessitait d’être remis en état. L’ancienne grange était alors divisée en deux fermes : le Grand et le Petit Montchevreuil, s’étendant respectivement sur 212 et 57 arpents.

Rien ne subsiste aujourd’hui de la période monastique, seulement le manoir que l’acquéreur fit construire au Grand Montchevreuil et qu’il entoura de fossés. Cet édifice à pan de bois et remplissage de brique (aujourd'hui sous enduit) comporte un rez-de-chaussée faiblement surélevé sur son assise de brique, surmonté de deux étages —carré puis sous comble éclairé par une rangée de 3 lucarnes à l'est—. Le toit de tuiles plates à pans brisés intègre pour ses parties les plus pentues une couverture d'ardoise. Les pignons sont flanqués d'une tourelle d'escalier, de section carrée au sud (dans œuvre, à l'angle sud-est), et ronde au nord (hors-œuvre).







mercredi 15 mai 2024

Hôtel du Petit Louvre

 


Bâti sur les murs de l’enceinte Gallo-Romaine, il est composé de bâtiments d’époques diverses.

Il y a tout d’abord des vestiges archéologiques, datant du premier mur d’enceinte de la première cité des Tricasses. Une datation au moyen du radiocarbone, indique que la tour a été édifiée avec des éléments du IIIe siècle, au moment des invasions normandes.

La tour est un vestige de l’ancienne porte fortifiée sud de la vieille cité, qui faisait corps avec les remparts, et qui datait du Bas Empire.

Cet hôtel historique, s’appelait auparavant Hôtel de la Montée, et appartenait au chapitre de la Collégiale Saint-Etienne.

Au XIVe siècle, il prend le nom de l’un des personnages les plus puissants par la naissance, par le rang, par la fortune, et par les divers offices qu’il remplit : Henri de Poitiers, évêque de Troyes (1352-1370), bailli, gouverneur et capitaine de la grande compagnie de la ville

Jeanne d’Arc y est hébergée, lors de son passage en 1429.

Il est occupé en 1501, par Etienne Budé (frère du célèbre humaniste Guillaume Budé), cousin germain de l’évêque de Troyes Jacques Raguier, puis jusqu’en 1517, par Louis Budé, archidiacre d’Arcis-sur-Aube, chanoine de la cathédrale et de la Collégiale Saint-Etienne.


Cet Hôtel historique, est reconstruit après le grand incendie de Troyes, par Odard Hennequin, notre 79ème  évêque, aumônier de François 1er qui en fait sa demeure de 1517 à 1539. Il devient Hôtel des Hennequin.

Jean de Brion, chanoine et grand chambrier de la cathédrale lui succède.

En 1558, Nicolas Le Tartier, curé de Saint-Jean, vicaire général de notre évêque Antonio Caracciolo, qui fonde en 1564 le Collège de la Licorne, ancêtre du collège Pithou, habite l’hôtel jusqu’en 1569.

Ensuite, plusieurs chanoines, jusqu’en 1609.

Ce fut pendant quelques années, la prison de l’Officialité (Justice) de l’évêque.

De 1609 à 1626, l’Hôtel est occupé par le marquis Charles de Choiseul-Praslin, pourvu par Henri IV de la charge de capitaine de la compagnie de ses gardes du corps, bailli et gouverneur de Troyes, nommé par Louis XIII, Maréchal de France.

En 1646, Buisson d’Aubenay, attaché à la maison de M. du Plessis de Guénégaud, ministre de la maison du roi et gendre de la maréchale de Praslin à qui il rend visite, fait une description élogieuse de cet hôtel.

De 1679 à 1654, Antoine Hennequin chanoine, loue l’hôtel, et y fait des travaux de restauration. Plusieurs chanoines, vicaires généraux et archidiacres lui succèdent.

 Ce fut le lieu préféré de rendez-vous du grand Conventionnel Danton, lors de ses séjours à Troyes.

Vers 1789, il devient relais de poste à chevaux : Hôtel du Char d’Or, principalement pour la diligence de Troyes à Paris, et point de départ de 17 voitures de messageries, desservant de nombreux villages de l’Aube.

En 1792, l’Hôtel du Petit Louvre devient bien national, et est acquis par Nicolas-Rémy Bourliet de la Prairie, maître de la poste aux chevaux. Ses diligences desservent Paris, Bâle, Châlons, Besançon, Langres… Il a pour successeur Jean-Baptiste Thibault.

La tourelle s’écroule en 1863, et n’est reconstruite qu’en 1988.

au pied de la tour, la maison des 3 pierres qui date de 1753 servait d'échoppe à un cordonnier

Hôtel de la Préfecture

 


Au début de l’occupation romaine, le terrain compris entre la Rue Urbain IV et le Boulevard du 14 juillet, situé hors des murs de la Cité Gallo-romaine n’est encore qu’un marécage. Selon la légende, il existe en ce lieu, avant les temps apostoliques, un collège de femmes païennes qui sacrifient à Vesta, et du temps de saint Loup, une école.

Saint Leuçon, évêque de Troyes (651-656), évangélise de riches femmes païennes et les rassemble dans une communauté de chanoinesses, sous le nom de Notre-Dame-aux-Nonnains  (qui était la plus remarquable abbaye de femmes du diocèse de Troyes), des églises Saint-Jacques et d'un cimetière. L’incendie de 1188 qui consume une partie de la Cité et de la Ville, détruit cette abbaye et cause la mort de presque toutes les religieuses.

Le comte de Champagne Henri II reconstruit leur maison.

L’abbaye devient royale, et Louis XVI leur alloue une somme considérable pour la reconstruction de leur maison. Des 4 corps de logis, seul celui du Nord, qui constituera la façade principale de la Préfecture est achevé, celui regardant la Place ne fut pas terminé, les 2 ailes ont été réduites, et une partie des anciens bâtiments maintenue jusque sous Louis Philippe.

Le bâtiment est reconstruit en partie par un architecte parisien, Louis de La Brière, de 1778 à 1781. Il se remarque par ses dimensions.

reconstruction de l'abbaye ND aux nonains de 1778

Napoléon crée, par la loi du 20 janvier 1790, le corps préfectoral (l’Aube par décret du 27 janvier) en le munissant de pouvoirs locaux et d’un bel uniforme. Il faut alors loger ces importants personnages qui le constituent.

C’est ainsi que le préfet de l’Aube s’installe le 25 mars 1794, dans le grand bâtiment que, sous la Révolution, les religieuses bénédictines ont cédé à l’Etat, bien à contre-cœur. Le premier titulaire de ce poste est le Préfet Brusle (L’Empereur lui décerne le titre de Baron de Valsuzenay).

En 1828, la Préfecture est en un tel mauvais état, que le « Journal du département de l’Aube » écrit « qu’on la prendrait plutôt pour une maison d’arrêt que pour celle du premier magistrat du Département ».

En 1838, le Conseil Général trace devant elle une cour d’Honneur fermée d’une grille reliée à 2 petits corps de garde.

Cette préfecture est inaugurée en 1878, et les services se mettent à entasser des tonnes de papiers administratifs.

Le 7 mai 1892, à 13 h 30, le tocsin retentit : le toit de la Préfecture est la proie des flammes. La pompe à vapeur de Troyes, plus celle de la Compagnie de l’Est, inondent le bâtiment. Les sauveteurs jettent par les fenêtres des poignées de dossiers qui s’éparpillent en tombant. On les ramasse tant bien que mal, pour les transporter dans la halle au Blé voisine. Plus de combles, seuls les murs demeurent. L’eau cause plus de dégâts que le feu. Les services émigrent 24 boulevard Victor Hugo.

La reconstruction a lieu pendant cinq ans à partir de 1894, mais la préfecture peut rentrer dans les nouveaux locaux dès 1896.

Hôtel de l'Auditoire

 

sur la gauche le CL à droite l'hotel Petit-Camusat ex-CCI

Un bâtiment dit de l’Auditoire, siège permanent de la juridiction du prévôt, figure sur un plan de 1679, gravé par Jouvin de Rochefort, trésorier de France, plan dédié à MM. Les Maire et Echevins de Troyes.

L’Auditoire occupe tout le 1er étage, le dessous forme la halle des drapiers drapant dès 1434, s’ouvrant sur la place de l’Etape au Vin.

L’Auditoire  royal de la Prévôté s’ouvre sur la rue du Chaperon. On y monte par un escalier extérieur de pierre à toit très élevé et couvert d’ardoises, ouvrant sur la rue du Chaperon et faisant face à la rue de la Levrette (rue Bruneval). Le prévôt (magistrat) y tient ses séances.

Les baillis s’occupaient des grandes causes, celles concernant la noblesse, les cas féodaux, le domaine, l’état des personnes. Le Prévôt était, lui, le magistrat du peuple, le juge de toutes les heures et de toutes les matières civiles, criminelles, commerciales.

En 1697,  il y a un plan gravé d’Antoine Parizot de Nîmes dressé par ordre des Maire et Echevins.

Jacques Camusat, bourgeois troyen, conseiller du roi et major de la milice bourgeoise, fait construire entre 1723 et 1727, un hôtel particulier (Chambre de Commerce, place Audiffred).

Il y installe son fils Nicolas, maire de Troyes (1759-1766) et colonel de la milice bourgeoise, seigneur de Messon, Errey et Villacerf.

A la suite de la réunion de la Prévôté de Troyes au bailliage, par édit du 17 juin 1749, les avocats et procureurs, conjointement avec les drapiers, vendent l’édifice en mai 1750, à Nicolas Camusat,  pour 6.100 livres.



En 1750, suivant une correspondance entre l’intendant des finances Trudaine, l’intendant de Champagne et le subdélégué de Troyes, la question est de savoir s’il y a lieu de construire une Chambre du Conseil aux officiers de la Maîtrise qui tiennent leurs audiences au palais, depuis la suppression de la Prévôté, les procureurs et avocats de Troyes ayant vendu l’Auditoire de cette juridiction.

Différents plans permettent de voir l’emplacement de l’auditoire de la Prévôté, puis le bâtiment construit à partir de 1750.

Nicolas Camusat fait bâtir sur l’emplacement de l’Auditoire, les dépendances dans le même style que l’hôtel.

Le Plan Coluel est le premier plan manuscrit au sol. Dès 1758, M. Coluel, ingénieur en chef de Champagne, dresse un plan qui devait servir aux alignements de la ville de Troyes et de ses faubourgs, échelle 1/268°. Ce travail est achevé en 1769 et arrêté le 2 août 1773, par la Chambre des finances de la province. Les Archives municipales de Troyes en possèdent un exemplaire, magnifiquement remis à neuf, et qui mériterait d’être exposé à la Mairie.

On trouve également un plan de Laloy de 1827, un en 1862, de nivellement de la place de la Banque, et un en 1885.

Il y a une date sur un fronton de fenêtre côté rue de la Monnaie : 1716, une date  place Audiffred : 1891 Ledanté Frères architectes.

A cette époque, l’immeuble actuel du Crédit Lyonnais est cerné au nord par la rue du Chaperon, devenue rue de la Monnaie (en 1530, rue de l’Auditoire) ; à l’ouest par la rue des Croisettes devenue rue Juvénal des Ursins ; au sud, par la place de l’Etape au Vin, appelée ensuite, place de la Banque (puis place Audiffred), car la Banque de France était installée dans l’immeuble de la Chambre de Commerce.

Nicolas Camusat vend l’immeuble à M. Jacques Pierre Fortier et son épouse Marie Huez qui, en 1807, le vendent à la Caisse d’Escompte de Commerce.

Cette dernière le revend en 1811, à Jean Julien Gréau, négociant, qui le revend en 1874 à Nicolas Contant, négociant.

En 1890, l’immeuble est vendu à M. François Soucin, marchand tanneur, et en 1924, son héritier le vend à la Société du Crédit Lyonnais.



Cette banque était installée 18, rue Juvénal des Ursins depuis 1882.

 « L’annuaire de l’Aube » indique pour la première fois, l’installation du téléphone dans la liste des abonnés au 1er février 1890.

C’est en 1891 que les frères Ledanté, architectes, transforment le bâtiment et la façade. La porte cochère disparait et la cour devient un grand hall avec dôme vitré.

Sur la façade apparaissent les armes de la ville de Lyon (un lion et 3 fleurs de lis)

En 2024, le Crédit Lyonnais est toujours place Audiffred !


Hôtel Petit-Camusat

 

hôtel Petit-Camusat 10 place Audiffred

La Chambre de Commerce de Troyes est "une vieille dame qui n'aime pas beaucoup parler d'elle", disait le Président Georges Babeau.

Au XVIIe siècle, existe une Communauté Unie des marchands de Troyes.

Au XVIIIe, ce sont les Grand-Gardes et Gardes du Bureau du Commerce.

Un arrêté du Préfet du 22 janvier 1801 fonde un Bureau du Commerce, qui s’appellera Conseil du Commerce, Chambre consultative du Commerce et, en 1814, Chambre de Commerce.

Ce sont les ancêtres de la Chambre de Commerce, créée à Troyes le 7 mars 1817, par ordonnance de Louis XVIII. Ses attributions sont de présenter au Ministre de l’Intérieur " des vues sur les moyens d’accroître la prospérité du Commerce, à lui faire connaître les causes qui en arrêtent le progrès, à surveiller l’exécution des lois et ordonnances concernant la contrebande et en signaler les abus ".

Cette Chambre de Commerce tient ses premières séances dans des salles de la Préfecture. A partir de juillet 1917, elle se réunit alternativement chez son président M. Simonnot aîné, ou à la Préfecture.  Le Maire de Troyes la loge à l’Hôtel de Ville en janvier 1819, et, en 1886, elle s’installe dans l’Hôtel Petit-Camusat construit en 1767, abandonné par la Banque de France, 10 Place Audiffred, qu’elle achète en 1921, et où elle reste jusqu’à l’été 2011. Cet Hôtel a été construit en 1740.

Parmi les élus, on retrouve les noms des grandes familles troyennes, manufacturiers ou négociants, qui siègeront également en qualité de juges au Tribunal de Commerce et au Conseil Municipal, avec une mention particulière pour M. Fontaine-Gris, qui fut Membre de la Chambre de Commerce pendant 43 ans, dont 21 comme Président, et 13 fois Président du Tribunal de Commerce.



Citons les plus importantes actions de la Chambre de Commerce:

- en 1825, recensement des fabricants de bas (2.811 fabricants, 8.000 métiers), de toiles (1.763 fabricants et 2.457 métiers), de draps (8 fabricants et 42 métiers) et des filateurs (53 et 60.756 broches),

- en 1827, création des cours du soir des Arts et Métiers,

- en 1830, création d’un Comptoir d’Escompte pour les classes les plus nécessiteuses du commerce et de l’industrie,

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